Nous devons cette victoire à la motivation et à la persévérance des codéléguées d’Alsace du CRAC Europe, Sophie Aymé et Éliane Klein.
Depuis dix ans, Sophie milite pour inciter les gens à s’engager contre ce sadisme incompatible avec une société civilisée. Lorsque Sophie a constaté que même à Nîmes beaucoup d’habitants s’opposaient à cette barbarie, elle est passée au lobbying politique avec la conviction que, cette fois, la France était prête pour l’éradication de cet alinéa du Code pénal qui légalise ce qui n’est ni une tradition ni une culture, mais la libre expression de pulsions sadiques. Une inique exception « culturelle » faite de veulerie, de compromissions et de passe-droits, sur fond de complicité médiatique et politique, à droite comme à gauche.
Et ce n’est pas le coup dans la nuque qu’un sinistre aficionado (pléonasme) lui a asséné pendant une manifestation qui a pu entacher sa détermination !
C’est donc après la signature spontanée de quatre députés du Haut-Rhin que Sophie s’est attachée à convaincre pour obtenir la signature des trois autres députés. Si la corrida est un item bien éloigné des préoccupations régionales de ces députés, Sophie a pu rencontrer ces députés et leur faire visionner Alinéa 3, le documentaire de Jérôme Lescure, et, victoire ! Comme le dit Sophie : « Le meilleur travail est à mon sens celui de Jérome, qui permet de présenter la corrida d’une manière objective et qui démontre que dans ces conditions on ne plus la légitimer. »
Le « petit taureau marron » massacré à Saint-Gilles dans la novillada du 3 octobre 2004, celui dont Delphine Simon, qui avait accompagné Jérôme dans cette mission vérité, a suivi le regard dans son interminable agonie, a donc su, avec les autres martyrs, interpeller les élus alsaciens.
Gageons que cette victoire symbolique est aussi un signe de l’avancée de la lutte pour l’abolition. Le Haut-Rhin donne l’exemple : patrie de la famille de Victor Schœlcher, le célèbre anti-esclavagiste et anticorrida, et du Prix Nobel de la paix Albert Schweitzer qui a défini l’humanisme au sens large :
« Il faudra que la philosophie abandonne l’ancienne éthique aux limites étroitement humaines et qu’elle reconnaisse la valeur d’une éthique globale, élargie au-delà de l’humain. »
Humanisme et mystique du Dr Albert Schweitzer, Jean-Paul Sorg éditeur, Albin Michel, Paris 1995.
Michèle Breut
Vice-présidente





















