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Christian Sinibaldi, photographe taurin, a eu une révélation en voyant sur cette photo le regard du taureau. Depuis, il a compris que la corrida est une barbarie...
En effet, peut-on imaginer association plus contradictoire que celle de ces deux mots : corrida et bienfaisance ?
Les promoteurs des corridas semblent devenir des spécialistes en la matière. Suite aux inondations catastrophiques du mois de septembre 2002 dans le sud de la France, les sinistrés pansaient leurs blessures et tentaient de reconstruire ce qui pouvait l’être. Et qu’a-t-on vu fleurir de Floirac (proche de Bordeaux) jusqu’à Fréjus (Côte d’Azur) ? Des corridas dites « de bienfaisance ».
Nous dénonçons la récupération éhontée de la détresse des victimes des inondations à travers la multiplication de ces corridas de « bienfaisance » qui riment avec « bonne conscience ». Déjà en 2001 ce type de spectacle avait été organisé au profit des sinistrés d’AZF (explosion d’une usine à Toulouse). Les acteurs du milieu tauromachique utilisent toutes les occasions pour faire la promotion d’un spectacle de mort et se faire passer pour les grands humanistes qu’ils ne sont pas.
A commencer par Simon Casas, prestataire de service dans la gestion des spectacles tauromachiques à Nîmes, qui dans un journal nîmois se lamente : « moi aussi je suis sinistré ! ». Un peu de décence M. Casas ! Comment osez-vous mettre au même niveau vos problèmes financiers et la détresse des sinistrés ? Vous voulez faire croire que les inondations de septembre vous ont causé de forts préjudices financiers ? Vous voulez faire croire que la corrida serait une activité lucrative ? Oubliez-vous que la quasi-totalité des corridas sont maintenues en France à grand renfort de subventions publiques ? Vos déboires en tant que prestataire de services aux arènes de Nîmes pour l’année 2002 en sont une nouvelle preuve. Pour tenter de faire avaler autant de couleuvres au public et aux contribuables nîmois, il faut une bonne dose de cynisme…
L’apothéose en la matière fut sans doute atteinte par un article scandaleux paru dans un grand quotidien national (« Le monde ») entre les deux tours des présidentielles sous le titre « l’arène contre la haine ». Une fois de plus on voulait nous présenter les tauromaniaques comme de grands démocrates. L’aficion a la mémoire courte. Il serait bon de rappeler ici que le 10 juillet 1937, le gouvernement républicain espagnol avait ordonné par décret l’abolition des corridas. Franco, le jour de la défaite des forces républicaines présida une « corrida de la victoire » (de bienfaisance ?). L’arène contre la haine ? Non ! L’arène c’est la haine, c’est l’exaltation des pires instincts de l’être humain. Sous le vernis de « l’art et de la culture » grouille l’innommable.
Fin 2002, en France, on torturait « gratis ». Pour une fois les « danseuses ridicules », comme le dit si bien Francis Cabrel, ne se sont pas faites payer. Pourquoi celles et ceux qui souhaitent réellement aider les sinistrés n’auraient-ils pas versé directement le prix de leur billet de corrida à une association caritative sans aller voir la torture dans les arènes ? Ajouter de la souffrance à la souffrance va à l’encontre de la dignité humaine. Pour connaître la réalité d’une corrida, il n’est nul besoin d’y mettre les pieds. Thierry Hély est allé pour nous assister à l’une des plus « prestigieuses » corridas de la saison. Il nous a rapporté des images insoutenables de cruauté que d’aucuns trouvent admirables. Des extraits de son film ont été diffusés sur différentes chaînes de télévision, françaises et étrangères. Face à ce document accablant, un commentateur de France 3 a pu dire : « Thierry Hély a capté ce que 10 000 spectateurs n’ont pas su voir ». Alors, « bienfaisance » ou pas, ouvrons les yeux et arrêtons la torture !
Aujourd’hui, on trouve des corridas :
En Amérique du Sud : Venezuela, Colombie, Equateur, Pérou, Bolivie.
En Amérique Centrale : Mexique, Guatemala, Panama.
En Europe : Espagne, Portugal et France.
Le 31 décembre 2000, la directive 00/418/CE fut applicable. Selon celle-ci, la viande des taureaux de corrida est impropre à la consommation car les sévices infligés favorisent la dissémination de prions susceptibles de transmettre la maladie de Kreutzfeld-Jacob.
Or, en France, un arrêté du 12 décembre de la même année autorise la consommation de la viande de taureaux de corrida. Celui-ci a été pris entre la date où a été prise la directive et celle où elle est devenue applicable.
10 juillet 1937 : les corridas sont abolies en Espagne. Elles seront réintroduites par le dictateur Franco.
Août 2003 : la Catalogne espagnole interdit l’entrée des arènes aux moins de 14 ans. La generalitat (conseil régional espagnol) s’applique à faire respecter cette loi. En septembre 2004, trois corridas furent annulées à Tarragone car des enfants avaient assisté à une corrida…
En France, l’accès aux arènes pour assister aux corridas est en général gratuit pour les moins de 10 ans.
6 avril 2004 : Barcelone se déclare ville anticorrida. A ce jour, plus de 40 villes espagnoles se sont déclarées hostiles à la corrida.
Avant l’an 2000, les départements où se pratiquaient des corridas étaient au nombre de 9 :
La Gironde.
Les Landes.
Les Pyrénées Atlantiques.
Le Gers.
Les Pyrénées Orientales.
L’Hérault.
Le Gard.
Les Bouches du Rhônes.
Le Var.
Depuis 2000, on trouve également des corridas :
En Haute Garonne.
Dans l’Aude.
On voit là le résultat de la libre interprétation par des juges aficionados de la notion de tradition locale ininterrompue !
La Déclaration Universelle des Droits de l’animal a été proclamée solennellement le 15 octobre 1978 à la Maison
de l’UNESCO à Paris. Elle constitue une prise de position philosophique sur les rapports qui doivent désormais
s’instaurer entre l’espèce humaine et les autres espèces animales. Son texte révisé par la Ligue Internationale des
Droits de l’Animal en 1989, a été rendu public en 1990.
PRÉAMBULE :
• Considérant que la Vie est une, tous les êtres vivants ayant une origine commune et s’étant différenciés
au cours de l’évolution des espèces,
• Considérant que tout être vivant possède des droits naturels et que tout animal doté d’un système
nerveux possède des droits particuliers,
• Considérant que le mépris, voire la simple méconnaissance de ces droits naturels provoquent de graves
atteintes à la Nature et conduisent l’homme à commettre des crimes envers les animaux,
• Considérant que la coexistence des espèces dans le monde implique la reconnaissance par l’espèce
humaine du droit à l’existence des autres espèces animales,
• Considérant que le respect des animaux par l’homme est inséparable du respect des hommes entre eux,
IL EST PROCLAME CE QUI SUIT :
Article premier
Tous les animaux ont des droits égaux à l’existence dans le cadre des équilibres biologiques.
Cette égalité n’occulte pas la diversité des espèces et des individus.
Article 2
Toute vie animale a droit au respect.
Article 3
1. Aucun animal ne doit être soumis à de mauvais traitements ou à des actes cruels.
2. Si la mise à mort d’un animal est nécessaire, elle doit être instantanée, indolore et non génératrice
d’angoisse.
3. L’animal mort doit être traité avec décence.
Article 4
1. L’animal sauvage a le droit de vivre libre dans son milieu naturel, et de s’y reproduire.
2. La privation prolongée de sa liberté, la chasse et la pêche de loisir, ainsi que toute utilisation de l’animal
sauvage à d’autres fins que vitales, sont contraires à ce droit.
Article 5
1. L’animal que l’homme tient sous sa dépendance a droit à un entretien et à des soins attentifs.
2. Il ne doit en aucun cas être abandonné, ou mis à mort de manière injustifiée.
3. Toutes les formes d’élevage et d’utilisation de l’animal doivent respecter la physiologie et le
comportement propres à l’espèce.
4. Les exhibitions, les spectacles, les films utilisant des animaux doivent aussi respecter leur dignité et ne
comporter aucune violence.
Article 6
1. L’expérimentation sur l’animal impliquant une souffrance physique ou psychique viole les droits de
l’animal.
2. Les méthodes de remplacement doivent être développées et systématiquement mises en oeuvre.
Article 7
Tout acte impliquant sans nécessité la mort d’un animal et toute décision conduisant à un tel acte constituent un
crime contre la vie.
Article 8
1. Tout acte compromettant la survie d’une espèce sauvage, et toute décision conduisant à un tel acte
constituent un génocide, c’est à dire un crime contre l’espèce.
2. Le massacre des animaux sauvages, la pollution et la destruction des biotopes sont des génocides.
Article 9
1. La personnalité juridique de l’animal et ses droits doivent être reconnus par la loi.
2. La défense et la sauvegarde de l’animal doivent avoir des représentants au sein des organismes
gouvernementaux.
Article 10
L’éducation et l’instruction publique doivent conduire l’homme, dès son enfance, à observer, à comprendre, et à
respecter les animaux.
La Déclaration Universelle des Droits de l’Animal a été proclamée solennellement à Paris, le 15 octobre 1978, à
la Maison de l’Unesco.
Son texte révisé par la Ligue Internationale des Droits de l’Animal en 1989, a été rendu public en 1990.
Le CRAC est par principe opposé à l’utilisation des animaux pour divertir les foules. Ce sont des êtres sensibles qui n’ont pas à subir les caprices humains et encore moins à être malmenés pour le plaisir.
Les activités taurines autre que la corrida émanent généralement du lobby taurin qui est à l’origine des corridas. Elles constituent la source financière principale de ce lobby et participent à l’élargissement de l’implantation géographique de la culture taurine et par là même de la corrida.
Ces deux raisons nous suffisent à condamner moralement les activités taurines en général. Cependant, l’objet du CRAC n’est autre que l’abolition de l’alinéa 5 de l’article 521-1 du Code pénal qui tolère les actes de cruauté et sévices graves sur animaux lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée.
Le CRAC ne se bat donc pas contre toutes les activités taurines, même s’il les désapprouve fortement, mais uniquement contre les sévices graves et actes de cruauté que constitue la corrida, actes de torture qui plus est banalisés aux yeux des enfants.
En 1567, Pie V promulgue la bulle De Salute Gregi Dominici qui condamne sans appel les jeux taurins (La corrida, E. Hardouin-Fugier). Il est question d’abolir, à perpétuité, ces spectacles sanglants et honteux. Et pourtant, en Espagne comme en France, religion et tauromachie sont indissociables.
Un élevage très réputé, près de Salamanque, a été créé par le curé de Valverde.
La plupart des arènes possèdent une chapelle attenante où les toreros peuvent se recueillir. Ils sont bénis, comme à Nîmes, par un aumônier des arènes !
L’église espagnole donne à ses frais des corridas auxquelles assistent tous les dignitaires et responsables locaux.
En 2002, pour la feria de Béziers, le grand couturier Christian Lacroix s’est permis de mélanger sur une affiche la corrida et la vierge Marie. On attend encore les protestations du monde ecclésiastique…
Dans le « Midi Libre » du 2 juin 2003, les propos du père Dominicain Pierre-Etienne Veiller sont rapportés : « la corrida est un combat de l’homme face à la bête et à sa bestialité. Il doit tuer le péché et l’animalité qui est en lui pour en faire ressurgir l’humanité ».
On est bien loin de Pie V !
Pour les aficionados, inconditionnels de la corrida, ce « spectacle » est un art, une tradition plus ou moins locale, ou pourquoi pas une culture enracinée dans certaines régions de l’Europe. Pour certains écologistes français, à commencer par Noël Mamère, la corrida permet, à travers les élevages de taureaux, de préserver les marismas, écosystèmes fragiles du sud de l’Espagne. Pour d’autres aficionados, cette activité serait l’expression même de la démocratie locale s’opposant au rouleau compresseur européen, destructeur d’identité. Pour d’autres encore, la tauromachie doit se développer, raison pour laquelle il est nécessaire d’initier très tôt les enfants à cette pratique. Enfin, à travers les ferias, on veut nous faire croire que les corridas représentent une manne financière pour le commerce local.
Pourquoi finalement s’élever contre une pratique si positive, alors que le premier des aficionados français, Simon Casas, directeur des arènes de Nîmes, nous dit : « J’aime le taureau d’un amour sincère, si je pensais que le taureau souffre, j’arrêterais tout de suite ! »
Quelques aficionados nous disent pourtant aller aux arènes en « rasant les murs », d’autres parlent à voix basse de leur « passion coupable ».
En effet, tout dans la corrida est odieux et le cynisme du monde taurin n’a d’égal que son efficacité. Au delà du décorum, des paillettes et des habits de lumière (Alain Camisuli, militant anti-corrida, parle très justement « d’alibi de lumière »), des images édulcorées dont le monde médiatique nous abreuve, le vrai visage de la corrida le voici...
Au cœur du « spectacle », il y a l’animal en souffrance. Sa douleur et son agonie dans l’arène, mais aussi tous les sévices subis avant les 15 à 20 minutes de torture codifiée.
Le taureau dit « de corrida » n’est pas un « fauve » mais un animal domestique et herbivore de surcroît. Il ne devient dangereux qu’enfermé dans une arène où coups et blessures l’obligent à se défendre.
Les examens vétérinaires révèlent que la moitié des taureaux massacrés en corrida étaient gravement malades.
Après l’énorme faillite financière des corridas simulées données à Paris pendant l’exposition Universelle de 1889, les entrepreneurs taurins espagnols tentent de vendre la corrida dans la France entière, malgré l’interdiction légale, que rappellent sans cesse les opposants au Ministère de l’Intérieur. Dans la région parisienne, en fin de siècle (v.1890), la célèbre journaliste féministe Séverine incite Emile Zola à exprimer son opposition à la corrida.
Un très bel article de Denis Andro fait connaître l’engagement anticorrida de la féministe Marie Huot et de son "frère d’arme", le peintre suédois Ivan Aguéli, symboliste et anarchiste arrivé à Paris en 1890. Son opposition à la corrida illégalement donnée à Deuil (4 juin 1900) se manifeste de façon regrettable par un coup de révolver, sans conséquences réelles, mais qui le conduit une fois de plus dans les prisons que ses connivences anarchistes lui ont déjà fait connaître. "Aguéli est libéré après quelques semaines de préventive à la prison de Pontoise. Si une partie de la presse le soutient, il a aussi contre lui certains littérateurs : la Libre parole de l’antisémite Drummont ne manque pas de signaler sa condamnation (23 juillet 1913)" . La poète Marie Huot lui dédie ses poèmes symbolistes. Le missel de Notre-Dame des Solitudes. Caran d’Ache met en image la réciprocité de la violence : tandis qu’Ivan Aguéli vise au pistolet l’arrière-train du matador, un taureau est sur le point d’encorner pareillement le tireur . L’auteur reproduit ce beau dessin et sa légende :" le Nord contre le Midi...et le choc en retour".
Merci à l’auteur : Andro, Denis. "Une page de la lutte contre la tauromachie à la Belle Epoque : l’attentat de Deuil du 4 juin 1903, Gavroche, N° 159, p. 36-38.