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Lettre ouverte au président de la République française

mise en ligne : 6 septembre 2012

Le CRAC Europe pour la protection de l’enfance rappelle à Manuel Valls et à Marie-Arlette Carlotti qui se délectent de la souffrance des bovins dans les arènes, que la complicité avec la torture tauromachique est incompatible avec le socialisme et la démocratie promise par François Hollande.

Alès, le 30 août 2012

Lettre ouverte au président de la République française, François Hollande, et au Premier ministre, Jean-Marc Ayrault

Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Premier Ministre,

C’est par André Viard, président de l’ONCT, Observatoire national des cultures taurines, que nous apprenons que Manuel Valls, ministre de la République, a pris part à une tienta (vaches piquées à l’arme blanche).

« Le changement de maintenant, c’est aussi la rupture de l’actuel gouvernement avec la doctrine du précédent, en vertu de laquelle, tout en garantissant les libertés culturelles et notamment la corrida, les ministres en exercice avaient reçu consigne de ne pas se rendre aux arènes afin de ne pas attiser la fureur des fondamentalistes animalistes qui les y poursuivaient de leurs injures et de leurs assiduités » (sic !). « Ministres dans l’arène », édito d’André Viard, 24 août 2012, sur « Terres taurines », www.terrestaurines.com

C’est précisément l’auteur de ce satisfecit qui avait annoncé en avril 2011, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, l’inscription de la corrida de muerte à l’inventaire du patrimoine culturel immatériel français [1]. André Viard, cet ancien « porte-parole » du gouvernement Fillon, ancien matador de son état et peintre avec le sang d’un taureau supplicié dans l’arène, s’avère donc partisan du nouveau gouvernement socialiste, puisque celui-ci est encore plus complice du lobby de la torture sur bovins que le précédent. Citons Marie-Arlette Carlotti, qui a assisté à des novilladas (supplice à mort de veaux) à Boujan-sur-Libron et à la quasi-totalité des corridas de Béziers.

Il est parfaitement intolérable que ces deux ministres, que la République française paye pour réduire la violence et pour administrer l’empathie envers les plus faibles, soient liés au lobby de la violence tauromachique que les Français réprouvent à plus de 75 %.

Nous voudrions demander à son excellence, Monsieur le Ministre de l’Intérieur, si, à l’instar du sadique François-Xavier Gauroy, il a eu « un réel plaisir » et si les vaches étaient de « vraies vaches neuves » [2].

Nous voudrions demander à son excellence Madame la Ministre chargée des Personnes handicapées et de la Lutte contre l’exclusion comment elle a réussi à étouffer sa conscience morale si tant elle qu’elle affirme « Quand ça vous prend, cela ne vous lâche plus. Maintenant c’est sans culpabilité » [3], et comment elle ose occuper un poste où la compassion, dont on sait bien qu’elle est indivisible, est la qualité sine qua non.
 
Dans cette période de grave crise économique européenne, pensez-vous qu’il soit normal que la majorité des citoyens européens opposés à cette barbarie continuent à leur insu d’assurer la pérennité de la corrida par le truchement de subventions de toutes sortes ? D’après Danny Penman, en 2008, les subventions européennes détournées pour cette barbarie s’élevaient à des centaines de millions d’euros [4]. Nous attendons les chiffres actuels pour la France.

Pensez-vous qu’il soit normal que le Parti socialiste français se conduise comme le PP espagnol, parti de droite qui, méprisant l’évolution des mœurs en Espagne, n’écoutant pas sa jeunesse, qui déserte les arènes, a l’impudence d’investir les fonds européens dans la tauromachie, pour la seule satisfaction de sa passion morbide pour la torture animale [5] ?

Pensez-vous qu’il soit normal que soit ainsi reniée, sans vergogne, l’essence même du socialisme ? Le socialisme, c’est le refus de la corruption judiciaire et de la barbarie. Le socialisme français est constitué par les messages de compassion de Voltaire, de Lamartine, de Victor Hugo et d’Émile Zola. Ils ont fait avancer notre société en abolissant les coutumes barbares et avilissantes, en élevant l’humanisme cartésien restrictif et fallacieux jusqu’à un humanisme moderne dans un parcours prestigieux qui mène la France de Montaigne à Marguerite Yourcenar et à Claude Lévi-Strauss.

Nous ne laisserons pas notre pays être dégradé par ceux qui bafouent cet humanisme, et nous nous interrogeons sur la raison de l’étrange silence des ministres non aficionado sur la question.

Veuillez agréer, Messieurs les Nouveaux Gouvernants de la France, l’expression de notre haute considération.

Michèle Breut, Vice-présidente du CRAC Europe

Les personnes suivantes ont également été mises en copie :

  • Manuel Valls, ministre de l’Intérieur
  • Marie-Arlette Carlotti, ministre déléguée en charge des Personnes handicapées
  • Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication

Pièce jointe

nous lançons un appel. Quel est le député « normal » qui aura l’intégrité de lire à la tribune de l’Assemblée nationale, lieu de mémoire où résonne encore la voix de Victor Hugo, cet article de Sud-Ouest emblématique de l’hallucinante cruauté desdits taurins ?

C’est l’histoire de la tragédie d’un pauvre matador consolé par une maire de la République française parce qu’il a eu affaire à un taureau « sournois » qui n’a pas voulu se laisser tuer et qu’ils ont tué quand même ! « Acceptant même de revenir sur cette tragédie qui lui fit entendre les trois avis devant son dernier toro. “Il avait de la violence, dit-il, son agressivité m’a débordé à la cape, avec un côté sournois qui m’a posé problème. Pour planter les banderilles al violin, il se défendait beaucoup et levait la tête pour m’en empêcher. À la fin, à l’épée près des planches, c’était très difficile de le tuer.” »

L’article dans le Sud-Ouest

[1Cette inscription, unique au monde, sans concertation préalable d’aucune sorte et suite à une manœuvre de l’aficionado Belaval, alors fonctionnaire au ministère de la Culture, fait toujours scandale et nous attendons toujours la réponse de madame Filippetti aux courriers d’Hélène Vaquier, présidente du CRAC Europe, des 22 mai et 11 août 2012.

[2Tientas : on torture aussi les vaches
Le but des éleveurs de taureaux vendus aux arènes est de rendre agressif un herbivore qui, dans des conditions naturelles, opte pour une stratégie de fuite et non d’attaque. Les éleveurs imposent à ces bovins une modification comportementale en les amenant à attaquer des groupes d’hommes dans des corridas privées. Nous voici aux antipodes du cliché : « Nos bêtes grandissent et vivent en paix à la campagne, avant de mourir honorablement dans l’arène » http://observers.france24.com/fr/co....

Les vaches aussi font l’objet de sévices. Prétextant que l’agressivité peut être transmise par le patrimoine génétique des femelles, les détenteurs de troupeaux organisent des séances d’attaques à la pique, appelées tientas, sur les vaches. Les plus « agressives » sont conservées comme reproductrices — la proportion étant de trente vaches retenues sur cent cinquante. Les autres sont destinées à l’abattage alimentaire. Un producteur de viande bovine qui se permettrait de telles maltraitances serait poursuivi en justice.
La véritable motivation de cette honteuse pratique est explicitée par cet exemple : « […] dans le Sud-Ouest, on torée à la moindre petite fête. Le problème, c’est que les vaches sont donc toréées plusieurs fois avant. Mais j’ai aussi eu la chance d’aller dans des élevages et de toréer de vraies tientas avec de vraies vaches neuves. Et c’est un réel plaisir » (François-Xavier Gauroy, Des livres ouverts sur Internet, Timée Éditions, 2004) (Michèle Breut, publication CRAC Europe).

[3in La Provence, 17 août 2012

[4“How every family in Britain is paying to keep alive the barbarism that is bullfighting”

By Danny Penman
Last updated at 12:13 AM on 12th July 2008

http://www.dailymail.co.uk/news/art...

Such shocking brutality is, of course, well known in Spain’s bullrings. But what is not known is that our money is being used to finance this ritual slaughter. For I can reveal that the European Union is spending £30million a year to support Spanish bullfights, which this year will kill at least 40,000 bulls.

(...) Given the 40,000 bulls die in Spanish bullfights every year, the total EU support package for bullfighting has so far amounted to more than £100million. But that is only part of the story. The EU also helps build and renovate Spanish bullrings. (...) Another source of funds is the EU’s rural development programme. Almost £600million is given to Spain to spend as it sees fit. This filters down to towns and villages where mayors and dignitaries can boost their popularity by renovating bullrings and laying on the blood fiestas. ’The organisers of bullfights in Spain have told me that they love the EU because they now receive enough subsidies to kill 15 or 16 animals in a fiesta rather than the traditional one or two,’ says Tony Moore, veteran campaigner for the welfare group Fight Against Animal Cruelty in Europe.

[5« Ô ministres intègres !
Conseillers vertueux ! Voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure,
L’heure sombre où l’Espagne agonisante pleure !
Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts
Que remplir votre poche et vous enfuir après !
Soyez flétris, devant votre pays qui tombe,
Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe ! »

Victor Hugo, Ruy Blas, acte III, scène 2

Mots clés : A la une , CRAC Europe , Politique