Lettre ouverte de notre déléguée en Suisse, Irène Noël

Monsieur le rédacteur en chef,

Dans la charte de la TSR, nous pouvons dire : la TSR exerce une grande retenue dans la diffusion d'images violentes. Pour préserver la dignité des êtres vivants, elle s'interdit notamment de diffuser des images ou des propos qui illustrent avec insistance des =ctes de cruauté envers des êtres humains ou des animaux, sans présenter une valeur d'ordre culturel, scientifique ou artistique ou un intérêt public prépondérant.

Or, le mardi 4 mars 2007, au cours des informations de 19h30 présentées par M. Darius Rochebin, nous avons vu un court reportage sur un très jeune enfant espagnol en train de toréer un taurillon dans une arène au Pérou. La journaliste qui a réalisé ce reportage tient des propos élogieux sur ce petit prodige qui affronte un animal plus grand que lui. Il a le geste précis, mais l'estocade ne réussit pas toujours ! En effet, au moment de la mise à mort, l'enfant plante maladroitement l'arme blanche dans la nuque de l'animal. Un torero lui vient en aide et porte le coup mortel au taureau qui s'affaisse.

Il nous semble qu' à travers ce reportage, la TSR a gravement enfreint les règles de la déontologie. Nous avons vécu plusieurs années dans le Sud de la France et y avons découvert la corrida, "spectacle" sanglant et violent lors duquel six taureaux sont torturés à mort. =uste pour le plaisir, la gloriole, l'argent. Devant des foules avinées dans des ambiances festives. Selon des sondages sérieux, 80 % des Français =ouhaitent l'abolition de la corrida. Et 40 villes catalanes se sont déclarées officiellement " ville antitaurine". Dont Barcelone !

Il faut savoir que dans les écoles tauromachiques du Sud de la France, des enfants de 6 à 12 ans, graines de toreros, s'exercent à l'arme blanche, sans état d'âme, sur du matériel vivant : veaux, vachettes, taurillons sont lacérés avant d'être abattus. Sous ='égide de leur "professeur" matador !

De nombreuses personnalités, dont le renommé scientifique Albert Jacquard, condamnent cette =ratique ignoble d'un autre âge. Près de 300 eurodéputés ont signé en 2007 une déclaration écrite qui demande que des subventions ne soient plus allouées aux éleveurs de taureaux dits "de combat". Et en partant, l'abolition de la corrida. Des milliers de militants, dont la courageuse députée des Alpes Maritimes, Mme Marland-Militello, luttent pour que soit abrogé l'alinéa 7 de l'article 521.1 du code pénal, qui tolère ( mais ne légitime pas ) la corrida dans les régions à tradition taurine ininterrompue. Un torero qui aurait l'idée de toréer dans un pré situé en dehors =es régions du S.O.serait considéré comme un délinquant, passible de 2 ans de prison et de 30 000 euros d'amende pour sévices infligés à des animaux.

Nous connaissons la réponse classique des taurins et autres aficionados que d'éminents psychiatres ( Prof. Duché. pédopsychiatre, entre autres ) qualifient de sadiques : "c'est notre culture, une tradition ancrée dans les peuples méditerranéens". Toutefois, une tradition ne justifie pas la barbarie, elle n'a =amais été source de droit et n'a pas force de loi. Quant à l'esthétique qui justifierait également la corrida, on peut se demander en quoi un =aureau supplicié, masse sanguinolente hurlant sa douleur et sa souffrance, =st utile au ballet des picadors, banderilleros, matadors, tortionnaires par définition !

Nous vous saurions gré de mieux porter votre attention aux émissions qui abordent des sujets aussi controversés que la tauromachie. Le reportage en question ressemble fort à du =rosélytisme, risque d'avoir choqué de très nombreux téléspectateurs. Dont nous sommes...

Veuillez croire, Monsieur le rédacteur, à l'expression de notre parfaite considération.

Irène NOËL