Sommet international antitauromachie, Paris 2016

Rencontres d’une délégation internationale avec des députés abolitionnistes (26 mai 2016)

La délégation était composée des personnes suivantes :
– Jean-François Courreau (COVAC)
– Dorothée Aillerie (COVAC, déléguée du CRAC Europe)
– Fanny Casali (COVAC)
– Jean-Paul Richier (PROTEC)
– José Enrique Zaldivar (président d’AVATMA, Espagne) accompagné de plusieurs autres membres de l’AVATMA
– Felipe Ogaz Oviedo (président de Diabluma, Equateur)
– Rita Silva (présidente d’ANIMAL, Portugal)
– Marta Esteban (présidente de la plateforme La Tortura No Es Cultura, Espagne)
– Marius Kolff (président de CAS International, Pays-Bas)
– Roger Lahana (vice-président du CRAC Europe, secrétaire de la FLAC)
– Luce Lapin (directrice de campagne du CRAC Europe, journaliste à Charlie Hebdo)
– David Joly (trésorier du CRAC Europe)
– Marianne Pastre (déléguée Île-de-France du CRAC Europe)

Deux députées ont été rencontrées successivement :
– Laurence Abeille (EELV)
– Geneviève Gaillard (PS)

Les discussions ont été menées de façon similaire dans les deux cas : présentation de la situation internationale de la corrida par les différents membres de la délégation et échanges avec les députées pour ce qui concerne la France et l’Europe.

Marius Kolff a présenté le Réseau International Antitauromachie (RIA). Ce réseau regroupe 110 associations anticorrida dans le monde (dont le CRAC Europe) qui totalisent environ 17 millions d’adhérents. Marta Esteban a décrit la plateforme La Tortura No Es Cultura (LTNEC), qui est une fédération fondée il y a sept ans de plusieurs dizaines d’associations espagnoles oeuvrant dans les différents domaines du bien-être animal. Il s’agit donc d’une structure très similaire au projet lancé par Laurence Abeille et Geneviève Gaillard pour la France.

Les axes principaux dans tous les pays tauromachiques : l’enfance et les subventions

En Espagne, le nombre de corridas a diminué de plus de moitié depuis 2007. Seulement 19% des Espagnols se disent procorrida et 84% des habitants déclarent ne pas être fiers qu’il y ait des corridas dans leur pays. L’accent majeur des actions anticorrida menées par LTNEC porte sur la protection de l’enfance d’une part et l’attaque des subventions d’autre part. José Enrique Zaldivar souligne que la plupart des vétérinaires espagnols sont anticorrida mais que très peu osent le dire publiquement. En Espagne, l’Ordre des vétérinaires est ouvertement procorrida. L’AVATMA regroupe environ 400 vétérinaires espagnols.

Au Portugal, les deux axes principaux sont également l’enfance et les subventions.

En Amérique Latine, la population est majoritairement anticorrida mais les politiciens bloquent le plus possible le recul des corridas. Les pouvoirs qui soutiennent financièrement la corrida peuvent être extrêmement violents. C’est typiquement le cas en Colombie où la corrida est financée par les narcotrafiquants. L’axe d’attaque qui progresse le mieux est celui de l’interdiction de l’entrée des arènes aux mineurs, en particulier au Mexique où plusieurs Etats ont décidé de la mettre en application. Felipe est le fils de Sara Ogaz Oviedo, vice-présidente du Comité des Droits de L’Enfance à l’ONU à qui on doit les diverses recommandations de restrictions d’accès des corridas aux mineurs dans plusieurs pays dont la France. Au Mexique, ces recommandations sont un argument fort qui leur a permis de faire annuler plusieurs centaines de corridas.

Jean-François Courreau a dressé un historique du COVAC, fondé en 2010 et qui regroupe aujourd’hui près de 2200 vétérinaires. Il souligne qu’en France, comme en Espagne, la plupart des vétérinaires n’osent pas dire qu’ils sont anticorrida ou sont indifférents. Jean-Paul Richier représentait le PROTEC, qui regroupe une centaine de psychiatres et psychologues dénonçant les dangers d’exposer des enfants aux violences commises pendant les corridas.

Les deux députées ont analysé les blocages actuels autour des PPL anticorrida. Elles pensent, elles aussi, que l’axe le plus prometteur car le plus fédérateur auprès des politiques est celui de la restriction d’accès aux mineurs, ce qui porterait rapidement un coup fatal aux corridas en général. Pour autant, le vrai but est l’abolition et il faut donc poursuivre les initiatives qui la demandent explicitement. La démultiplication des actions de terrain et d’information auprès du grand public est un soutien indispensable.

En ce qui concerne les subventions européennes, il faut maintenir la pression au niveau de l’Europe. Il y a une évolution nette de la perception de la condition animale qui va dans le bon sens. Les élues ont été très intéressées d’en savoir plus sur l’aspect international du combat anticorrida grâce à la délégation réunie autour de la table.

La discussion a porté également sur le projet initié par Laurence Abeille et Geneviève Gaillard avec 23 associations de taille nationale. Il s’agit de la même logique qui a donné naissance à la plateforme LTNEC et qui a permis, depuis, de nombreuses avancées de la cause animale en Espagne, en particulier contre les corridas.

Un autre axe d’action évoqué est de s’appuyer sur les recommandations de l’ONU d’un point de vue juridique. En effet, la France a ratifié la convention sur les droits de l’enfant de l’ONU et doit donc se conformer à ses recommandations. Si tel n’est pas le cas, il doit être possible de lancer des recours en justice en allant s’il le faut jusqu’à la Cour européenne des Droits de l’Homme.

L’axe « enfance et tauromachie » a été le plus commenté. Nous informons les députées que ce sera le thème du colloque que nous organiserons à l’automne à Paris, toujours dans le cadre du Sommet international antitauromachie qui se déroule cette année en France (à lire également : manifeste des vétérinaires anticorrida).