Après avoir lu les témoignages, j’ai décidé aussi d’en faire un. Pour moi cette action a encore une fois de plus été une révélation, celle de l’envie de se battre pour eux, jusqu’à la fin, jusqu’à la mort.

La première peur a été surtout le saut que je devais faire, me disant avec la chance que tu as tu vas te péter la cheville, ni une ni deux, je reste en bas, comme ça je n’aurai que la clôture rouge à sauter.

16h : coup de sifflet, banderoles, on hue, on siffle et c ‘est parti, une adrénaline monstre qui m’envahit, dans ma tête je me dis on va la faire capoter cette saloperie de corrida. Je m’enchaine à deux inconnus, c’est parti, vu le temps qu’ils ont mis à arriver , on a eu le temps de bien s’attacher, enfin c ‘est ce que je pensais, mon voisin ne s’est pas attaché à moi, peu importe, quand on est soudés c’est jusqu’à la fin. Et là c’est parti, ça commence par des insultes , le jet d’eau dans la tronche, ça va très vite les hommes se font littéralement tabasser à coup de poings, de pieds dans la tête. Je hurle « la torture n’est pas notre culture », je crache mes poumons, quand soudain un homme m’attrape par les cheveux et tire et me traine, mon coupe-vent m’étrangle , je n’arrive plus à respirer, mon voisin me tient, ma voisine aussi, merci à eux. Je reprends mes esprits car on ne lâche rien, leur violence ne m’étonne même pas.

Et on continue à crier, les coups fusent, une femme se met devant moi en levant le pied pour m’éclater la figure, je la regarde et lui réponds : « vas-y vas-y ».

Elle s’en va, scande hurle comme tous les autres : « liberté, liberté ».

Quelle hypocrisie, c’était à nous de crier « liberté ! », cette même femme se met vers moi et me réponds « et le hallal ? vous faites quoi ?  » ; je lui rétorque que je suis vegan, à quoi bon ?, je la fixe méchamment, moi qui suis très impulsive, je me dis heureusement que tu es attachée, ne t’éloignes pas du but de l’action.

Mes amis sont tous frappés, tirés, au bout de quelques minutes, un homme me prend violemment par les épaules et me tire par terre, mon voisin essaye de me retenir mais je suis juste attachée à ma voisine. _

Ca va très vite, on est jetées au sol, des coups de pieds dans le dos, des « conasses », « salopes », je me retourne et aperçoit un torero en vert. Ils nous sortent et nous plaquent contre le mur. Deux hommes arrivent poing levé, ils nous menacent, un d’eux a les yeux qui se révulsent, son poing tremble, prêt à partir et je hurle, ma voisine me dit « cours » . Alors on improvise un sprint en panique attachées.
(NB se remettre au sport…)

Je vois surtout que ma voisine est très affectée, elle me dit qu’elle n’a jamais eu aussi peur de sa vie, nous courons encore, jusqu’à retrouver certains. Tous blessés, en panique, et nous attendrons les autres ; blessés qui arrivent petit à petit. On notera la passivité des gendarmes et de la police municipale qui n’a pas bougé.

J’ai peut-être oublié certains passages, je n’oublierai jamais ce 8 octobre et je recommencerai, toujours et encore. Les séquelles physiques et psychologiques sont là et grandissent jour après jour. Comment s’étonner d’une telle violence ? Mais pour une fois, nous avons des preuves, des preuves qui iront loin, nous ne lâcherons pas , non nous continuerons pour eux, et en particulier pour les 6 veaux martyrs assassinés lâchement.

Je tenais tous à vous remercier, je ne connaissais pas tous les militants mais nous avons tous été soudés, jusqu’à la fin.

Voici mon témoignage, le témoignage d une militante qui ira jusqu’au bout.

CYRIELLE

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