« La corrida, c'est le refuge mélancolique de l'impuissance et le nomadisme de l'impunité qui cherchent à détruire la part humaine dans l'homme. Dans une ironie solennelle, de l'odeur du sang à l'impudeur, le toréador ne respire que la mort de l'innocence gisant à ses pieds. Où sont donc dans cette barbarie la compassion et l'intelligence du coeur qui assument le respect de la vie et la traversée vers l'Autre ? »


Morad EL HATTAB, Lauréat du Prix Littéraire Lucien Caroubi, Prix pour la Paix et la Tolérance


 

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LA CORRIDA, UN MEURTRE SANS CIRCONSTANCES ATTENUANTES !

 

Pour les aficionados, inconditionnels de la corrida, ce « spectacle » est un art, une tradition plus ou moins locale, ou pourquoi pas une culture enracinée dans certaines régions de l’Europe. Pour certains écologistes français, à commencer par leur chef de file aux dernières élections présidentielles, Noël Mamère, la corrida permet, à travers les élevages de taureaux, de préserver les marismas, écosystèmes fragiles du sud de l’Espagne. Pour d’autres aficionados, cette activité serait l’expression même de la démocratie locale s’opposant au rouleau compresseur européen, destructeur d’identité. Pour d’autres encore, la tauromachie doit se développer, raison pour laquelle il est nécessaire d’initier très tôt les enfants à cette pratique. Enfin, à travers les ferias, on veut nous faire croire que les corridas représentent une manne financière pour le commerce local.
Pourquoi finalement s’élever contre une pratique si positive, alors que le premier des aficionados français, Simon Casas, directeur des arènes de Nîmes, nous dit : « J’aime le taureau d’un amour sincère, si je pensais que le taureau souffre, j’arrêterais tout de suite ! »
Et pourtant, quelques aficionados nous disent aller aux arènes en « rasant les murs », d’autres parlent à voix basse de leur « passion coupable ».
En effet, tout dans la corrida est odieux et le cynisme du monde taurin n’a d’égal que son efficacité. Au delà du décorum, des paillettes et des habits de lumière (Alain Camisuli, militant anti-corrida, parle très justement « d’alibi de lumière »), des images édulcorées dont le monde médiatique nous abreuve, le vrai visage de la corrida le voici...

 

L’initiation des enfants à la torture !

      
                                            Enfant picador   (source inconnue)

La corrida, spectacle barbare, nécessite un apprentissage, pour les tortionnaires en dentelle comme pour les spectateurs. La torture tauromachique ne peut s’exercer qu’à condition de nier la souffrance du taureau qui beugle à la mort, du cheval éventré qui agonise.
Ainsi, il existe en Espagne, au Portugal, mais aussi dans le sud de la France des écoles de tauromachie dans lesquelles des enfants d’une dizaine d’années torturent des veaux hurlants de douleur ! Cette noble activité a pour objectif d’extraire des jeunes de banlieue de leur monde de violence et le financement est public : à Tarascon, petite ville proche d’Avignon, la caisse d’allocations familiales subventionne ces écoles de torture !


                     Enfant torero   (source inconnue)


Depuis quelques temps, les organisateurs de corridas, spectacles presque toujours en déficit, ont du mal à remplir les arènes et cherchent à enrôler des jeunes, y compris dans les écoles primaires! Ainsi, sur proposition de la mairie d’Alès, un certain nombre d’instituteurs de cette ville ont fait dessiner à des enfants, dans leurs écoles, des taureaux ensanglantés dans le cadre d’un concours de dessins. Ces dessins furent exposés aux arènes d’Alès le mercredi 8 mai 2002 quelques jours avant une corrida. Ce phénomène nous semble gravissime. Comment peut-on tolérer qu'une pareille incitation à la violence soit diffusée dans des lieux d'éducation? C'est également le cas au collège des Oliviers, à Nîmes, où un professeur d'espagnol, en "total accord avec le principal" précise l'article du "Midi Libre" du 2 juin 2001, a largement diffusé le message tauromachique sous couvert de projet pédagogique. Après ce lavage de cerveaux, des invitations à une corrida ont été distribuées "aux seuls enfants qui souhaitaient faire l'expérience d'être spectateurs"... Chacun jugera... En 2002, le collège des Oliviers récidive : le « Midi Libre » du 5 juin nous annonce que « le matador Juan Villanueva explique sa passion devant une classe de quatrième ». Plus loin on peut lire que la corrida génère chez les jeunes une « fascination apeurée ».
Ne pensez surtout pas que ces pratiques ne concernent qu’une petite partie du sud de la France et que l’essentiel du territoire serait épargné. Un exemple parmi d’autres : des élèves de terminale du lycée A. De Toqueville de Cherbourg ont assisté à une corrida au printemps 2002 à Aignan dans le Gers ; il s’agissait d’un projet de découverte de la culture ibérique dans le sud de la France ! On croit rêver ! Au préalable, le matador Luisito s’était rendu à Cherbourg pour y rencontrer les élèves.
Des revues taurines comme "Toros" qui font également l'apologie de la corrida se trouvent parfois dans les centres de documentation des lycées et collèges, par la volonté d'un ou plusieurs collègues aficionados. C'est aussi une forme déguisée de prosélytisme.
Il nous semble que toute tentative de présenter à des jeunes, par définition très influençables, la tauromachie comme un spectacle admirable correspond à une forme très pernicieuse de banalisation de la violence. Dans la plupart des arènes, l‘entrée est gratuite pour les enfants de moins de 10 ans…


Arles - 12 septembre 2004 (© J. Lescure) 



Corrida de « bienfaisance » : un oxymore insupportable !

En effet, peut-on imaginer association plus contradictoire que celle de ces deux mots : corrida et bienfaisance ? Les promoteurs des corridas semblent devenir des spécialistes en la matière. Suite aux inondations catastrophiques du mois de septembre 2002 dans le sud de la France, les sinistrés pansaient leurs blessures et tentaient de reconstruire ce qui pouvait l’être. Et qu’a-t-on vu fleurir de Floirac (proche de Bordeaux) jusqu’à Fréjus (Côte d’Azur) ? Des corridas dites « de bienfaisance ».
Nous dénonçons la récupération éhontée de la détresse des victimes des inondations à travers la multiplication de ces corridas de « bienfaisance » qui riment avec « bonne conscience ». Déjà en 2001 ce type de spectacle avait été organisé au profit des sinistrés d’AZF (explosion d’une usine à Toulouse). Les acteurs du milieu tauromachique utilisent toutes les occasions pour faire la promotion d’un spectacle de mort et se faire passer pour les grands humanistes qu’ils ne sont pas. A commencer par Simon Casas, prestataire de service dans la gestion des spectacles tauromachiques à Nîmes, qui dans un journal nîmois se lamente : « moi aussi je suis sinistré ! ». Un peu de décence M. Casas ! Comment osez-vous mettre au même niveau vos problèmes financiers et la détresse des sinistrés ? Vous voulez faire croire que les inondations de septembre vous ont causé de forts préjudices financiers ? Vous voulez faire croire que la corrida serait une activité lucrative ? Oubliez-vous que la quasi-totalité des corridas sont maintenues en France à grand renfort de subventions publiques ? Vos déboires en tant que prestataire de services aux arènes de Nîmes pour l’année 2002 en sont une nouvelle preuve. Pour tenter de faire avaler autant de couleuvres au public et aux contribuables nîmois, il faut une bonne dose de cynisme… L’apothéose en la matière fut sans doute atteinte par un article scandaleux paru dans un grand quotidien national (« Le monde ») entre les deux tours des présidentielles sous le titre « l’arène contre la haine ». Une fois de plus on voulait nous présenter les tauromaniaques comme de grands démocrates. L’aficion a la mémoire courte. Il serait bon de rappeler ici que le 10 juillet 1937, le gouvernement républicain espagnol avait ordonné par décret l’abolition des corridas. Franco, le jour de la défaite des forces républicaines présida une « corrida de la victoire » (de bienfaisance ?). L’arène contre la haine ? Non ! L’arène c’est la haine, c’est l’exaltation des pires instincts de l’être humain. Sous le vernis de « l’art et de la culture » grouille l’innommable.
Fin 2002, en France, on torturait « gratis ». Pour une fois les « danseuses ridicules », comme le dit si bien Francis Cabrel, ne se sont pas faites payer. Pourquoi celles et ceux qui souhaitent réellement aider les sinistrés n’auraient-ils pas versé directement le prix de leur billet de corrida à une association caritative sans aller voir la torture dans les arènes ? Ajouter de la souffrance à la souffrance va à l’encontre de la dignité humaine. Pour connaître la réalité d’une corrida, il n’est nul besoin d’y mettre les pieds. Thierry Hély est allé pour nous assister à l’une des plus « prestigieuses » corridas de la saison. Il nous a rapporté des images insoutenables de cruauté que d’aucuns trouvent admirables. Des extraits de son film ont été diffusés sur différentes chaînes de télévision, françaises et étrangères. Face à ce document accablant, un commentateur de France 3 a pu dire : « Thierry Hély a capté ce que 10 000 spectateurs n’ont pas su voir ». Alors, « bienfaisance » ou pas, ouvrons les yeux et arrêtons la torture !


                    "Réglement en espèce uniquement"... Où va l'argent de la torture ? (© D. Simon)

 

Les finances de la corrida : un puit sans fond pour l’argent public !

Contribuables, vous financez tous la torture tauromachique ! C’est le message que nous tentons de faire passer auprès de nos concitoyens pour les réveiller et les faire réagir. Mais les finances de la tauromachie sont pour le moins opaques ! De manière traditionnelle, le paiement des différents acteurs (éleveurs, imprésarios, picadors ou toréros et éventuellement journalistes taurins…) se fait en liquide. Nous n’accusons pas sans preuves. Dans l’émission « Al descubierto », diffusée le 5 juin 2002 sur TVE 3, télévision nationale espagnole, on apprend par Alfonso Navalon, éleveur de taureaux et chroniqueur taurin qu’il est tout à fait habituel pour un imprésario ou un toréro de payer les journalistes taurins pour avoir une bonne critique… Pour Luc Jalabert, directeur des arènes d’Arles, il faut compter 200 000 euros pour une corrida moyenne (45 000 euros pour chaque torero, et 9100 euros par taureau - « Le Point », 2 août 2002). Pour El Juli, matador à la mode, le cachet peut atteindre 150 000 euros par corrida ! D’après Erik Colmon, directeur de la revue taurine l’Echo du Callejon : « même dans une corrida qui perd de l’argent, il y a des personnes qui arrivent à s’en mettre plein les poches ». Et ce sont des spécialistes qui le disent !

Pour bien comprendre le financement des corridas, un travail d’investigation est nécessaire. Le plus souvent, il n’aboutit pas. En revanche, notre action sur la ville d’Alès a permis d’obtenir non seulement les subventions directes pour la corrida de 1997 à 2000, mais aussi la copie complète du contrat de délégation qui lie la ville d’Alès à la SARL portugaise « Sociedad Agricola Dos Arinhos » dirigée par Joao Folque de Mendoça. Ces documents n’ont pu être obtenus qu’en faisant intervenir la CADA (Commission d’Accès aux Documents Administratifs qui dépend directement du premier ministre).
Après de nombreux déboires liés à une simple convention signée entre la mairie d’Alès et la société Luc Jalabert jusqu ‘en 2000, les pouvoirs publics locaux déploraient une forte baisse de fréquentation et un déficit croissant. Ainsi en quatre ans (1997-2000), 71527 euros ont été versés par la mairie en subvention directe.
A partir de 2001, et pour une période de 4 ans, Joao Folque de Mendoça est donc le prestataire de service (de sévices ?) pour les spectacles tauromachiques. Sa rémunération annuelle est de 30489 euros . En quatre ans, on passera donc logiquement à 60978 euros, soit près du double des quatre années précédentes : la gestion de la corrida ne s’améliore pas à Alès pour le pauvre contribuable !
Mais ce n’est pas tout ! Car le prestataire de services perçoit également 50% des droits de retransmission TV, les arènes sont mises gratuitement à sa disposition pendant 8 jours, ainsi qu’une sonorisation. Par ailleurs, la préparation de la piste des arènes avant chaque spectacle, ainsi que leur nettoyage après chaque spectacle est à la charge de la ville. Du personnel municipal, badgé, est donc mis à disposition du délégataire. Et il y a en tout 5 spectacles (une corrida, une corrida de rejon – corrida à cheval au cours de laquelle le cheval ne bénéficie d’aucune protection-, une novillada, une capea et une course camarguaise) ! La ville met également à disposition, à ses frais, une ambulance de pompiers et du personnel médical.
Enfin le prestataire empoche 100% des recettes de billetterie et 100% des recettes de la buvette des arènes. La recette de la vente des dépouilles des taureaux lui revient également…

C’est ce que l’on appelle un pont d’or ! Le type de contrat s’appelle d’ailleurs de la « Régie intéressée » ! Cela ne s’invente pas !
Nous tentons d’obtenir des informations sur un autre aspect de l’économie de la corrida : le financement public de la commission taurine extra-municipale… Qui paye les déplacements en Andalousie ou ailleurs des membres de la commission quand ces derniers vont choisir les taureaux sur place ? Les contribuables pour changer ?
En définitive, l’ensemble des frais directs ou indirects que doivent payer les contribuables alésiens (n’oublions pas l’entretien des arènes) dépassent largement les 400 000 francs (60978 euros) annuels.
Le cas de la ville d’Alès est représentatif du financement public de cette activité si particulière : on annonce un chiffre de subvention directe à un prestataire de service et on multiplie les subventions à des structures « écrans » (commission taurine extra-municipale, clubs taurins…) et les aides indirectes à travers des mises à disposition de bâtiments et /ou de personnel municipal… Et tout cela dans une ancienne ville minière, qui compte seulement 40 000 habitants et dispose de peu de ressources…
En 1999, le maire actuel de la ville de Nîmes, première ville taurine française, a reconnu un déficit de près de 2 millions d’euros uniquement pour les spectacles tauromachiques ; des subventions publiques ont comblé le déficit.
Les travaux de différentes structures anti-corrida comme le tout nouveau Anti Bullfighting Committee Belgium mettent en évidence l’existence d’un financement européen de la corrida à travers les subventions agricoles aux bovins mâles et aux vaches allaitantes. La seule subvention aux taureaux dits « de corrida » représente plus de 2 millions d’euros, sans compter le reste du troupeau (taureaux de réforme et bovins femelles). Il est très difficile d’estimer précisément le montant total de ces subventions européennes car les élevages de taureaux destinés aux corridas ne sont pas identifiés comme tels, ce qui arrange beaucoup de monde…
La France entière ne compte pas plus de 5000 amateurs de corridas. Aussi, pour remplir une arène, il faut une feria. Ce genre de fête attire des visiteurs, parfois venus de loin, en leur offrant de nombreux divertissements gratuits, payés par les contribuables : spectacles équestres, concerts de rue, etc... Sans cette immense subvention municipale qu'est la feria, les arènes resteraient vides et les corridas disparaîtraient. En revanche, la feria n'a nul besoin de tauromachie pour prospérer.

 

En France, une législation très ambiguë et des juges aficionados !

Depuis cinquante ans, il est dans la législation française une loi injuste, en contradiction avec le principe même de la République "Une et indivisible". C'est la loi du 24 avril 1951, dite loi "Ramarony-Sourbet".
Ce texte a, en effet, initié l'alinéa 3 de l'article 521-1 du Code Pénal, ainsi que les articles R 654-1 et R 655-1, introduisant une tolérance en faveur des spectacles de corrida "lorsqu'une tradition locale ininterrompue peut être invoquée". L'utilisation abusive de cette "tolérance" par les pro-corridas, ainsi que son interprétation exagérément extensive par de nombreux magistrats (souvent juge et partie) font que les organisateurs de ces spectacles peuvent tout se permettre et ce, en dépit de la condamnation formelle des actes de cruauté et des sévices graves envers les animaux mentionnée à l'alinéa 1 de ce même article. Cette contradiction législative est une iniquité qu'un pays profondément démocratique comme le nôtre se doit d'abolir. Il nous paraît donc essentiel et urgent de voir nos députés se pencher sur ce cas et œuvrer dans le sens d'une abrogation de l'alinéa 3 de l'article 521-1 du code pénal. Nous travaillons en ce sens auprès d’eux.
Depuis 1951, de nombreuses dérogations ont permis au lobby tauromachique de poursuivre ses pratiques sur le territoire français pour arriver à la situation actuelle : les arènes sont de fait assimilées à des abattoirs et les taureaux dits « de combat » sont donc des animaux de boucherie. Peut-on imaginer fin plus abjecte pour un animal que sa torture juste pour le plaisir d'une foule sanguinaire?
Par ailleurs, un arrêté du 20 décembre 2000, modifiant l’arrêté du 9 juin 2000 relatif à l’abattage des animaux de boucherie accidentés, met la France dans l’illégalité européenne la plus totale puisqu’il permet la consommation de viande de taureaux destinés aux corridas, alors que l’AFSSA (Agence Française pour la Sécurité Sanitaire des Aliments) reconnaissait le 1er juin 2001 que les sévices subis par l’animal pendant une corrida favorisait la dissémination des prions dans tout le corps de l’animal. Cette viande est donc officiellement susceptible de transmettre à l’homme la maladie de Kreutzfeld-Jacob. Au regard de la directive européenne 00/ 418/CE, la viande de taureau issu de corrida doit être considérée comme impropre à la consommation (cette directive est applicable depuis le 31 décembre 2000). M. Glavany, ministre de l’Agriculture, s’est donc permis de sortir la corrida du cadre de la Loi.


Taureaux et chevaux : souffrances et fraudes…

Au cœur du « spectacle », il y a l’animal en souffrance. Sa douleur et son agonie dans l’arène, mais aussi tous les sévices subis avant les 15 à 20 minutes de torture codifiée.
Le taureau dit « de corrida » n'est pas un "fauve" mais un animal domestique et herbivore de surcroît. Il ne devient dangereux qu'enfermé dans une arène où coups et blessures l'obligent à se défendre.

Les examens vétérinaires révèlent que la moitié des taureaux massacrés en corrida étaient gravement malades.

 

L’église et la corrida : silence et complicité !

En 1567, Pie V promulgue la bulle De Salute Gregi Dominici qui condamne sans appel les jeux taurins (La corrida, E. Hardouin-Fugier). Il est question d’abolir, à perpétuité, ces spectacles sanglants et honteux. Et pourtant, en Espagne comme en France, religion et tauromachie sont indissociables. Un élevage très réputé, près de Salamanque, a été créé par le curé de Valverde. La plupart des arènes possèdent une chapelle attenante où les toreros peuvent se recueillir. Ils sont bénis, comme à Nîmes, par un aumônier des arènes !
L’église espagnole donne à ses frais des corridas auxquelles assistent tous les dignitaires et responsables locaux. En 2002, pour la feria de Béziers, le grand couturier Christian Lacroix s’est permis de mélanger sur une affiche la corrida et la vierge Marie. On attend encore les protestations du monde ecclésiastique…
Dans le « Midi Libre » du 2 juin 2003, les propos du père Dominicain Pierre-Etienne Veiller sont rapportés : « la corrida est un combat de l’homme face à la bête et à sa bestialité. Il doit tuer le péché et l’animalité qui est en lui pour en faire ressurgir l’humanité ». On est bien loin de Pie V !

 



Tableau de T. Hély

 

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  ANATOMIE D'UN "COMBAT" JOUE D'AVANCE...       

Nouveau : cliquez ici pour un diaporama téléchargeable (format powerpoint) pour mieux comprendre l'horreur tauromachique! Par Adeline Folcher, déléguée CRAC Alsace-Lorraine

 

L’AVANT-CORRIDA


 © CAS Hollande - S. Joosten

 

LES ELEVAGES

Avant l’arrivée des élevages spécialisés, le taureau qui vivait à l’état sauvage était un animal puissant, imbattable et pesant plus de 600 kgs… Pas facile de le combattre. Ainsi, dès 1890, les premiers élevages font fortune en produisant du « prêt-assassiner ». C’est-à-dire une race de taureaux plus petits, moins rapides et ne pesant plus que 400 kgs. L’apprentissage des combats commence très tôt, on leur fait subir une série de test cruels dans les arènes afin de sélectionner les futurs reproducteurs, les prochains champions… Les plus faibles serviront de cobayes aux apprentis matadors. Il faut bien que les jeunes se fassent la main ! Pareil pour les vaches, si elles ont une attitude bien défensive lors des tests, elles seront sélectionnées parmi les « braves », les autres prendront le chemin de l’abattoir ou celui des communes aux fêtes populaires sanglantes…
Les éleveurs, par sélection génétique, produisent des taureaux sans danger qui chargent les chiffons rouges et non les hommes qui brandissent ces chiffons. L'alimentation artificielle au "pienso compuesto" donne des taureaux énormes, impressionnants, mais trop gras pour être réellement dangereux.
De surcroît, au mépris de l’interdiction, des anabolisants pouvant leur faire gagner jusqu’à 15 % de leur poids sont parfois mélangés à la nourriture.

Ces éleveurs, sous la pression et par les mystères de la génétique, ont fabriqué un animal docile, plus collaborateur, car le taureau étant devenu un produit, il doit suivre la demande des spectateurs et l’évolution du torero.


L’AFEITADO

Mais d’autres facteurs peuvent conduire à l’affaiblissement des taureaux, comme l’afeitado.

 


Afeitado   (source inconnue)


Cette pratique barbare consiste à scier à vif 5 à 10 cm de corne. L'opération dure 25 minutes et génère d'horribles souffrance pour l'animal ; il est enfermé dans un caisson et seules les cornes dépassent. Cette mutilation modifie la perception de l'espace pour le taureau. Tous les toreros réclament l'afeitado. En termes de douleur, cette " intervention " reviendrait à nous scier une dent à vif…

Cette opération a pour but de désarmer le taureau.
L’animal ainsi tourmenté, torturé, garrotté, piégé, encagé; ses plaintes, ses mugissements n’empêchent rien.

Les cornes sont ensuite poncées et éventuellement reconstituées avec de la résine.

Le taureau ne dispose pas d’un délai suffisant pour prendre connaissance de la nouvelle longueur de ses cornes et d’y adapter son coup de tête.

 

LE TRANSPORT

Les taureaux sont ensuite transportés vers les villes taurines; c’est une épreuve douloureuse. Ces transports pouvant durer plusieurs jours, sur un plan incliné pour les fatiguer, les animaux ne reçoivent ni nourriture, ni boisson. C’est ainsi qu’en 2001, plusieurs taureaux déshydratés ont été retrouvés sans vie dans ces camions de la mort.

Arrachés de leur milieu naturel, les taureaux sont enfermés dans des caissons en bois mesurant moins de 2 mètres carrés, ils n’ont aucune possibilité de bouger.
En été, il faut savoir que les camions sont surchauffés, et que les animaux, entassés sans eau ni nourriture, perdent quelquefois jusqu’à 30 kgs. Certains seront retrouvés morts asphyxiés.
Ils seront ensuite sortis à coup de jet d’eau, de bâton, d’injures, comme ils ont été embarqués: avec la même délicatesse.
Et le calvaire ne fait que commencer…


               Nîmes, 17/09/04 (© D. Simon)                               

 

LA PREPARATION AU COMBAT

Avant le combat, le taureau est parfois préparé.
Yeux enduits de vaseline (afin de le désorienter), usage en dose massive de tranquillisants, hypnotisants, et même sprays paralysants (les mêmes utilisés par les forces de l’ordre, qui ont pour effet d’altérer la vue).
Pattes enduites d’essence de térébenthine, qui lui procure des brûlures insupportables, dans le but de l’empêcher de rester tranquille.
Aiguilles cassées dans les testicules, dans le but d’empêcher le taureau de s’asseoir ou de s’affaler.
Coton enfoncé dans les narines et qui descend jusque dans la gorge, dans le but de rendre plus difficile la respiration.
Coups de pieds et de planche sur l’échine et sur les reins, pour ne laisser aucune traces.
Les sabots sont limés, voire incisés et on enfonce des coins de bois entre les onglons, cette opération est faite pendant la contention dans la boîte à treuil (en même temps que l’afeitado).
Et juste avant de rentrer dans l’arène, on lui laissera tomber une trentaine de fois des sacs de sable de 100 kgs sur les reins, après l’avoir immobilisé.


Et maintenant… le spectacle peut enfin commencer.

Sources: "LA MAFIA tauromaniaque" aux éditions "Les exclus sauvages".
Pamphlet d'Alain Perret. Témoignage édifiant d'un vétérinaire taurin repenti" (voir dans "boutique").

 

LES DIFFERENTES ETAPES DE LA TORTURE

Aux sons d'une mauvaise fanfare de foire, les toréadors ouvrent le spectacle en défilant crânement dans les arènes. Le premier taureau est poussé dans l’antre de la mort… C’est parti pour vingt minutes d’épouvante !
Une fois le taureau sorti du toril, et après que les péones l’aient fait suffisamment courir pour l’essouffler, le désorienter et le fatiguer, (agitant leurs capes pour le provoquer de loin et se réfugier derrière les barrières) commence alors un cérémonial n’étant ni traditionnel, ni innocent.

La plupart du temps, les taureaux entrent dans l'arène tellement affaiblis qu'ils tombent avant même la séance de torture...


Saint-Gilles, 03/10//04   (© J. Lescure)

 

      
Nîmes, 17/09/04   (© J. Lescure)

 

PREMIER ACTE : LE TERCIO DE PIQUE.

Pour rendre l’animal "toréable", il faut commencer par l’affaiblir, c’est le rôle des deux picadors qui rentrent alors en piste, ils sont armés de leurs puyas (longue pique).
Plus ou moins meurtrier, le coup de pique se doit d’être planté entre la quatrième et la septième vertèbres dorsales, coupant les muscles releveurs et extenseurs du cou, et entre les quatrième et sixième vertèbres cervicales, pour sectionner les ligaments de la nuque.
A chaque poussée du taureau, la pique s’enfonce un peu plus, jusqu’à 14 cm. Cela s’appelle "travailler" le taureau. De six à huit fois successivement, la pique fouille, s’enfonce.
Les avantages tirés d’un travail bien fait sont énormes pour le matador, ne pouvant plus bouger la tête, la gardant baissée lors des différentes passes et démonstrations, l’effet de fausse bravoure est donné par l’impression que le taureau va charger à tout moment.
Autre avantage pour le matador: le taureau ne relevant plus la tête, tout danger ou presque, est écarté.

                     
                                                Nîmes, 17/09/04 (© J. Lescure)                                                                                 La pique...
                                                                                                                                                                                        (taille réelle totale : 21 cm)


                                                                                                                                           


                                    
                                     
                                     Châteaurenard, 02/08/04 (© J. Lescure)                                                                             Pointe : 3,5 cm 


                                                                                                                                  

Cette première torture est également appelée par les puristes le "châtiment".... Encore une trouvaille du milieu taurin qui voudrait sous-entendre que l'animal devrait être puni??? Mais puni de quoi ?

 


DEUXIEME ACTE : LE TERCIO DE BANDERILLES.

Ce n’est pas un simple jeu innocent comme on veut le faire croire.
Ces harpons de cinq centimètres ont pour but précis de faire évacuer le sang vers l’extérieur pour empêcher qu’il y ait hémorragie interne suite au travail du picador, et s’assurer ainsi que le taureau ne flanchera pas avant la fin du spectacle.
Et chaque taureau reçoit ainsi trois paires de banderilles.

                  
                             Nîmes, 17/09/04   (© J. Lescure)                                                     Le harpon d'une banderille... (pointe : 6 cm)

                     
                                                      Rieumes, 05/09/04  (© J. Lescure)                                             Châteaurenard, 02/08/04   (© J. Lescure)                                


Mesure-t-on bien le degré de sadisme qu’il faut pour inventer, fabriquer et employer de tels instruments de torture ?

 


TROISIEME ACTE : LE TERCIO DE MORT.

Après que les peones aient fait faire plusieurs passes au taureau, stimulant la bête pour mieux l’épuiser, elle est enfin préparée pour le troisième acte : le « tercio » de mort.
Le matador (gigotant dans postures « esthétique ») attire et dirige à l’aide de son étoffe rouge les charges du taureau, ridiculisant et humiliant ce pauvre animal à bout de force.
Ensuite il lui fera baisser la tête (à l’aide de son étoffe rouge), pour lui planter l’épée dans le garrot, ce garrot déjà martyrisé par les piques et les banderilles.

                                      
              Rieumes, 05/09/04    (© J. Lescure)                                                            Saint Gilles 03/10/04 (© J. Lescure) 


 

Mais très souvent l’arme est mal plantée, elle peut sortir par les flancs ou transpercer un poumon, la victime semble alors vomir son sang et meurt asphyxiée (hémorragie interne).

      
    Nîmes, 17/09/04   (© J. Lescure)
 

 

Quand le premier coup d’épée ne tue pas assez vite, un peone se glisse derrière le taureau, et d’un geste vif, retire l’épée.
Il la rendra au matador qui recommencera la mise à mort.
Il n’est pas rare que des taureaux reçoivent ainsi 6 à 7 coups d’épée et souvent plus !

 

 

Lorsque le taureau a l'indécence de ne pas tomber, ce qui arrive environ une fois sur trois), le tueur achève sa triste besogne à l'aide d'un descabello (épée spéciale plantée entre les deux cornes, pour lacérer le cerveau...)

   
  Châteaurenard, 02/08/04   (© J. Lescure)                             Arles 12/09/04  (© J. Lescure)   


                               Arles 12/09/04  (© J. Lescure)


 

 

Dans tous les cas, un coup de grâce est donné à la nuque, un péone s’approchera du taureau à terre et lui plantera un poignard dans la nuque (puntilla) pour sectionner la moelle épinière.

    
Rieumes, 05/09/04   (© J. Lescure)

 

       
Nîmes, 17/09/04   (© J. Lescure)

 

 

Dans plus d'un cas sur trois, après la puntilla, le taureau est toujours vivant lorsqu'il est traîné hors de l'arène... Comme celui-ci qui regarde ses tortionnaires qui lui attachent la chaîne aux cornes....

  

                                                  

                                                                                  
                                                                     Châteaurenard, 02/08/04   (© J. Lescure)


 

L’horrible musique de cirque accompagne les clameurs sordides de ce carnaval dérisoire, et pendant qu’une pluie de fleurs honore le matador, un attelage traîne le corps du taureau comme une épave hors de la vue du public,

                   
Pour l'un.....                                              LA GLOIRE.... 

                                                                   
                                                                     Pour l'autre....                                                                     LA MORT...
                                                                                                                                                                  Dans l'indifférence...
Saint Gilles - 03/10/04 (© J. Lescure)

 

Les valets de piste entrent ensuite en piste avec un râteau pour effacer les traces de sang sur le sable, pour que l'on puisse ouvrir la porte du toril… à la victime suivante.

 


Ils seront 6 à être sacrifiés ce jour là.
..

 

 

A la mémoire du deuxième taureau de Châteaurenard, dont le regard a croisé le nôtre, et à la mémoire de tous ses frères massacrés dans les arènes...

Tant que la torture tauromachique ne sera pas abolie, nous continuerons à nous battre....

Jérôme Lescure et Delphine Simon.

 


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