RÉSEAU DE VIGILANCE PÉDAGOGIQUE CONTRE LA VIOLENCE TAUROMACHIQUE
OUI AU DEBAT CONTRADICTOIRE ! NON AU PROSELYTISME EN FAVEUR DE LA BARBARIE !
Lettre n°2 – 1er janvier 2004
Chers collègues et étudiants,
Après la lettre numéro zéro qui correspondait
à la création du réseau, et la lettre n°1
qui rappelait certains éléments pour ceux qui n’avaient
pas eu en main le premier document, voici la mise à jour
2004 qui n’est malheureusement pas exhaustive ! Vous
êtes à présent près de 500 enseignants
et étudiants à faire partie de ce réseau.
Pourquoi
une telle proposition et en quoi consiste-t-elle? Permettez-moi,
en préambule, de vous présenter (ou rappeler) le contexte
particulier de cette action.
Enseignant en économie au lycée agricole de Rodilhan
depuis huit ans, je suis viscéralement opposé à
la corrida, spectacle abject qui réveille les pires instincts
chez l'être humain : sadisme, violence, voyeurisme... Il est
bien évident que si la Loi tolère depuis 1951 de telles
horreurs sur une petite partie du territoire français, et
sous des conditions très particulières, une telle
apologie de la violence ne peut pas avoir droit de cité dans
un lycée ou un collège... Et pourtant, en mars 2001,
au cours d'une soirée au lycée de Rodilhan, des représentants
du lobby tauromachique se sont permis de faire l'apologie de la
corrida ainsi que du prosélytisme auprès des élèves
et des étudiants. Des picadors, toreros et autres directeurs
d'arènes ont notamment tenu des propos sexistes et machistes
à l'encontre de la présidente d'une association anti-corrida
qui a été censurée, à tel point que
le proviseur du lycée a jugé bon d'accorder un droit
de réponse aux anti-corridas afin que nos élèves
n'entendent pas qu'un seul point de vue. Mais la censure ne s'est
pas arrêtée là puisqu'un CPE ( aficionado notoire
bien entendu) s'est permis d'arracher des affiches qui annonçaient
la soirée consacrée au droit de réponse, et
de m'insulter par la même occasion. Il est vrai que corrida
et démocratie ne font pas bon ménage...
Cet exemple vécu est révélateur d'un mouvement
qui s'amplifie depuis quelques temps : les organisateurs de corridas,
spectacles presque toujours en déficit, ont du mal à
remplir leurs arènes et cherchent à enrôler
des jeunes, y compris dans les écoles primaires! Ainsi, sur
proposition de la mairie d’Alès, un certain nombre
d’instituteurs de cette même ville ont fait dessiner
à des enfants, dans leurs écoles, des taureaux ensanglantés
dans le cadre d’un concours de dessins. Ces dessins furent
exposés aux arènes d’Alès le mercredi
8 mai 2002 quelques jours avant une corrida. Ce phénomène
me semble gravissime. Comment peut-on tolérer qu'une pareille
incitation à la violence soit diffusée dans des lieux
d'éducation? C'est également le cas au collège
des Oliviers, à Nîmes, où un professeur d'espagnol,
en "total accord avec le principal" nous précise
l'article du "Midi Libre" du 2 juin 2001, a largement
diffusé le message tauromachique sous couvert de projet pédagogique.
Après ce lavage de cerveaux, des invitations à une
corrida ont été distribuées "aux seuls
enfants qui souhaitaient faire l'expérience d'être
spectateur"... Chacun jugera... En 2002, le collège
des Oliviers récidive : le « Midi Libre »
du 5 juin nous annonce que « le matador Juan Villanueva
explique sa passion devant une classe de quatrième ».
Plus loin on peut lire que la corrida génère chez
les jeunes une « fascination apeurée ».
Ne pensez surtout pas que ces pratiques ne concernent qu’une
petite partie du sud de la France et que l’essentiel du territoire
serait épargné. Un exemple parmi d’autres :
des élèves de terminale du lycée A. De Toqueville
de Cherbourg ont assisté à une corrida au printemps
2002 à Aignan dans le Gers ; il s’agissait d’un
projet de découverte de la culture ibérique dans le
sud de la France ! On croit rêver ! Au préalable,
le matador Luisito s’était rendu à Cherbourg
pour y rencontrer les élèves.
Des revues taurines comme "Toros" qui font également
l'apologie de la corrida se trouvent parfois dans les CDI, par la
volonté d'un ou plusieurs collègues aficionados. C'est
aussi une forme déguisée de prosélytisme.
Il me semble que toute tentative de présenter à des
jeunes, par définition très influençables,
la tauromachie comme un spectacle admirable correspond à
une forme très pernicieuse de banalisation de la violence.
Si vous partagez mon point de vue, je vous propose de faire partie
du réseau, les objectifs étant les suivants :
-
recenser précisément les "affaires tauromachiques"
dans les établissements d'enseignement (pour lesquelles seul
le point de vue très partial et partiel des pro-corridas
est présenté aux élèves);
-
proposer des supports pédagogiques qui présentent
la réalité de la corrida (rappelons que la loi reconnaît
implicitement que la corrida comprend des actes de cruauté
et que des sévices graves y sont infligés aux taureaux
et aux chevaux) ;
-
partager les expériences par des réunions régulières
pour lutter plus efficacement contre cette forme d'incitation à
la violence.
Bien entendu, il ne s’agit pas de censurer le sujet
mais bien au contraire de développer au sein des établissements
d’enseignement un vrai débat qui permette aux élèves
et aux étudiants de se forger leur propre point de vue.
Pour rejoindre le réseau, il vous suffit de m’envoyer
vos coordonnées (mail, adresse postale, téléphone
ou fax selon votre convenance). Et bien sûr de nous alerter
quand vous apprenez qu’un projet éducatif douteux
se met en place. Rien ne vous empêche évidemment
de nous soutenir par un don au CRAC !
Jean-Pierre GARRIGUES
Président du CRAC
Si vous souhaitez protester
contre les cas les plus récents, téléphonez,
faxez, écrivez, envoyez des mails ! Il faut que les
établissements qui pratiquent cette apologie de la torture
soient submergés de messages ! Pour l’ensemble
des cas exposés ici, la récidive est à redouter.
Cherbourg, Lycée Alexis
de Toqueville
Rappel des faits :
une classe de terminale va voir une corrida à Aignan (Gers)
en avril 2002, un matador vient préalablement expliquer la
corrida aux élèves de Cherbourg. Une conversation
téléphonique le 9 septembre 2002 avec Mme Combes,
proviseur-adjoint, m’a permis d’apprendre que ce « projet
remarquable » avait eu lieu. En 2003, le projet n’avait
pas été reconduit… Vont-ils recommencer
cette année ?
Arles, collège
Ampère et lycée Pasquet
Rappel des faits :
« les scolaires à la découverte de l’aficion »,
tel était le titre de l’article du 30 novembre 2001
que « La Provence » consacrait au salon « Maeva
Latitudes Camargue ». L’article nous précise
que « la présence des scolaires pour ces rencontres
est une nouveauté du cru 2001 ». Le 29 novembre,
des élèves du lycée Pasquet et du collège
Ampère ont été conviés à « essuyer
les plâtres ». On nous précise que « les
lycéens des classes de seconde et terminale de Pasquet devaient
leur présence à Nadine Regardier, prof d’espagnol
férue de tauromachie ».
Arles, collège
Ampère
Rappel des faits :
« La Provence », du 27 mars 2002 nous précise
que « …depuis 5 ans, le collège Ampère
a lié de véritables liens tauromachiques avec René
André, président d’honneur de la Société
taurine « La muleta »…Des conférences
ont permis de conjuguer enseignement et passion tauromachique. Cinquante-cinq
élèves de la sixième à la troisième,
en collaboration avec le professeur d’art plastique, ont planché
sur le thème de la feria. » (concours de dessins
pour l’affiche de la feria).
Nîmes, collège
des Oliviers
Rappel des faits :
après avoir invité le torero Stéphane Meca
en juin 2001, sur l’initiative d’un professeur d’espagnol
(encore !) et avec le plein accord du chef d’établissement,
le collège des Oliviers récidive en 2002. le Midi
Libre du 5 juin 2002 titre « une approche ouverte des
cultures méditerranéennes ». On nous précise
que « les jeunes travaillent sur un projet global qui
les conduira au Maroc ». Cherchez l’erreur !
Tous les moyens sont bons pour parler de tauromachie et faire venir
un ancien torero : Juan Villanueva venu faire partager sa passion !
Nîmes, lycée
Alzon
Rappel des faits :
le site des acharnés de la torture « corrida.net »
nous informe que le torero Jean-Baptiste Jalabert, surnommé
Juan-Bautista sous sa forme « assassin en dentelle »
a rencontré les lycéens d’Alzon et a « répondu
à une avalanche de questions ».
La Seyne sur Mer, lycée
Beaussier
Rappel des faits :
en mai 2002 après la feria de Pentecôte nîmoise,
nous recevons un mail d’un lycéen qui nous dit :
« hier, dans le cadre d’une sortie dite
pédagogique j’ai assisté au spectacle le plus
atroce qu’il m’ait été donné de
voir. Je parle bien entendu d’une corrida, celle de Nîmes.
Je n’ai que 17 ans mais je souhaite de tout cœur pouvoir
vous aider dans la lutte contre la barbarie. Je vous remercie beaucoup
pour ce que vous faites ; est-ce que ce monde est sérieux ? »
Un grand bravo à ce jeune
homme, qui a fait preuve d’un grand courage en nous contactant.
A nous maintenant de faire comprendre aux responsables de ce lycée
que la corrida est bien un acte de torture donné en spectacle.
Saint-Raphaël, lycée
Saint-Exupéry
Rappel
des faits : en février 2002, Catherine Desanlis
du CAC 83 nous informe qu’une exposition doit avoir lieu dans
l’établissement ayant pour thème l’Espagne.
Un panneau réalisé par les élèves présente
la corrida sous son meilleur jour (folklore, esthétisme…).
Suite au travail d’information du CAC 83, un article de « Var-Matin »
du 21 février précise : « une
exposition sur la corrida, apposée lundi dernier sur les
murs du hall d’entrée du lycée Saint-Exupéry
révolte plusieurs parents d’élèves. Ceux-ci
se disent choqués par des photos représentant des
animaux ensanglantés, dans un lieu où le respect et
la tolérance sont érigés en valeurs de référence ».
Après de nombreux courriers,
l’expérience n’a pas été renouvelée…
Alès, écoles
primaires
Rappel des faits :
à la demande des services municipaux concernés, des
instituteurs de différentes écoles primaires font
dessiner des taureaux ensanglantés à des enfants dans
le cadre d’un concours pour la feria d’Alès.
Le mercredi 8 mai 2002, les dessins sont exposés aux arènes.
Quoi de plus logique que de faire dessiner la torture aux enfants
afin qu’ils s’habituent à celle-ci ? c’est
comme cela que l’on forme les futurs aficionados et éventuellement
les toreros et picadors… Ils ont recommencé
le 28 mai 2003 !
Photos à l’appui,
nous avons saisi le recteur de l’académie de Montpellier
qui a reconnu que la situation était inacceptable et que
ses inspecteurs pédagogiques feraient en sorte que cela
ne se reproduise plus (lettre jointe). Nous attendons la semaine
du 17 mai 2004 pour en avoir le cœur net !
Le point en 2004 : la situation est
grave !
Sur le site « toreria.net »,
André Viard, chroniqueur taurin, appelle à un prosélytisme
forcené et officiel dans les écoles. Il souhaite former
« localement des répétiteurs »
(texte joint). Des négociations sont en cours entre la mairie
de Nîmes et le mundillo pour obtenir un partenariat officiel.
Tous les enfants des écoles nîmoises sont donc particulièrement
en danger…
Les enseignants aficionados des écoles primaires, collèges
et lycées se sentent pousser des ailes et oublient toute
éthique pédagogique. A Béziers, après
plusieurs années d’interruption grâce au travail
de terrain du COLBAC, les tortionnaires reviennent dans les établissements
d’enseignement. On apprend dans le « Midi Libre »
du 7 février 2004 que depuis le mois de septembre 2003,
dans le cadre des « itinéraires de découverte »,
le cours Fénelon de Béziers (enseignement privé
sous contrat avec l’Etat) propose une initiation à
la corrida !
Dans un petit village entre Nîmes et Rodilhan, André
Viard rapporte :
Une excellente initiative :
Alain Rodier, professeur
d'Espagnol au collège « Lou Castellas » de Marguerittes
dans le Gard a eu l'excellente idée de faire découvrir
à ses élèves de 4eme, une partie de la culture
ibérique. Le Centre Culturel Andalou de Nîmes leur
a fait découvrir une fiesta andalouse, Melinda Sala, le flamenco,
Denis Loré le torero. Son itinéraire
de découverte s'est prolongé à la course camarguaise
grâce à Jacky Simeon et devrait aller jusqu'à
un voyage en Andalousie, visiter une manade, sans oublier d'assister
dans nos arènes à une course ou à une
corrida
Après
presque trois ans de calme relatif au lycée de Rodilhan
dans lequel j’enseigne, les tortionnaires, relayés
par des personnes qui n’ont d’enseignant que le nom,
ont tenté de « prêcher la bonne parole »
(lettre ouverte au proviseur ci-joint). Le lundi 26 janvier 2004,
une salle du lycée avait été transformée
en club taurin ! Les murs de la salle étaient recouverts
d’affiches de corrida ! Et les organisateurs ont préféré
annuler leur séance plutôt que d’accepter un
débat contradictoire. Cela en dit long sur leur comportement.
Le lendemain, après diffusion de ma lettre ouverte, le
portrait de Victor Hugo qui se trouvait sur mon casier avec cet
aphorisme « torture un taureau pour le plaisir, pour
l’amusement, c’est beaucoup plus que torturer un animal,
c’est torturer une conscience », fut arraché.
Acte anonyme bien entendu !
Pour en finir avec ces pratiques inqualifiables, nous avons saisi
une nouvelle fois le recteur de Montpellier (représentant
du ministre de l’éducation nationale pour tout le Languedoc-Roussillon).
Nous demandons à monsieur Marois qu’une circulaire
impose un débat contradictoire sur ce sujet très particulier.
Jean-Pierre
Garrigues, Président du CRAC
|