Guillermo del Toro n’a pas déçu avec son dernier film, La légende de Manolo. Même s’il s’agit d’un dessin animé, ce n’est pas un film exclusivement pour enfants.

L’œuvre offre toute une expérience sensorielle.

Compte tenu du fait qu’il s’agit d’un film pour toute la famille, il est normal que les sujets principaux soient l’amour, la fierté de ses racines, l’honneur, etc. Mais on y perçoit également un leitmotiv sous-jacent contre la tauromachie.

Lossip (ndt : le site où est publié cette interview) a eu l’opportunité d’être présent lors de l’avant-première du long-métrage et de discuter avec Guillermo Del Toro à ce sujet. Nous lui avons demandé quelle est l’importance du personnage principal dans le contexte de l’histoire, et voici sa réponse :

« [Manolo] vient d’une culture dans laquelle celui qui tue les taureaux est viril. Tuer un animal qui représente l’homme, car le taureau est hyper masculin, ça fait que le toréador devienne hyper masculin à son tour, puisqu’il tue cet animal qui est si masculin ».

Nous avons profité pour connaître sa position sur la corrida.

« Je suis végétarien. Ça n’a pas été difficile pour moi. Ce que je fais c’est que, de temps en temps, comme hier, je mange mes tacos. Mais je le fais genre une fois tous les sept mois. Par principe, je préfère ne pas être celui qui fait qu’on tue des animaux. Ma femme est vétérinaire et nous pensons que faire souffrir un animal est la pire des choses. »

Nous saluons son courage à parler librement du sujet. Il y a encore beaucoup de personnes qui défendent l’art de la corrida en le justifiant comme faisant partie de l’héritage culturel de nos ancêtres. Mais maintenant qu’on a bien entamé le 21e siècle, nous sommes capables de reconnaître la barbarie que cette pratique implique, et on peut la caractériser d’obsolète et rétrograde. Il est temps d’y mettre fin.

Qu’en pensez-vous ?

Traduction en français : Elvira

Source (en espagnol)


Critique du CRAC Europe

C’est avec une sacrée surprise que je sors de la salle de cinéma.
Je me voyais déjà organiser le boycott de ce film d’animation qui a pour thème la fête des morts et dont le héros est un toréador. Alors est-ce le fait de m’attendre au pire ? Mais, c’est un de mes coups de coeur cinématographique.

Non seulement c’est totalement anti-corrida mais on découvre une succession de traditions
- flirtant avec des airs de Carmen : la corrida dans une arène cartoonesque et une autre tradition très suivie au Mexique : « Dia de los Muertos » .
Et bien, on voyage… et le réalisateur nous ramène aux obligations familiales. Oui, celui-ci peint à merveille, sans tomber dans l’exagération, le côté toréador de père en fils, l’obligation d’être conforme aux attentes du père…

Les enfants découvrent l’univers de la tauromachie sans être heurtés par des images chocs. Nous pourrons donc entamer le dialogue facilement.

Mais derrière ce support incontestable de sensibilisation contre la corrida, se cache un bijou visuel. Pour le coup, c’est coloré, musical et même si on échappe pas au côté mielleux des chansons, un bravissimo pour la chanson du taureau. Et puis, une belle histoire d’amour, que les incorrigibles romantiques, comme moi, espèrent connaître un jour.

Sans oublier l’aspect initiation ésotérique qui a sans doute séduit le producteur Guillermo del Toro (avec un nom pareil !) car, c’est en main de maître que Jorge R.Gutierrez sème les graines de la connaissance, de la vie, de la mort, et de ces règles.

Oui, la vie est un jeu, et petits et grands apprendront qu’il est très vilain de tricher…
Si certains critiquent un manque d’imagination dans le scénario, c’est qu’ils ne connaissent pas ces trois univers (l’amour, la mort et la corrida).
Moi, je dis, chapeau bas, Senor…

Marianne Pastre
Déléguée Ile de France et nouvellement critique du 7ème art pour le CRAC Europe