Sacré Max, Max le Grand, maire d’Alès ! Il n’en loupe pas une pour décider de ce qu’il a le droit de faire ou pas. Les lois ? Qu’on ne l’ennuie pas avec ces broutilles. A Alès, la loi, c’est lui, et puis c’est tout.

Prenez la soirée des Fous Chantants le 1er août 2015, par exemple. Je précise « par exemple » parce que ce n’en est qu’un de plus après bien d’autres, au cours duquel Max Roustan a, une fois encore, pété les plombs et balayé d’un revers de la main un nombre incalculable de lois et de règlements qui avaient le toupet de se mettre sur son chemin. On n’arrête pas un Roustan qui charge. Et pour charger, il a chargé.

Ce soir-là, il y avait donc un concert aux arènes d’Alès. Mille choristes sur scène pour chanter du Renaud, voilà qui a de la gueule et qui ne peut que plaire à un très large public. Là, pour le coup, les gradins étaient pleins à craquer, à la différence des sinistres corridas que de tristes traditionalistes de la torture animale organisent chaque année fin mai pour une poignée de nostalgiques de la souffrance.

Il se trouve que Renaud est de gauche alors que la municipalité est de droite. Pas de problème, Max a les idées larges tant que c’est lui qui siège. Il se trouve aussi que Renaud est anti-corrida et engagé de longue date aux côtés du CRAC Europe – il avait même offert 40 tenues de stands lors de sa tournée 2007 à notre association. Là, en revanche ; Max, il explose. Quand il a su qu’on avait prévu de distribuer des tracts à l’entrée du spectacle, il a frôlé l’apoplexie. Son chef de la police municipale, aussi. Les tracts étaient pourtant plutôt bon enfant : ils rappelaient l’engagement de Renaud et demandaient à ce que les corridas d’Alès disparaissent au profit de concerts.

Petites précisions avant d’aller plus loin – car avec Max, on va toujours plus loin :

  • la distribution de tracts avait été déclarée en sous-préfecture et dûment autorisée, la loi de notre pays – mais pas d’Alès – permettant que des tracts pacifiques soient distribués dans la rue à qui veut bien les prendre
  • il n’y avait rien d’autre que cette distribution sur la voie publique : pas de fumigènes, pas de sono, pas de sifflets, pas de slogans, pas de tentative d’envahir les arènes (pourquoi faire, nous n’avons rien contre les concerts et, de plus, les spectateurs de Renaud sont très majoritairement des gens qui pensent comme Renaud et donc, qui sont anticorrida).
  • pour celles et ceux d’entre vous qui ne sont pas très forts en géographie, Alès n’est pas située en Corée du Nord, mais dans le Gard, en France.

Que croyez-vous qu’il arriva ? Des miliciens privés et des policiers municipaux reprenaient les tracts des mains des spectateurs, y compris en fouillant dans leur sac pour voir s’il n’y en avait pas de caché. Est-il utile de souligner que cela est strictement illégal dans notre pays ? Oui, c’est utile. Il est illégal d’empêcher des particuliers de garder un tract dont le contenu n’a rien de répréhensible et dont la distribution a été autorisée par la préfecture. Il est illégal d’aller jusqu’à fouiller les sacs pour vérifier que lesdits tracts n’y sont pas cachés. Et attention : si un spectateur insistait pour garder son tract, il était purement et simplement interdit d’entrer dans les arènes (pour quel motif ? port illégal de tract autorisé ?), et ce malgré son billet (ce qui est également illégal à part entière, je vous avais dit qu’on irait loin, et pourtant on n’est pas encore au bout).

Jean-Pierre Garrigues a demandé à l’un des policiers de qui il tenait des instructions aussi ahurissantes. Réponse : de son chef, M. Mirabello, directeur de la police municipale d’Alès. Ce dernier a d’ailleurs confirmé publiquement que c’était bien lui qui avait donné cet ordre. Un responsable de la police qui impose à ses hommes de commettre des actes illégaux, ça va chercher dans les combien devant un tribunal ?

Mais attendez, ce n’est pas tout. Ce grand policier était couvert, tout aussi publiquement, par Max Roustan en personne, venu à son tour en parler avec délicatesse, en compagnie de son adjoint M. Rivencq, à Jean-Pierre Garrigues. Quelques extraits choisis du vocabulaire de ces grands édiles municipaux, garants de l’ordre public, de la civilité et du respect des lois de la République : « branleur », « con », menaces de lui « casser la gueule », « terroriste », « pauvre type » et, le bouquet final, la présence de Jean-Pierre Garrigues à Alès « n’est que tolérée ».

Ah bon ? D’une part, ce dernier y habite depuis trente ans – autrement dit, avant même qu’un autre Alésien célèbre ne décide d’y créer le CRAC, décidément, tout le monde en veut à ce pauvre Max… D’autre part, Alès serait donc une commune où, comme pour les maisons du même nom, s’applique une « tolérance » ? Le maire pourrait donc décider si tel ou tel peut résider dans « sa » ville ou pas, suivant des critères qui ne relèvent d’aucun cadre de loi mais juste de son bon vouloir ? Il n’a donc pour seule rhétorique que la tartarinade et l’intimidation ? Il se croit encore à l’époque féodale, ce petit dictateur fascisant d’opérette ? Ah, au fait, rions un peu : Max Roustan, maire d’Alès, n’y habite même pas, à Alès. C’est dire s’il l’aime, « sa » ville.

Complètement hors de lui, Roustan a fini par tourner les talons et s’est éloigné en maugréant. Peut-être sentait-il qu’il était sur le point de « casser la gueule » de Jean-Pierre Garrigues traité également de « lâche » puisque, selon Roustan, il avait peur – tenez-vous bien – que le maire ne lui casse pas la gueule. Roustan, dans toute sa roustanitude, a-t-il eu un sursaut de conscience, non pas démocratique (faut pas exagérer) mais simplement médiatique, en se disant que cela aurait fait un peu tache s’il s’était mis à frapper Jean-Pierre sous les yeux de la foule des spectateurs qui subissaient des fouilles de sacs et le retrait de leur tract, ce qui a causé un retard de 45 minutes sur l’horaire prévu du spectacle ?

Tiens, justement, Jean-Pierre avait un ticket d’entrée, lui aussi. Il s’est donc mis dans la queue, avec son ticket et un tract. Quand est arrivé son tour, surprise ! Je plaisante, aucune surprise : dix flics se sont mis en travers de son chemin et l’un d’entre eux lui a dit qu’il n’avait pas le droit d’entrer. Jean-Pierre a demandé s’ils étaient bien sûr de ce qu’ils faisaient : interdiction de laisser passer un particulier avec son billet d’entrée. Petit conciliabule entre les faibles de l’ordre… et, bon, allez, vous pouvez passer mais d’abord on vous fouille. Fouille du sac à main (rien…), palpation au corps (oui, on ne sait jamais, des fois qu’il aurait caché sous son t-shirt une kalachnikov, des explosifs et une sono de 2000 watts) et là, bien obligé de le laisser passer, ce dangereux terroriste bardé d’un tract A4 montrant des photos de Renaud.

Aussi dément que cela puisse paraître, lorsqu’il s’est retrouvé à l’intérieur avec une dizaine de flics en civil qui le suivaient de près, il ne s’est rien passé du tout. Pas d’émeute, pas de fumigène, rien. Est-il utile de rappeler que nous, Renaud, on l’aime et qu’on ne va certainement pas perturber un spectacle qui lui rend hommage ? Il faut croire que ce genre de subtilité échappe totalement au grand Max et à sa basse cour paranoïaque.

Plusieurs spectateurs outrés par ces pratiques ont spontanément contacté Jean-Pierre pour offrir leur témoignage. Une vidéo montre également les policiers en train de récupérer les tracts sous peine de refoulement pour les réfractaires. Nos avocats ont été saisis.

Roger Lahana
Vice-président du CRAC Europe

Communiqué officiel : Le maire d’Alès insulte et menace en public le président du CRAC

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