Je fais partie du groupe « banderoles », nous sommes parmi les premiers militants à entrer sagement dans l’arène, à chercher l’endroit le plus approprié pour nous installer. Petit à petit nous reconnaissons les autres militants qui viennent s’asseoir près de nous, et bientôt il n’y plus que des militants dans notre côté des tribunes. Je sens la tension chez nous tous, je discute avec ma voisine pour me détendre. J’entends derrière moi une petite fille qui pose des questions à ses parents, je pense à elle et à ce qu’elle va voir, je pense à l’inconscience de ses parents…

Les minutes passent, l’orchestre joue, le spectacle se prépare et nous attendons le coup de sifflet, signal pour le déploiement des banderoles. Il finit par arriver. Ma voisine et moi tentons de déchirer
notre coussin dans lequel est rangée la banderole, c’est difficile, tandis que les autres militants tiennent déjà leur banderole. Je sens tout de suite la tension monter, des cris par-ci par là, je sais qu’en face, dans l’arène les militants arrivent et s’installent au sol avec leurs chaînes.

Très vite un homme tente violemment d’agripper notre banderole, il tire, nous lâchons. Puis un autre se jette sur moi et tente d’agripper mes lunettes sur mon visage, à plusieurs reprises. J’arrive à me
soustraire. Je sens la bousculade tout autour de moi, je vois des coups qui partent sur les militants, je m’inquiète. Je finis par rejoindre la barrière où nous sommes tous collés pour crier « corrida
basta » et autres slogans.

A un moment je vois ma collègue de banderole en difficulté, avec un type en veste noire et lunettes de soleil lui serrer la nuque par derrière en lui écrasant le visage sur les personnes de devant.
J’essaye avec d’autres de m’interposer. Il finit par la lâcher. Ça continue comme cela quelques minutes, je vois du sang sur des visages, je m’inquiète mais on me rassure et on tente à nouveau de
résister. Une jeune femme nous interpelle d’en haut des gradins, elle nous insulte, nous dit de nous casser, prend manifestement beaucoup de plaisir à se défouler, tandis que sa copine tente de l’éloigner. Tout autour de nous on nous somme de partir, « cassez-vous ! ».

Puis à un moment plusieurs hommes nous empoignent et nous précipitent vers le bas, vers les escaliers, avec une grande force. J’ai très peur de tomber la tête la première, je m’accroche comme je
peux mais je vois d’autres personnes tomber. Nous finissons par descendre de là, pensant que ça devient très dangereux, ces hommes ne se maîtrisent pas et semblent près à tout, furieux. Nous
restons un moment sous les tribunes, ne sachant trop où aller. Il y a un grillage et derrière deux hommes en habits de toreros et un homme du public, avec sa petite fille dans les bras.

Nous finissons par passer pour retrouver la sortie, j’interpelle un des toreros « on va vous laisser torturer tranquillement… », il me regarde, je sens sa colère et son agressivité, il m’ordonne de me taire et de partir, il est rempli de haine…

Nous finissions par sortir de l’arène. Je retrouve dehors des militants qui étaient dans l’arène, je vois dans quel état ils sont, je réalise alors ce qui s’est passé, la violence qu’ils sont subie. Je me précipite
vers mon copain, il n’a rien, je vois ensuite un ami, il a eu moins de chance, ses vêtements sont déchirés, il a un coquard. Nous nous inquiétons ensuite des militants qui sont encore à l’intérieur. La
police est là mais ne semble pas apaiser les choses. Les militants continuent d’être malmenés.
Petit à petit tout le monde sort de l’arène, dans un état parfois très parlant de ce qu’il a subit. Nous restons encore devant l’entrée, criant notre rejet de la corrida. Les spectateurs encore à l’intérieur nous regardent d’en haut, nous insultent et font des gestes obscènes. L’action est terminée, nous rentrons à notre point de départ, je vois plusieurs personnes pleurer, craquer. Une ne peut plus marcher, les pompiers arrivent.

Marilyne Camboulives

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