Le petit monde de la mafia des arènes bénéficie d’un financement pour le moins opaque. Nous savions déjà que la plupart des transactions s’effectuaient en liquide, nous savions également que malgré les demandes de la députée des Deux-Sèvres, Geneviève Gaillard, présidente de l’intergroupe pour la protection animale à l’Assemblée nationale, aucune commission d’enquête parlementaire sur le financement public de la corrida n’a pu voir le jour. Ceci sous la pression active et efficace de quelques députés qui confondent leur passion coupable et leur mandat électif. Pour le mundillo et ses soutiens, tous les moyens sont bons pour financer la corrida avec les fonds publics : subventions des écoles de tauromachie par le conseil général ou la mairie (Arles, Nîmes ou Béziers), subventions directes des spectacles par la municipalité, comme c’est le cas à Alès, subventions des clubs taurins qui coorganisent parfois les événements, achat de places dont l’objectif, inavoué, est d’en distribuer gratuitement… Sur ce dernier point, nous avons appris fin 2010 que le conseil général des Pyrénées-Atlantiques avait acheté pour 3 690 euros de places pour les corridas de Bayonne, tout en prétendant ne pas du tout subventionner ces spectacles. On joue sur les mots…

La quasi-totalité des spectacles de corrida sont déficitaires et ne se maintiennent qu’à grand renfort d’argent public. En 2008, à Bayonne, le maire annonçait 180 000 euros de déficit. En 2010, c’était encore 92 000 euros. Qui paye ? Les contribuables !

Grâce au travail d’investigation de Mario Valenza, président de la BAC, Brigade Anti Corrida de Marseille, nous apprenons que le conseil général des Bouches-du-Rhône a subventionné la corrida en 2010 à hauteur de près de 120 000 euros : achat de places à la société Jalabert pour 63 255 euros et 56 400 euros de subventions variées aux clubs taurins et à l’école taurine d’Arles. Et ce n’est que le conseil général. Il faut ajouter les subventions des mairies et du conseil régional présidé par un aficionado convaincu et actif…

Notre travail de recensement du financement public de la corrida ne nous permet que d’entrevoir la pointe émergée de l’iceberg. Ce sont manifestement des millions d’euros qui vont dans les poches des organisateurs de ces spectacles de sang et d’agonie. En 2003, une émission nommée « Al Descubierto » dénonçait sur une chaîne de télévision publique espagnole le financement public de la tauromachie, les trucages, les nombreux petits arrangements entre amis. Un journaliste précisait même que le monde de la corrida devait payer les journaux pour obtenir de pleines pages d’apologie des « exploits » de tel ou tel matador. Nous espérons que ce n’est pas le cas dans le sud de la France… À quand une grande enquête d’investigation sur le monde opaque de la tauromachie de la part des médias ? Ce qui a été fait en Espagne il y a huit ans, nous l’attendons toujours en France…

Jean-Pierre Garrigues
Vice-président du CRAC Europe

Mario Valenza
Président de la BACM