Un mot d’ordre semble être lancé dans et autour des arènes : empêcher à tout prix les appareils photos et les caméras des anti-corridas de prendre des images très dérangeantes pour eux puisqu’elles mettent en évidence leur violence physique incontrôlée.

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Plusieurs d’entre nous ont vu ainsi au cours d’actions diverses leur matériel arraché des mains, les cartes mémoires volées, voire l’appareil détruit, que ce soit par des aficionados ou par les forces de l’ordre. Il est désormais indispensable de se faire très discret, voire de se grimer en aficionado pour pouvoir capturer en images les scènes de violence devenues systématiques à l’encontre des manifestants. C’est ce qui s’est encore passé à Maubourguet le 23 août 2014, où les aficionados ont tabassé les anti-corridas avec l’aide délibérée des CRS.

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Que les choses soient nettes : il est parfaitement légal de photographier ou de filmer des scènes de ce genre, il est parfaitement illégal de s’y opposer et encore plus de voler des cartes ou de détruire du matériel. Ceci s’applique aussi bien aux aficionados qu’aux forces de l’ordre.

Le cas des aficionados

Que dit la loi ? Il existe un droit à l’image concernant la vie privée uniquement (pas la vie publique) et qui permet à un particulier (aficionado ou pas) de s’opposer à ce que son visage soit diffusé sans son autorisation, mais cela n’interdit en rien la prise de vue. Le droit à l’image ne s’applique en effet qu’à la diffusion de l’image, pas à sa prise de vue. Il y a alors deux possibilités :

– soit il s’agit d’une vue d’ensemble d’un groupe de gens et aucun droit à l’image ne peut être invoqué,

– soit il s’agit d’un gros plan sur un individu particulier et son visage doit être flouté en cas de diffusion sans son autorisation. Cas particulier : si la photo ou la vidéo d’un individu isolé a pour but l’information du public sur ses faits, le droit à l’image ne peut pas être invoqué.

Dans les deux cas, personne ne peut s’opposer à être pris en photo dans et autour des arènes et, plus généralement, sur un lieu où se déroule une action. Si quelqu’un vous empêche de le faire, il faut porter plainte contre lui.

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Le cas des forces de l’ordre

Une circulaire du 23 décembre 2008 du Ministre de l’Intérieur adressée aux préfets, renseignements généraux, directeurs de la police, etc. précise en toutes lettres que « les policiers ne bénéficient d’aucune protection particulière en matière de droit à l’image  ». Les seules exceptions concernent, pour des raisons évidentes, les services d’intervention (GIGN ou assimilé), la lutte anti-terroriste et le contre-espionnage – rien à voir avec la corrida et ses opposants.

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Il est précisé : « La liberté de l’information, qu’elle soit le fait de la presse ou d’un simple particulier, prime le droit au respect de l’image ou de la vie privée dès lors que cette liberté n’est pas dévoyée par une atteinte à la dignité de la personne ou au secret de l’enquête ou de l’instruction ».

Et, pour que ce soit bien clair : « Les policiers ne peuvent donc s’opposer à l’enregistrement de leur image lorsqu’ils effectuent une mission. Il est exclu d’interpeller pour cette raison la personne effectuant l’enregistrement, de lui retirer son matériel ou de détruire l’enregistrement ou son support […] Une telle action exposerait son auteur à des poursuites disciplinaires et judiciaires. »

Le courrier du Directeur général de la Police Nationale, qui s’exprime au nom du Ministre de l’Intérieur, se termine par ces mots : « Je tiens à ce que toute infraction fasse l’objet de poursuites. »

Certes, depuis, le Ministre de l’intérieur a changé et le Premier Ministre aussi. Mais à ce jour, la circulaire décrite ci-dessus est toujours en vigueur. Que Monsieur le Directeur général compte sur nous pour lui reporter tout abus dont nous serions les victimes. Quoi qu’en pense le Premier Ministre.

Ce qu’en dit le Défenseur des Droits

« Dernièrement, nous avons constaté lors des manifestations anti-corrida certains faits contraires aux droits des manifestants ou de tiers.

Le Défenseur des Droits est compétent dans le cas de manquements aux règles de déontologie par un service de sécurité, police nationale ou municipale, gendarmerie (non-port du matricule, fouilles illégales, attitude irrespectueuse ou violente, tentative d’empêcher la prise d’images sans motif légal…)

Nous vous invitons à prendre systématiquement des images des faits, et à saisir courtoisement le Défenseur des Droits de votre réclamation via le formulaire en ligne en vous laissant guider. »

En complément, ce lien vous permet de faire un signalement à l’IGPN (Inspection Générale de la Police Nationale).

Conseils aux preneurs de vues

Dans la mesure du possible, soyez accompagnés par au moins une autre personne qui veille sur votre sécurité ou qui puisse, dans le pire des cas, servir de témoin si on vous agresse, qu’on vous vole vos cartes mémoires ou qu’on détruise votre appareil, ceci afin de pouvoir renforcer votre dépôt de plainte ultérieur.

Il est préférable d’avoir plusieurs cartes mémoires sur vous. Dès que vous avez enregistré des images importantes, donnez votre carte à quelqu’un de votre entourage qui peut s’éloigner du lieu de l’action pour la confier par exemple à l’un des responsables de l’action, puis glissez en une autre dans votre appareil. Ainsi, en cas de vol ou de destruction, une partie de vos images seront déjà à l’abri et pourront être utilisées.

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Rappelez-vous : vous êtes dans votre droit en prenant des images. Ce sont ces images qui font peur aux aficionados parce qu’elles montrent leur vrai visage et qu’aucune propagande ne peut faire croire qu’ils sont « d’une tenue exemplaire » (pour citer Viard) lorsqu’ils tabassent et insultent des manifestants anti-corrida.

Photos 1 à 5 prises à Maubourguet le 23 août 2014 (1, 4, 5 par Manu – 2, 3 par RL), les autres à Rodilhan le 8 octobre 2011 (Sauvons les Animaux).