Selon une information qui circule sur la toile, André Viard, l’ex matador scribouillard qui peint des tableaux avec le sang des taureaux qu’il tue, serait le président de l’Observatoire national des cultures taurines, organisme procorrida notoire très engagé dans la glorification de la torture animale. Si l’information se vérifiait de manière officielle, elle illustrerait le danger induit par la défense à outrance du droit à faire agoniser des animaux au travers de pratiques rituelles barbares d’un âge révolu.

Pourquoi je vous dis ça ? Parce que sur son site, André Viard vient de mettre en ligne ce qui suit :

« Selon une information qui circule sur la toile, Adam Lanza, le serial killer de l’école du Connecticut, serait un sympathisant du PETA, organisme anti taurin notoire très engagé dans la défense des animaux. Si l’information se vérifiait de manière officielle, elle illustrerait le danger induit par la défense à outrance des droits de l’animal au travers des mouvements anti spécistes. »

La différence entre ce que dit Viard et ce que je paraphrase, c’est que mes mots reflètent une réalité factuelle établie que n’importe qui peut vérifier. Les siens sont un ramassis d’abjection dont même la presse de caniveau ne voudrait pas : « selon une information » dont on n’a aucune source, il se pourrait qu’un tueur fou (qui ne viendra pas contredire qui que ce soit puisqu’il est mort) ait eu telle ou telle sympathie et « si l’information se vérifiait de manière officielle » (ce qui confirme qu’elle n’est pas avérée et que donc ce n’est pas une information mais un ragot) « elle illustrerait » l’envie de meurtre qui anime, c’est bien connu, ceux qui veulent le respect de la vie pour tous.

Passons sur l’indécence évidente de son propos. Elle ne mérite que le mépris.

Sur la forme, je n’ai trouvé à ce jour qu’une seule source à la prétendue « information qui circule sur la toile » : le site de l’Observatoire national des cultures taurines, avec pour seul auteur identifié André Viard lui-même. Cherchez vous-même, vous verrez : avec les mots-clés « Adam Lanza » et « PETA », les seules réponses que vous obtiendrez sont la déclaration de Viard sur son site et sa reprise sur Yahoo Answers, mot pour mot. Si ce n’était pas aussi sordide, on en rirait tellement le procédé est grossier.

Sur le fond, on se fout des sympathies supposées d’Adam Lanza qui n’ont aucun rapport avec son acte dément. Adam Lanza, comme l’immense majorité des tueurs de masse, était un homme à la peau blanche féru d’armes à feu. Si on suit le raisonnement d’André Viard, il faut donc tous nous méfier à chaque fois que nous croisons un homme à la peau blanche dans la rue, des fois qu’il cache des armes sous ses vêtements. Est-ce que le fait que ce suspect ne loupe jamais un épisode des Simpsons ou fasse trois repas par jour peut constituer des circonstances aggravantes ? J’aimerais avoir l’opinion du grand sondeur d’âmes qu’est André Viard sur ces éléments majeurs de son profil psychologique car certains de mes enfants sont dans ce cas et je m’inquiète, même si je n’ai encore trouvé aucune arme à feu dans leur chambre.

Et quand bien même Adam Lanza aurait exprimé (où ça ? il n’avait ni blog ni compte Facebook) une sympathie (sous quelle forme ? une blague ? une phrase en passant ?) pour un mouvement qui prône un respect égal envers toutes les espèces vivantes, en quoi cela aurait-il dû l’inciter à tuer des représentants de sa propre espèce ? C’est totalement contradictoire.

Mais attendez, Monsieur Viard, vous venez de vous trahir ! Il était tellement respectueux de la vie qu’il a massacré des êtres innocents, c’est ça ? Ce dévoiement-là ce n’est pas celui des antispécistes, c’est celui des aficionados, mot pour mot ! Les aficionados qui crient haut et fort que c’est parce qu’ils aiment les taureaux qu’ils les transpercent, les saignent et les tuent. Les aficionados qui se réjouissent du spectacle de la torture ritualisée de créatures innocentes. Les aficionados qui prétendent qu’en torturant ainsi des bovins en public, ils pratiquent un art noble.

André Viard trouve cela tellement normal qu’il en déduit que tout tueur fou ne peut avoir que les mêmes motivations, les mêmes dévoiements qu’un matador : il tue parce qu’il aime ça, il tue parce que ça le soulage, il tue parce que rien ne vaut un bain de sang pour jouir dans son triste froc. Et dans son raisonnement pervers et malsain, André Viard suggère que si Adam Lanza avait vraiment tué ces enfants par amour de toutes les espèces vivantes, voilà qui ferait des procorridas des tueurs de masse normaux.

Pitoyable. Abject. Écœurant.

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