Rodilhan, petite bourgade tranquille de 2 500 habitants, victime des fantaisies morbides de son maire et de la perversité de quelques hommes au nom d’une tradition dépassée, d’un « festival » taurin.

Pour l’occasion, une lettre d’information est envoyée à tous les habitants de la commune (pièce jointe). Traduction : « Rodilhanaises, Rodilhanais, dimanche 16 octobre va se dérouler le festival taurin annuel, et les méchants opposants à cette pratique qu’ils jugent barbare ont prévu de manifester. Le maire vous demande donc de rester cloîtrés chez vous ou, mieux, de partir… » (ce que font la plupart).

Chut… Dimanche, à Rodilhan, on torture.

Résultat des courses : un imposant dispositif de sécurité déployé pour ceinturer la ville et empêcher les activistes d’approcher des arènes.

Dès notre arrivée, nous nous trouvons confrontés à un barrage de la gendarmerie mobile, présente sur toutes les entrées principales du village. Nos véhicules sont fouillés méticuleusement, tandis que conducteurs et passagers subissent palpation et fouille au corps, ce qui crée un énorme ralentissement de la circulation. Pour nous, militants, mais aussi pour tout citoyen voulant se rendre à Rodilhan, y compris les aficionados.

D’ailleurs, bon nombre d’entre eux ont renoncé à se rendre aux arènes, l’accès y demeurant trop compliqué.

Rodilhan, quand on en sort, on n’y entre plus.

Les fumigènes, pourtant déclarés en préfecture et autorisés « sur le papier », nous sont en réalité systématiquement confisqués, considérant qu’ils peuvent servir d’« armes par destination ».

9 h 30 – Préparation des troupes anticorrida à Rodilhan

Alors que nous avons rendez-vous sur le parking du stade, les militants arrivent au compte-gouttes et notre rassemblement s’en trouve retardé. Le temps de négocier un contrôle plus rapide des véhicules, et afin d’assurer le départ de la manifestation en temps et en heure, Didier Bonnet, porte-parole du CRAC Europe, lit un texte de Jean-Pierre Garrigues, président de l’association, écrit pour l’occasion et qui nous encourage.

Christine et Samandra distribuent le plan de la petite ville sur lequel sont indiquées les limites du périmètre de sécurité qui nous sont imposées par M. Reder et que nous avons imprimé en plusieurs exemplaires à l’attention des militants (pièce jointe), ainsi que des sifflets mis à disposition pour l’occasion.

Petit briefing et consignes sont énoncés, à ce moment-là nous sommes environ 200 militants sur place, alors que d’autres sont encore bloqués aux entrées du village.

10 h 30 – La manifestation démarre

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Nous décidons de lever le camp, et c’est ainsi qu’un long cortège se forme à travers champs afin de contourner le large dispositif de sécurité.

Quelques minutes plus tard, nous nous divisons et formons plusieurs groupes, avec un meneur en tête qui va servir de guide. Le but étant de faire blocage sur chaque point d’entrée de la ville afin que personne n’y entre, et, bien évidemment, surtout les aficionados venant assister à la tienta de 11 heures.

Un groupe à part se détache pour tenir le centre, au plus près des arènes, soit à 300 mètres.

La ville est quadrillée, et pas seulement par les forces de l’ordre.

Les groupes formés à l’aide du plan qui leur a été distribué se postent juste à la limite du périmètre de sécurité, ils ont donc le droit d’y être.

Sit-in des militants anticorridasNous interpellons M. Reder venu nous narguer sur l’un de ces blocages, bien planqué derrière les gendarmes : « Monsieur Reder, vous avez déclaré ce matin sur une radio locale que vous étiez “serein” quant au bon déroulement de cette journée. Serein, vous l’êtes, mais pas nous! Nous ne le sommes pas et attendons que justice soit faite pour les taureaux. Nous serons là et nous reviendrons chaque fois ! »

Pendant ce temps, sur la nationale reliant Rodilhan à Nîmes, une cinquantaine de militants bloquent trois entrées principales de Rodilhan en faisant un sit-in sur la route.

C’est alors que pas moins de cinq navettes de CRS débarquent sur place, prêts à charger. D’un signe donné par l’un d’entre eux, les militants se lèvent et se déplacent lentement sur la chaussée en improvisant une opération escargot en direction de l’entrée suivante, quelques mètres plus loin. Pendant quelques minutes, la nationale est bloquée dans les deux sens.

C’est ainsi que toute la matinée les manifestants ont joué aux chats et à la souris avec les gendarmes.

À midi – Les manifestants face aux barrières anti-émeutes

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Les différents groupes se réunissent pour se retrouver au centre du village, dit le « point chaud », où nous sommes confrontés aux barrières anti-émeutes. À ce moment de la journée, nous sommes 300 manifestants.

Vacarme incessant tout le long de cette journée, les fumigènes qui ont échappé à la vigilance des gendarmes lors des contrôles sont lancés à intervalles réguliers.

Les forces de l’ordre, elles, font très généreusement usage de lacrymos en jet ou bombe.

15 h 30 – La corrida démarre en retard

« La corrida a débuté en retard dimanche, devant des arènes assez clairsemées et sous le harcèlement sonore des anticorrida. Le maire de la commune, Serge Reder, a remercié le public d’être venu “malgré les difficultés”. Saluant les forces de l’ordre et le préfet, il a appelé au “soutien” des aficionados, “lourdement condamnés”, et à la défense de “notre culture” (Le Point, 16/10/16) ».

Une culture bien protégée par nos dirigeants, au vu du dispositif colossal et démesuré déployé pour cette journée « festive ».

17 heures – Le retour des militants

Les militants sur le chemin du retour À nouveau, nous levons le camp pour nous disperser en plusieurs groupes dans la nature afin de rejoindre cette fois les différents points de sorties du village.

Un accueil chaleureux attend les aficionados qui s’en vont.

Très forte journée de mobilisation, la qualité des manifestants primant sur la quantité.

Des équipes de tournage nous ont suivis toute la journée et la manifestation a largement été médiatisée.

Plusieurs habitants de Rodilhan, excédés par cette manifestation annuelle, ont l’intention de déposer en mairie une pétition pour que le maire arrête ce “festival”.

Bravo à tous nos courageux et fidèles militants, à ceux qui sont venus de loin. Merci de votre confiance !

Sans vous, rien ne se ferait.

Elsa Strasser
Secrétaire nationale et déléguée du Gard du CRAC Europe

Didier Bonnet
Porte-parole et délégué du Gard du CRAC Europe

Cinq années de torture à Rodilhan !

Par Jean-Pierre Garrigues

Chers amis de combat,

Par cet écrit, je suis parmi vous, même si la maladie m’en empêche encore quelque temps. Merci infiniment d’être présents, une fois de plus, dans ce lieu de perdition et de mensonge. Merci d’être là, contre Serge Reder, maire de Rodilhan, condamné en avril dernier à 1 500 euros d’amende pour avoir participé au lynchage du 8 octobre 2011 !

Cinq ans déjà… cinq ans au cours desquels nous n’avons rien lâché, ni sur le terrain, ni devant les tribunaux. Et nous avons eu raison puisque, en avril dernier, dix-sept aficionados ont été condamnés lourdement, dont deux par de la prison ferme. Et ce, devant le tribunal de Nîmes. Tout un symbole…

Cette année 2016 aura permis de concrétiser d’autres victoires : le Conseil d’État a reconnu fin juillet, tout comme la cour d’appel administrative en juin 2015, que la corrida était radiée du PCI, patrimoine culturel immatériel de la France. C’est une grande victoire, car cela permet d’éviter que des organisateurs de corridas — Margé à Béziers, Casas à Nîmes et Jalabert en Arles) — s’auto-attribuent, en toute illégalité, des taux de TVA réduits. Sans ces taux préférentiels, leurs entreprises n’ont plus qu’à déposer leur bilan !

Enfin, par vos travaux d’écriture et vos contacts, vous avez permis de générer sept propositions de loi à l’Assemblée nationale, dont cinq pour l’abolition de cette pratique ignoble et deux pour interdire aux mineurs d’assister à ce type de spectacles. C’est du jamais vu ! Il faudra bien qu’un député courageux finisse par ouvrir le débat.

En 2017, faisons en sorte de faire disparaître cette horreur. Merci à vous toutes et tous, et…

CORRIDA BASTA !

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