Une conférence de presse historique a été organisée le 9 juin 2010 à l’Assemblée Nationale par Muriel Marland-Militello (UMP) et Geneviève Gaillard (PS) pour annoncer le dépôt d’une nouvelle proposition de loi abolitionniste.

Il est question d’informer la presse du dépôt commun d’une nouvelle proposition de loi abolitionniste reprenant celles de Muriel Marland-Militello demandant l’abrogation de l’alinéa 7 de l’article 521.1 du Code pénal français et de rendre public le dépôt d’une proposition de résolution demandant une enquête sur l’argent de la corrida.
Un collectif de vétérinaires français opposés à la corrida est aussi annoncé.

Fransesco Minguell - Geneviève Gaillard - Muriel Marland-Militello- Michel KleinÉtaient présents aux côtés des deux députées : la vétérinaire Marie-Claude Bomsel, le professeur Jean-François Courreau (vétérinaire), le vétérinaire Michel Klein, le vétérinaire espagnol Francesco Minguell, la vétérinaire Nathalie Milhas, le docteur Jean-Paul Richier, les députés Gérard Bapt, Armand Jung, Jean-Marc Roubaud et Lionnel Luca.
Les deux députées exposent tour à tour les motifs qui les ont poussées à déposer une nouvelle proposition de loi abolitionniste. Elles ont décidé de s’unir au-delà de leur clivage politique afin d’amener un maximum de députés à les suivre dans ce combat humaniste, à la fois envers les animaux et pour la défense des enfants.
Elles ont chacune à leur façon brillamment contré les arguments des aficionados.
Aucun argument ne peut tenir, ni celui de l’intérêt économique (si les corridas étaient bénéficiaires, on n’aurait pas besoin de les subventionner), ni celui de la pratique d’un art. Où est l’« art » dans cette barbarie ? Muriel Marland-Militello rappelle qu’en réunion de travail avec les parlementaires européens le maintien des corridas en France discrédite toute volonté de la part de la France de dénoncer les mauvais traitements subis par les animaux dans d’autres pays européens. On est mal placés pour donner des leçons.
Muriel Marland-Militello a révélé les pressions qu’elle a subies pour l’inciter à renoncer à ce combat : accusation d’être manipulée par une secte et menacée d’être exclue de l’UMP.
Elle a malgré tout résisté et a non seulement maintenu sa première proposition, mais l’a redéposée à son second mandat.
Toutes deux rappellent leurs difficultés à enquêter sur l’argent de la corrida. Les maires concernés ne donnent aucune information.

La parole est donnée aux autres députés.

Lionnel Luca (Alpes-Maritimes, UMP) explique pourquoi il s’associe à cette démarche.Lionnel Luca - J.M. Roubaud - Armand Jung - Jean-Paul Richier

Jean-Marc Roubaud (Gard, UMP) fait l’historique de son soutien public à la proposition de loi de Muriel Marland-Militello dès 2004.
Cela ne l’a pas empêché d’être réélu confortablement au premier tour pour un second mandat, ce qui prouve que sa position anticorrida dans le Gard (département fortement contaminé par la torture animale) ne l’a pas desservi. Ajouter de la violence à la violence est indigne. Notre société ne peut plus tolérer cela.

Armand Jung (Bas-Rhin, PS), inscrit depuis longtemps au Groupe d’études sur la protection des animaux sous la présidence de Geneviève Gaillard, apporte très volontiers son soutien à cette démarche commune.

Il souligne qu’on peut à la fois se soucier du sort des hommes et de celui des animaux.
Geneviève Gaillard ajoute : « Qui respecte l’homme respecte l’animal et qui respecte l’animal respecte l’homme. »

Interventions des vétérinaires

Le professeur Jean-François Courreau, professeur de zootechnie à l’école vétérinaire, annonce la création d’un collectif de quelque 200 vétérinaires français opposés à la corrida. Il était temps que la profession se prononce. Il dénonce la sélection de ces beaux animaux que sont les taureaux dits de combat que l’on ne fait que contraindre à se défendre et à mourir dans l’arène. Par ailleurs, il précise qu’il existe une formation sur le bien-être animal à l’école vétérinaire.

Muriel Marland-Militello- Michel Klein - JeanFrançois Courreau- Marie-Claude Bomsel

Marie-Claude Bomsel : « Nous sommes des Homo Sapiens, des hommes sages, nous avons appris l’empathie, la compassion à la souffrance des animaux. Bien sûr que le taureau a mal en corrida, c’est une question idiote ! On a voulu nous faire croire que le fort taux d’endorphines trouvées chez le taureau dans l’arène l’empêchait de ressentir la douleur, au contraire, ces endorphines sont seulement des marqueurs de la souffrance, donc il souffre horriblement. Outre la souffrance physique, le taureau a un cerveau et éprouve une souffrance psychique totale (isolement du troupeau, stress du nouveau milieu qu’il ne connaît pas). »

Michel Klein rappelle l’évolution des mentalités sur le sujet, la souffrance atroce du taureau est maintenant reconnue, c’est une barbarie indigne de nous.

Francesco Minguell, porte-parole de l’Association des vétérinaires espagnols contre la corrida. Il rappelle l’intervention de son association lors des auditions par la Commission de l’environnement du Parlement catalan au sujet de l’ILP (Initiative législative populaire) déposée au Parlement catalan. Il souligne que les parlementaires, dans leur futur vote, devraient tenir compte de l’avis de la population catalane, en grande majorité défavorable à la corrida.
Le milieu vétérinaire espagnol collabore beaucoup à la fiesta, sans nous, elle n’existerait pas. La corrida contribue à montrer les animaux comme des choses, or des études scientifiques montrent le haut niveau de sensibilité des animaux, dont nous devrions tous tenir compte.

Nathalie Milhas, vétérinaire à Fenouillet. Elle fait l’historique des cinq ans de feria avec corridas dans ce village de la Haute-Garonne proche de Toulouse ; elle a créé Fenouillet Anti Corrida. Elle dénonce différentes fraudes et le laxisme des jugements qui ont autorisé des corridas dans un village où il n’y en avait jamais eu. Les cinq ans de corrida ont coûté 600 000 euros aux collectivités territoriales. Cela a aussi coûté sa place d’élu au maire initiateur de ces corridas.

Jean-Paul Richier, psychiatre, reprend et démonte les arguments que l’on entend parfois pour dénigrer cette lutte. Notamment celui qui tendrait à dire que la violence de l’arène protège de celle de la société, c’est une imposture, la violence attire la violence. La corrida est aussi la privatisation des profits et la mutualisation des pertes.
Questions des journalistes présents, agence AFP, Reuters, Regard Animal, etc. Pouvez-vous nous donner des chiffres ? Combien de corridas en France ? Combien d’animaux tués ? Quid des combats de coqs, où, comment ?

Réponse de Muriel Marland-Militello : entre 700 et 1 000 taureaux sont massacrés chaque année. Elle redit qu’il est très difficile d’obtenir des chiffres, vu l’opacité du milieu taurin et la difficulté à entrer dans l’économie de la corrida. Elle précise les lieux des combats de coqs.
Un journaliste espagnol demande des précisions sur le lobby procorrida à l’Assemblée nationale. Par politesse, la députée ne donne aucun nom et indique qu’il peut aller consulter le site de l’Assemblée nationale, il y trouvera les noms du Groupe d’études sur la tauromachie. Il y trouvera le sien, d’ailleurs, car elle s’y est inscrite pour participer aux travaux…
Elle signale l’existence en France d’écoles de tauromachie, où l’on apprend à martyriser les jeunes taureaux, des veaux, toujours dans une grande discrétion financière.
Pour finir, les deux députées remercient les associations présentes pour leur travail de terrain, leur tenue de stand et leur souci d’informer la population.
En conclusion, Geneviève Gaillard cite Paul Valéry : « L’homme contient l’animal comme l’homme contient l’enfant. »

On peut naturellement remercier les deux députés en envoyant un mail de félicitations : ggaillard@assemblee-nationale.fr et mmarland@assemblee-nationale.fr

Nous signalons qu’il n’était pas prévu que les associations interviennent lors de cette conférence de presse. Nous en avons toutefois profité pour nous faire connaître auprès des journalistes présents et pour envisager les pistes que nous pourrons donner à ces démarches, dans le but, bien sûr, de faire tourner le compteur des députés abolitionnistes. Nous vous incitons à aller sonner à la porte de votre député pour qu’il se positionne et signe la proposition de loi. Même ceux du Parti socialiste seront mis sur le gril… sans aucune cruauté, bien sûr !
À propos du PS, nous avons appris que le député Julien Dray venait de signer cette nouvelle proposition de loi. Enfin, et bravo !

Compte rendu rédigé par Hélène Vaquier, présidente, à Toulouse le 10 juin 2010.

Caroline Lanty - Luce Lapin - Cabu - Jean-Pierre Garrigues

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