Le 21 mai dernier, Serena Carone, sculptrice de la statue de Nimeno 2, nous a assignés en justice pour obtenir le retrait de la couverture de « Corrida la honte ». Elle considère que nous n’avons pas le droit d’utiliser sans son autorisation cette scène photographiée sur la voie publique en 2012 qui pourrait, selon elle, devenir un symbole pour le combat anti-corrida. Son avocat, Me Para, nous a assigné une première fois au tribunal de grande instance de Nîmes le 28 mai en référé, c’est-à-dire en urgence. Notre avocat est Me Audrey Nguyen Phung, du cabinet montpelliérain du même nom.

Manque de chance – ou plutôt de sérieux – Me Para ignorait que ce tribunal n’est pas compétent pour traiter de ce type d’affaire. Dans la région, seul celui de Marseille l’est. Lorsque Me Phung l’en a informé, il n’a pas eu d’autre choix que de demander un renvoi. Le juge de Nîmes lui a proposé le 25 juin, sans donner d’opinion sur la question de la compétence. Après avoir vérifié ses textes, Me Para a dû admettre qu’en effet, il était incompétent (je parle du tribunal, bien sûr, j’espère que tout le monde suit).

Et comme le 25 juin, il savait qu’il allait se faire à nouveau jeter, il a décidé, en toute logique, de demander, aussitôt ressorti du TGI de Nîmes, une audience au TGI de Marseille. Il a obtenu qu’elle se tienne le 11 juin, donc bien plus tôt. C’est là qu’il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Me Para était tellement content d’avoir une date antérieure au 25 qu’il a omis un petit détail de procédure (oui, un de plus) : c’est qu’il ne pouvait pas, pour la même affaire, saisir le juge marseillais, alors que le juge nîmois n’était pas officiellement dessaisi. Il aurait dû attendre que le juge nîmois, lors de l’audience du 25, prenne acte de son désistement, pour saisir le juge marseillais.

Mais Me Para avait probablement l’esprit trop occupé par la féria qui s’annonçait et qui s’est terminée lundi par une bronca historique contre Simon Casas, les spectateurs étant furieux de l’état de délabrement avancé des pauvres taureaux sélectionnés pour se faire massacrer (car tout est pourri dans ce milieu, est-il utile de le rappeler). Du coup, il s’est à nouveau pris les pieds dans le tapis procédural.

C’est Me Phung qui le lui a fait remarquer la veille de l’audience. Ce pauvre Para n’avait plus qu’à accepter un nouveau renvoi, toujours à Marseille, mais au-delà du 25 juin pour que l’action à Nîmes s’éteigne d’elle-même. Ce sera le 27. Pourvu que rien d’autre ne vienne encore le perturber d’ici là, parce que, pour une procédure d’urgence, sa cliente doit commencer à trouver le temps long et tant que la couverture n’est pas interdite, elle est autorisée. Or rien n’a encore été jugé, avec ces deux premières assignations foireuses. La troisième sera peut-être la bonne ?

Si j’étais un aficionado (ce qui n’a aucune chance d’arriver), je verrai dans cette pantalonnade en trois actes une métaphore ironique de la corrida que Me Para aime tant, sauf que là, il est dans le rôle du taureau : au premier tercio, il a reçu une pique qui lui a fait baisser la tête ; au second tercio, il s’est planté tout seul une banderille dans le dos ; attention au troisième, c’est celui de l’estocade. Mais ce n’est qu’une image, bien sûr. A la différence d’un vrai taureau, lui ne risque rien d’autre que le ridicule. Ce qui, on le sait, ne tue pas mais risque de faire sérieusement douter ses futurs clients.

Tiens, justement, c’est lui l’avocat de Léa Vicens, qui assigne Jean-Pierre Garrigues en diffamation. Cette fois, il aura Me Phung père face à lui. Ça promet.

Roger Lahana