La Maison des Cultures du Monde, qui fait partie du centre français du patrimoine culturel immatériel, accueillait aujourd’hui un débat sur le thème « Patrimoine : et les animaux ? ». (voir le dossier de presse)

Avec Fabrice et Jocelyne, nous avions donc fait le déplacement pour défendre notre position anticorrida face notamment, à Jean-Pierre Digard (membre du Comité Noé qui défend à peu près toutes les formes d’exploitation de l’animal), et à Bartabas, entre autres amateurs de corrida.

Nous avons commencé par distribuer des tracts à toutes les personnes présentes dès leur arrivée. Un de nos tracts évoquait les écoles taurines, et le second les chevaux, qui sont communément admis comme étant les victimes « oubliées » des corridas. Nous avons été bien inspirés d’amener ce tract car plusieurs des intervenants avaient une certaine sensibilité pour les chevaux. D’ailleurs il eut un écho tout particulier pour Jean-Louis Gouraud (Ecrivain et éditeur français reconnu comme historien et encyclopédiste du cheval et de l’équitation) qui est revenu vers nous pour nous en demander un, afin de le distribuer à Jean-Pierre Digard à qui nous n’avions pas pu distribuer quoi que ce soit, ayant raté son entrée.

Comme l’a précisé dés l’introduction Chérif Khaznadar, (Président du Comité culture et communication et Vice Président de la Commission nationale française pour l’UNESCO, Président de la Maison des Cultures du Monde) le thème de cette journée du PCI avait été choisi en raison de l’inscription, qu’il a appelé « probable » (?), de la corrida au PCI et de l’émoi qu’elle avait suscité. Se posait donc la question de savoir si les pratiques impliquant une violence envers les animaux devaient être exclues de toute inscription.

Sur ce point une lettre de Joëlle Oldenbourg (du comité Galgos Ethique Europe) que j’avais contacté mais qui ne pouvait être présente, a été lue au tout début du colloque. Joëlle y explique avoir travaillé sur un projet de protocole additionnel à la convention de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l‘UNESCO, dont l’objet serait d’exclure les pratiques impliquant de la maltraitance sur les animaux.

Fabrice, Jocelyne et moi avons ensuite dû endurer le discours habituel des pro-tortures et son lot d’inepties et (comme dirait notre ami Jean-Luc) de mots poétisants :
« l’homme urbain a perdu tout contact avec la nature et les animaux, les pratiques comme la corrida, rapprochent l’homme de la nature…. »
« le taureau est naturellement belliqueux, les toreros ne font qu’exploiter son agressivité naturelle… »
D’autres se demandaient pourquoi il y avait une opposition contre la corrida alors que les abattoirs qui sont des lieux bien pires, ne souffrent d’aucune contestation.
Face à cette dernière déclaration, Fabrice et moi sommes intervenus pour rappeler le travail quotidien des associations pour les animaux dans les élevages, et la prochaine manifestation contre les abattoirs le 15 juin à Paris.
C’est donc tout naturellement que j’ai pris pour moi l’accusation de Jean-Pierre Digard qui a suivi, sur les mères à chiens coupables selon lui, de maltraitance envers leurs chiens qu’elles portent trop souvent dans leur sac ou dans leur bras. En définitive pour lui, les mères à chiens sont coupables tout autant que les toreros, alors laissons les toreros tranquilles (et il est Directeur de recherche émérite au CNRS, et oui…).

Lorsque j’ai pu prendre la parole quelques minutes plus tard, j’ai donc insisté sur les enjeux humains de notre combat, pour déjouer les attaques sur la prétendue sensiblerie des anti-corridas. J’ai expliqué que nous avions assisté aux corridas d’Alés le week-end précédent pour pouvoir en témoigner. J’ai raconté le taureau transpercé de part en part, dont les entrailles étaient ressortis avec l’épée, et que les aficionados appelaient « sapin de noël » pour plaisanter… J’ai parlé de ces spectateurs qui se régalent de sucreries pendant que le taureau vomit des gerbes de sang. Et je les ai interrogés sur ce que cela nous apprend sur les hommes qui font ça, sur ceux qui s’en divertissent et sur ceux qui l’ont inscrit au PCI. J’ai précisé que, si la question des taureaux était accessoire, d’un point de vue purement humaniste, inscrire la corrida au PCI ou la pratiquer était une honte pour l’Humain.
J’ai également demandé à Séverine Cachat, Directrice du Centre français du patrimoine culturel immatériel, ce qu’il en était réellement de ces rumeurs sur la désinscription, en mettant en évidence que la corrida n’était plus sur la liste diffusée sur le site internet du ministére.

Après mon intervention, Chérif Khaznadar a demandé son avis à Katia Renard Rédactrice en chef, du mensuel 30 millions d’amis, qui bien sûr, partageait ma position. Elle avait d’ailleurs rappelé que la tradition ne justifiait pas que des pratiques cruelles perdurent.

Frédéric Saumade (Professeur d’anthropologie sociale) a accusé mon témoignage d’être anecdotique, et que j’avais dû voir une très mauvaise corrida. Je lui ai répondu qu’il y a quelques jours un taureau avait eu une corne cassée, et qu’il y avait toujours du sang et de la souffrance dans la corrida.

Bartabas s’est écrié que la corrida n’était pas plus horrible que ce que la télévision diffusait en permanence. Il a été applaudi par 3 personnes au fond de la salle vraisemblablement très amatrice de viande morte.

Christian Hottin (Conservateur du patrimoine, adjoint au chef du département du pilotage de la recherche et de la politique scientifique à la Direction générale des patrimoines au Ministère de la Culture et de la Communication en charge du pilotage de l’inventaire du patrimoine culturel immatériel en France et de la mise en oeuvre de la convention de l’UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel – suivi et instruction des candidatures françaises) m’a fait l’honneur de répondre à ma question. Il a expliqué que la corrida était inscrite dans un inventaire des pratiques existant en France, mais que cela n’impliquait aucune reconnaissance et aucun droit d’aucune part. Il a poursuivi en déclarant que la corrida n’était inscrite sur aucune liste relevant de l’UNESCO en France, et qu’elle ne le serait pas à l’avenir.

Pour nous, cette position est le signe de l’embarras du ministère de la culture face à cette regrettable et regrettée inscription de la corrida au PCI.

Le colloque s’est poursuivi, mais face à la colère de Bartabas (décidément…) qui hurlait que la corrida n’était pas le thème de la journée et qu’il n’en pouvait plus qu’on lui parle de ça, nous avons décidé de quitter les lieux après avoir rappelé que la corrida au PCI était pourtant bien au cœur du thème de la journée, ce qu’avait d’ailleurs déclaré Chérif Khaznadar en introduction.

Muriel FUSI, déléguée du CRAC Europe pour l’Ile de France