« Vidéo édifiante, situation à dénoncer ! » C’est avec ces termes accrocheurs que Geneviève Petre a contacté la rédaction de RTLinfo.be via notre page Alertez-nous. Au-delà d’une aversion pour le monde des corridas, partagée par une frange non négligeable de la population, elle souhaitait attirer l’attention des médias sur les écoles taurines. Là, dès l’âge de 8 ans, des enfants voient intégrer la tauromachie à leur cursus scolaire classique. Les anti-corridas français voudraient, au moins, que ces écoles ne perçoivent plus de subventions publiques.

« Images insoutenables ! »

La vidéo relayée par Geneviève a été postée le 15 septembre dernier sur le site de la Fédération des Luttes pour l’Abolition des Corridas (FLAC), une association française. Elle illustrait un article intitulé « Enfance pervertie. Images insoutenables ! ». Sur les images amateur, un enfant pratiquant la tauromachie dans une arène, avec pour fin la joie du bambin lorsque le veau qu’il venait de piquer à plusieurs reprises s’écroulait, mourant, sur le sol. Comme l’indique le titre, il venait de tuer son premier veau.

Dans de nombreux pays du monde

La première école taurine du monde fut créée à Séville en 1830. Depuis, on en trouve 20 rien qu’en Andalousie et près de 30 pour toute l’Espagne, où la dernière a été construite en 2007. L’Espagne n’est pas la seule à apprendre aux enfants à mettre à mort des taureaux. Le Portugal, la Colombie, le Venezuela et l’Equateur en ont chacun une. Le Mexique et les USA (près de la frontière mexicaine) en comptent chacun deux, tandis que le Pérou truste la première place des pays du Nouveau Monde. Enfin, la France est le second pays au monde à compter le plus d’écoles taurines : huit, essentiellement situées dans le sud et le sud-ouest.

Un enseignement général avec option tauromachie

Dans ces établissements scolaires qui fonctionnent sous forme d’internats, les enfants sont obligés de suivre un cursus d’enseignement général. Il est simplement complété par des cours théoriques et pratiques sur la tauromachie et nombre de grands matadors contemporains en sont issus. Dans l’ancestrale Escuela de Tauromaquia de Sevilla, les inscriptions d’enfants de moins de 14 ans sont exclues. Cette école compte actuellement 44 étudiants, donc 4 filles. Dans la plupart des autres écoles du monde, l’âge minimum est en règle générale de 8 ans et l’âge maximum de 20 ans. C’est par exemple le cas de la plus grande école taurine de France : Le Centre Français de Tauromachie de Nîmes.

Femme matador, le rêve d’une adolescente ukrainienne

Et les bambins comme les adolescents qui fréquentent ces écoles sont, logiquement, ravis. « J’adore les taureaux », expliquait le très jeune Borja, de l’école de Jerez de la Frontera, dans un reportage de la chaine Canal Sur. Jorge, âgé de 19 ans, expliquait dans un reportage de La Cerca TV qu’il « était tout petit quand la passion » lui est venue. Dans l’école d’Albacete, où il étudie, « ils t’enseignent le monde de la tauromachie, mais aussi te forment en tant que personne », insistait-il. Et la discipline tant décriée séduit aussi les jeunes filles, y compris venant de pays où la tauromachie n’est pas une tradition : « On est traitées d’égal à égal par les toréadors. On est dans la meilleure école d’Espagne », se réjouissait Valentina Kumova, une adolescente ukrainienne venue réaliser son rêve à 3000 km de chez elle.

Arrêter de subventionner ces écoles ?

Si les enfants qui fréquentent ces écoles aiment logiquement la discipline, les anti-corridas, eux, n’acceptent pas que leurs deniers servent à financer ces écoles au travers de leurs taxes et des subventions publiques. « Les écoles taurines françaises sont subventionnées avec l’argent des contribuables à leur insu », peut-on lire dans l’article anti-corridas. En effet, comme tous les autres organes de ce monde à part, les écoles de tauromachie en France sont subventionnées par les pouvoirs publics, principalement locaux. Une vérité révélée aux Français dès 2011, notamment par Charlie Hebdo. Dans son article, la FLAC plaide donc pour que, « à la veille des élections municipales françaises (mars 2014, ndlr), les candidats de chaque parti politique se prononceront et se positionneront sur ce scandale absolu et insupportable qui dénature l’enfance ! » Une enfance symbolisée par le phénomène Michelito Lagravère, un matador mexicain né de parents français et dont le père est lui-même torero. Il est devenu le plus jeune matador de l’histoire en novembre 2012… à l’âge de 14 ans.

On ne touche pas à la tradition

Concernant les politiciens, le ministre français de l’Intérieur, Manuel Valls, s’est d’ores et déjà positionné. Né à Barcelone, la corrida est une tradition familiale pour lui. Sur le plateau de BFMTV le 11 septembre 2012, il expliquait qu’il serait, selon lui, dangereux d’interdire les corridas en France : « Dans un pays en crise, avec des Français qui doutent de leur identité, tout ne peut pas se ressembler (…) On a besoin de ces racines, ne les arrachons pas. » Ce qui ne risque pas d’arriver de sitôt en France, où l’article 521-1 du Code pénal stipule que les deux ans d’emprisonnement et 30.000€ d’amende qui attendent ceux qui font preuve de cruauté envers les animaux ne s’appliquent pas aux « traditions locales ininterrompues », comme la corrida.