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Torture tauromachique : l’exception française…

mise en ligne : 22 avril 2008

Un peu d’Histoire…

La loi Grammont de 1850, qui réprimait les mauvais traitements infligés aux animaux domestiques, était applicable aux « courses de taureaux ». La chambre criminelle de la Cour de Cassation, par arrêt du 16 février 1895, s’était explicitement prononcée sur ce point [1].

Lors de son introduction en 1852 dans la commune de St Esprit limitrophe de Bayonne, la corrida est interdite en France [2]. Elle le sera jusqu’à l’adoption de l’inique loi « Ramarony-Sourbet » le 24 avril 1951 qui précise que des « sévices graves et des actes de cruauté » sont légaux si il y a « tradition locale ininterrompue » des courses de taureaux ! Ce fameux alinéa 3 de l’article 521-1 du code pénal, devenu depuis octobre 2006 alinéa 5, tolère donc la barbarie au nom des traditions !

Pendant près d’un siècle, des élus complaisants ont donc permis que des actes illégaux de torture sur animaux soient perpétrés sur l’ensemble du territoire français (au début du 20ème siècle, il y avait des corridas à Paris et dans le nord de la France !)… Mais l’être humain évolue et devient plus sensible à la souffrance de l’autre, y compris si cet autre est un animal. Ainsi le 8 juin 2004, Mme Muriel Marland-Militello, courageuse députée des Alpes-Maritimes, dépose une proposition de loi (n° 1652) pour l’abolition des corridas en France. En Avril 2007, elle a recueilli le soutien de 76 députés. C’est peu ? C’est vrai, c’est insuffisant pour obtenir l’abolition avant la fin de la législature. Mais combien de députés soutenaient la lutte des abolitionnistes 4 ans auparavant : deux ou trois, pas plus… Et combien de candidats à la présidentielle de 2002 s’étaient positionnés clairement sur le sujet ? Aucun. Les plus « courageux » prônaient l’arrêt de l’extension de la corrida (les Verts par exemple). On pouvait donc continuer l’horreur tauromachique dans les villes où cela se pratiquait déjà…

2007 : la corrida devient un enjeu politique.

En 2007, quatre candidats se sont clairement exprimés pour l’abolition de la barbarie des arènes : Dominique Voynet (depuis septembre 2006, l’abolition totale de la corrida fait partie du programme des Verts) et José Bové ont signé le manifeste du CRAC. Arlette Laguiller et Gérard Schivardi souhaitent l’abolition d’un spectacle qu’ils qualifient de cruel. Frédéric Nihous, Jean-Marie Le Pen et Philippe De Villiers sont pour la « tradition tauromachique », François Bayrou et Marie-George Buffet n’aiment pas la corrida mais ne s’engagent pas sur le sujet. Olivier Besancenot ne s’est pas exprimé sur le sujet. Quant à Nicolas Sarkozy, il s’affiche aux arènes de Madrid avec le directeur des arènes de Nîmes mais nous fait répondre par son attachée de presse le 16 février 2007 : « Je vous confirme que la position de Nicolas Sarkozy sur la corrida n’est à ce jour pas tranchée »… Quand compte-t-il « trancher » ? Enfin Ségolène Royal est contre la souffrance animale mais trouve que la corrida est un spectacle magnifique… Courage, quand tu nous tiens !

L’abolition est en marche !

Si des élus osent enfin dénoncer cet anachronisme barbare, c’est aussi parce que les associations abolitionnistes les sensibilisent et les sollicitent. Ainsi, en janvier 2004, le CRAC a lancé une pétition, publiée dans l’hebdomadaire « Marianne » le 12 août 2006 sous le titre, « Manifeste pour l’abolition des corridas – 200 personnalités ont déjà signé ! » A ce jour c’est plus de 570 personnalités et 150 000 citoyens qui ont signé pour l’abolition et l’interdiction immédiate de l’entrée des arènes aux mineurs. Car en France, la corrida c’est gratuit pour les enfants, alors qu’en Catalogne espagnole, c’est interdit pour les moins de 14 ans (par ailleurs 41 villes de Catalogne se sont déclarées anticorrida, dont Barcelone). Parmi les signataires, nous pouvons citer le professeur Albert Jacquard, le regretté Jacques Derrida ou le philosophe Morad El Hattab, tous trois présidents d’honneur du CRAC, des députés non seulement français mais aussi de toute l’Europe, des responsables de partis politiques (Verts, MEI, Génération écologie, MHAN, France en action), le maire de Rouen, M. Albertini ou le maire d’Aix-en-Provence, Mme Joissains-Masini. Les journalistes José Artur, Stéphane Bern, Laurent Bignolas, Guy Carlier ou Bruno Masure ont également signé. C’est aussi le cas de Guy Bedos, Jean Ferrat, Yannick Noah, Robert Hossein, Hubert Reeves et beaucoup d’autres (liste complète disponible).

Par des campagnes d’affichage depuis 2003, des campagnes radiophoniques et de nombreuses interventions dans les médias, le CRAC contribue à cette prise de conscience. La prochaine législature française devrait permettre d’en finir définitivement avec cette torture légale.

[1Le droit de l’animal, Suzanne Antoine , Légifrance, 2007.

[2La corrida, Elisabeth Hardouin-Fugier et Eric Baratay, Que sais-je, 1995.