Lettre ouverte à Madame Laure Beccuau,
Procureur de la république près le Tribunal de Grande Instance de Nîmes

Madame le Procureur,

Suite aux événements dramatiques qui s’étaient déroulés le 8 octobre 2011 dans les arènes de Rodilhan (lynchage de militants pacifistes par des aficionados), vous aviez annoncé un audiencement pour fin 2013 dans un courrier adressé le 26 juillet 2013 à notre avocat Me Jean-Robert Phung. Puis par voie de presse, nous apprenions début 2014 que ce procès pourrait se tenir courant 2014.

Alors que le gendarme en charge de l’enquête a de nouveau terminé les compléments d’enquête que vous lui aviez demandés en mars 2015, nous attendons toujours une date pour ce procès sans précédent. Que se passe-t-il ? Les quelque 70 victimes de violences n’ont toujours aucune nouvelle et n’ont reçu aucune information ? Est-ce normal ?

Comme vous le savez, pour les abolitionnistes de la torture tauromachique, Rodilhan est devenu un symbole. Tout comme pour les aficionados. Le monde de la tauromachie rodilhanaise pourrait jouer l’apaisement en attendant la tenue de ce procès au cours duquel le maire du village sera mis en cause. Il n’en est rien et cette année, M. Reder a de nouveau organisé la finale de « graine de torero » rebaptisée « Bolsin » pour l’occasion. Suite à notre déclaration de manifestation dont la presse s’est faite honnêtement l’écho, la séance de massacre du 14 juin 2015 a été annulée, puis reportée le 4 octobre prochain, générant d’importantes dissensions dans le mundillo nîmois.

Madame le Procureur, nous allons à nouveau manifester le 4 octobre 2015 à Rodilhan, quatre jours avant la date anniversaire de ce déchainement de violence des aficionados. Comme une ultime provocation, M. Reder a choisi la journée mondiale des animaux pour organiser sa séance de boucherie à ciel ouvert. La tension est extrême et nous sommes très inquiets. Comme vous le savez, nous sommes pacifistes et aucun aficionado n’a jamais été blessé. Et nous continuerons toujours sur cette ligne de conduite, la seule acceptable pour nous. La violence, l’hyper-violence est en face, comme elle l’a toujours été. L’inscription de la corrida au patrimoine culturel immatériel de la France a été abrogée le 1er juin dernier par la Cour d’Appel Administrative de Paris suite à l’action du CRAC Europe et de Droits des Animaux. Les pratiques sanguinaires, dont la corrida, sont fortement remises en cause en Espagne, berceau de la tauromachie. Les aficionados sont de plus en plus violents car l’existence de leurs pratiques barbares est en grand danger.

Nous constatons enfin avec tristesse que les lenteurs de la justice face à ce que le maire de Rodilhan à lui-même qualifié de « lynchage » ont pour conséquence le fait que justice ne sera jamais rendue pour quatre militants décédés depuis cette « corrida humaine »…

Dans ce contexte très particulier, pouvons-nous espérer, Madame le Procureur, l’annonce d’une date de procès avant le 4 octobre prochain ? Cela permettrait de montrer aux aficionados qu’il n’y a pas d’impunité pour leurs actes violents, contrairement à ce qu’ils croient, et aux victimes abolitionnistes que nous sommes que la justice est prête à oeuvrer en toute impartialité.

Dans l’attente de votre réponse et avec espoir, veuillez croire, Madame le Procureur à l’expression de nos sentiments les plus respectueux mais aussi les plus déterminés.

Pour les associations organisatrices et les partenaires de l’action de Rodilhan 2011.

A Alès, le 31 août 2015

Jean-Pierre Garrigues
Président du CRAC Europe

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Réponse reçue le 8 septembre 2015 :

Beccuau 03 09 15