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Article du journal Sud Ouest

La hache de guerre n’est pas près d’être enterrée entre taurins et opposants à la tauromachie. 2007 aura été marquée par la charge des abolitionnistes qui ont reçu l’appui de la SPA. Sa nouvelle présidente, Caroline Lanty, a décidé de porter le débat de l’interdiction de la tauromachie sur la place publique. Dans son sillage, les associations comme le Crac (Comité radicalement anticorrida) et la Flac (Fédération des luttes anticorrida) ont mené les actions habituelles devant les arènes, mais surtout ont amené à leur cause – en leur faisant signer une pétition – des célébrités du monde de la chanson, du sport ou de la politique. La stratégie s’est avérée payante. Les médias se sont emparés du sujet.

Le secteur taurin encaisse le coup. Et puis la lettre reçue par la partie adverse est arrivée comme un soulagement. Elle émane de Cédric Goubet, chef de cabinet du président de la République, au sujet de la demande de la SPA de faire interdire la corrida aux mineurs de moins de 15 ans. En conclusion, voici ce que dit la missive : « La corrida est une tradition à laquelle sont attachés nos compatriotes dans certains territoires français. Ignorer cette tradition serait considéré par ces populations comme un affront et un déni de leur identité. »

Groupe de concertation. André Viard, ancien torero et rédacteur en chef de la revue « Terres taurines », s’est réjoui de cette fin de non-recevoir. « Le secteur taurin français prend acte de cette position qui renforce la légitimité de la culture taurine et confirme son intention de mener à bien diverses initiatives allant dans ce sens », a-t-il commenté. Mais cette fois, ce sont les anticorrida qui marquent le coup. L’espoir est revenu pour eux, quelques jours plus tard, d’une deuxième lettre, toujours signée par Cédric Goubet et parvenue le 18 janvier au siège parisien de la SPA.
Sans que le fond soit différent (« Il ne saurait être question que la tauromachie soit tranchée sans consensus »), il est écrit : « Le président de la République a convenu que votre proposition d’interdire la corrida aux mineurs, dans la mesure où elle existait dans d’autres pays, pourrait être étudiée en France, ce qui ne constitue pas un engagement à présenter un texte. » Et en conclusion : « Il a été demandé au ministre de l’Agriculture et de la Pêche de constituer un groupe de concertation avec l’ensemble des acteurs concernés sur les questions du bien-être et de la protection animale. Naturellement, vous serez associés à ces travaux qui seront rapidement engagés. » « Nous étions déçus par la première lettre, la dernière est plus ouverte et explicite. Pour la première fois, ce sujet va être débattu au plus haut niveau de l’État », se réjouit Thierry Hély. Le chargé de communication du Crac, sans avoir encore la date du rendez-vous, dit préparer « un dossier pertinent ». L’association mettra en avant que la Catalogne, côté espagnol, a interdit l’accès aux arènes aux moins de 14 ans. Mais surtout, que le spot anticorrida qui devait passer à la télévision française ne l’a pas été, par décision du Bureau de vérification de la publicité (BVP), avec pour argument que les enfants pouvaient le voir. « Il y a là comme une contradiction. Le voir à la télé non, dans l’arène oui », souligne Thierry Hély.

Un observatoire. De leur côté, les aficionados ont également travaillé leurs arguments. « Voilà des années que l’on se fait harceler par les antitaurins. Chaque fois, on réagit plus ou moins ; là, on reprend la main. On va revendiquer ensemble notre identité culturelle, notre passion. Nous ne serons pas une trentaine ce jour-là, mais 10 000, 15 000 ou 18 000 payants », a affirmé André Viard, peu avant la présentation des cartels 2008 à Arles. C’est à cette occasion, le 19 janvier, qu’a été annoncée la création d’un observatoire des cultures taurines. Il s’agira pour lui de relever, entre autres, les informations erronées ou estimées mensongères parues dans la presse, avec possibilité de demande de dommages et intérêts. Le directeur des arènes d’Arles, Luc Jalabert, a lancé la campagne de communication avec une distribution de logos et badges reprenant l’icône du taureau de la grotte de Lascaux, avec l’appellation « Culture taurine : ma passion, mon identité, ma liberté ». Un slogan qui sera repris sur des banderoles lors des principales ferias.
Thierry Hély considère que l’utilisation du taureau de Lascaux « est une provocation ». Pas seulement parce qu’il est également l’emblème du Crac, mais aussi parce que l’association a convaincu la ville de Montignac (24), qui abrite la grotte, de devenir la troisième ville de France (la première en Aquitaine) à se déclarer officiellement antitaurine.
« La motion a été adoptée à la majorité par le Conseil municipal. Les élus sont majeurs, la décision nous appartient et on l’assume. Quant à l’image du taureau de Lascaux, les droits ne nous appartiennent pas. Chacun peut l’utiliser comme il veut. Ce qui nous importe, c’est qu’on parle de nous », avoue le maire Paul Azoulai.
Alors que la feria de Pâques d’Arles ouvrira la temporada le 21 mars, les anti s’apprêtent à mener campagne auprès des parents d’élèves FCPE. Une lettre, signée par le chanteur Renaud – devenu leur pygmalion – va être envoyée pour dénoncer « l’intrusion de la propagande procorrida dans le système éducatif français ». Plus que jamais, on se dit militant dans les deux camps.

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