Simon Casas doit être furieux. Chaque année, les corridas qu’il organise à Nîmes attirent moins de monde. Pire, la chute s’accélère. Et en 2013, aucune excuse : il a fait beau tout le temps.

Les chiffres suivants ont été obtenus pour 2013 à partir des informations publiées par le Midi Libre jour après jour du jeudi 12 au dimanche 15 septembre. Pour les précédentes années, j’ai utilisé les chiffres officiels. Et cela m’a donné ce ravissant petit graphique :

  • 2011 : 80 700 spectateurs
  • 2012 : 68 900 (-15% par rapport à 2011)
  • 2013 : 50 000 (-27% par rapport à 2012)

En 2012, les arènes n’avaient été remplies à ras bord que pour une corrida, celle où José Tomas a massacré six taureaux à lui seul (d’habitude, il n’y a “que” deux taureaux par tueur). Cette corrida tant médiatisée n’a pas suffi à cacher que les autres de la même feria ont été loin de rameuter la foule.

En 2013, pour tenter de rattraper le coup, Casas a programmé non pas une mais deux corridas avec des stars de la torture : le samedi après-midi Léa Vicens, tueuse à cheval (on appelle ça une rejoneadora en jargon hispanisant) et le dimanche après-midi El Juli, tueur à pied (on traduit juste “tueur” en espagnol, ce qui se dit matador).

Peine perdue. La première a rempli les arènes à 90% mais le second n’a garni que 2/3 des gradins. Le jeudi c’était un quart, le vendredi la moitié, le samedi matin les trois-quarts et le dimanche matin les deux tiers aussi. Au total, les six corridas atteignent péniblement les 50 000 places, c’est-à-dire environ 40% plus bas qu’en 2011. Si ça continue à ce rythme (voir le trait en pointillé), la seule solution pour que Casas sauve la face sera de faire abolir la corrida avant 2015. Hé bien, vous savez quoi ? On va tout faire pour lui rendre ce service. Qu’il ne nous remercie pas, tout le plaisir sera pour nous.

Au fait, c’est ce même Casas et ses copains qui n’arrêtent pas de répéter sur tous les tons que sans corrida, la feria n’attirerait plus personne. Pourtant, la feria fait venir, parait-il, un million de fêtards dans la capitale gardoise. Or, seulement 5% sont allés voir des corridas cette année. Donc, s’il n’y avait plus de corrida, ça ne changerait quasiment rien, non ? Ben si. Et en plus, les gens ne viendraient que pour s’amuser entre amis, manger, boire, écouter de la musique, danser… mais plus pour assister à des spectacles honteux de supplices sur des herbivores.

Et Nîmes redeviendrait enfin une ville où il est honorable de vivre, un qualificatif qu’elle a perdu en organisant des corridas illégales depuis 1894 et légales mais non moins sanguinolentes depuis 1952.

Alors vive la feria, mais sans corrida !

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