Bien qu’étant loin de faire l’unanimité dans le mundillo français, le petit monde de la corrida, il s’autoproclame inlassablement comme le porte-parole incontournable de celui-ci, et comme l’interlocuteur incontournable des pouvoirs publics.

Pourquoi cet article ici ?

Parce que dans son « éditaurial » du 29 décembre, André Viard aborde la question de l’accès des mineurs aux corridas. En proférant, comme à son habitude, un gros vilain mensonge sur l’un d’entre nous (à savoir ma pomme).

En effet, il y prétend que « Le psychiatre du nom de Richer […] lors des « rencontres animal et société » […] avait voté contre […] le principe d’une étude statistique sur les « ravages » que […] la corrida provoquerait au sein de la population enfantine. »

Cet article a par conséquent deux objectifs :

  • d’une part, rétablir la vérité sur ce sujet que nous prenons au sérieux ;
  • d’autre part, offrir au président de l’ONCT le choix entre deux possibilités :
    • soit m’attaquer pour diffamation (il faut savoir qu’il menace à longueur de tribunes ses contradicteurs de poursuites en diffamation) ;
    • soit faire profil bas, et de montrer ainsi une fois de plus à tous qu’il n’est qu’un brasseur de vent.

Bon, soyons franc, vu le lectorat confidentiel de M Viard et vu sa réputation intellectuelle, une réponse n’était pas indispensable.

Mais j’avoue partager le vice de nombre d’opposants à la corrida : lire ses billets est un délice, car on se demande à chaque fois quelle banderille il va se planter dans le pied, et on n’est jamais déçu.

Mon aveu va même plus loin : le caudillo de l’afición met un tel point d’honneur à offrir verbalement son postérieur pour se le faire verbalement botter, qu’il m’est déjà arrivé de me laisser aller à cet exercice. Je sais, c’est mal, mais on a parfois besoin de se détendre après le travail.

D’ailleurs si M Viard, qui connaît fort bien mon nom, écrit « Richer » au lieu de « Richier », c’est bien sûr pour freiner d’éventuelles recherches sur internet. Car si un improbable lecteur tapait sur Google « Richier », et « Viard » ou « corrida », ça pourrait être un tantinet gênant.

Par exemple, il risquerait de tomber sur cet article, à propos du Point Godwin, auquel le président de l’ONCT se réfère fort imprudemment dans son billet. Ou sur celui-ci, en quelque sorte une mise à jour.
Ou encore sur cet article, à propos du risque des corridas sur les mineurs.

Mais revenons à l’extrait en cause ici :

« tout comme je répondrais à un psychiatre du nom de Richer, dont le fond de commerce depuis six ans déjà est également l’interdiction des mineurs d’arènes. Lui aussi a la mémoire sélective, puisque lors des « rencontres animal et société » organisées en mai et juin 2008 à Paris, l’occasion lui fut offerte de démontrer la véracité de sa thèse, lorsque, à ma demande en tant que président de l’Observatoire, le gouvernement avait accepté le principe d’une étude statistique sur les « ravages » que, selon lui, la corrida provoquerait au sein de la population enfantine. Convaincu que les résultats de cette étude statistique démontreraient le contraire de ce qu’il prétend, le dit Richer avait voté contre, de même que toutes les associations abolitionnistes, et le projet fut donc enterré, ce qui lui permet de rabâcher son antienne dans tous les medias complaisants. »

Un bobard de plus (cf la note plus bas pour ceux qui ont le temps).

Décidément, les vertus morales que le Petit père des peuples taurins entend transmettre à la jeunesse sont peu reluisantes…

A vrai dire, si les opposants à la corrida avaient autant de temps à perdre qu’André Viard, ils auraient plus souvent qu’à leur tour souvent l’occasion de le poursuivre (et là, pour de bon) en diffamation.

Il y a un mois et demi, c’est à notre camarade le Pr Montagner qu’il s’en prenait dans un billet intitulé « Le cas Montagner », lequel ne put non plus résister au plaisir de renvoyer le gourou de Terres Taurines dans les cordes, enfin, dans le callejón (nous sommes de grands enfants, que voulez-vous !)
Ah, si nous venions à écrire une analyse intitulée « Le cas Viard », c’est un livre, pas un article, qu’il faudrait.

Tenez, rien qu’en restant sur cet éditorial du 29 décembre en question, M Viard écrit :

« le cinéaste Jeunet qui, dans sa lettre indigne au maire de Beaucaire, accuse les aficionados d’être nés « trop prés du mur », référence explicite à la xénophobie antisémite de Dieudonné. »

Rappelons que le cinéaste Jean-Pierre Jeunet, récemment informé de l’organisation annuelle de corridas à Beaucaire (Gard), a renvoyé au maire la médaille de la ville, que celui-ci lui avait remise pour un festival du film en 2011, accompagnée d’une courte missive pas piquée des vers.

Disons qu’il remet à leur place à la française les spectateurs de corrida, tout en précisant à juste titre que sa « violence verbale n’atteindra pas le millième de celle des spectacles tauromachiques. ». Démarche d’autant plus bienvenue que ce réalisateur est l’une des icônes de la France dans le monde, puisque Le fabuleux destin d’Amélie Poulain (2001) a été le film français ayant réalisé le plus d’entrées hors de France (plus de 23 millions), avant d’être détrôné par Intouchables.

Cette référence au « Mur » est d’autant plus consternante que son récent clabaudage contre Arno Klarsfeld s’intitulait, d’une façon pour le coup fort dieudonnesque, « Le monopole des lamentations »… Puisque nous sommes sur un site psy, on aura compris que M Viard est un spécialiste de la projection.

Mais le Grand Timonier du mundillo français feint-il d’ignorer que l’expression employée, « bercé trop près du mur », qu’il tronque à dessein, est une formule courante sans rapport avec un quelconque antisémitisme ?
Il est foncièrement inculte, mais pas à ce point. Il tente simplement, comme à l’habitude, de disqualifier par des moyens ridicules les opposants à la corrida.
Car pour André Viard, ce qui compte avant tout, c’est la corrida, la corrida, et la corrida.
Le reste, ce sont des points de détail.

Soyons indulgent, à défaut d’avoir été bercé trop près du mur, ses particularités cognitives pourraient être dues à des chutes répétées sur le cigare, lors des nombreuses volteretas qui l’ont jadis conduit à interrompre prématurément sa vocation de toréador.

Donc en cette nouvelle année, je remercie chaleureusement M André Viard, président de l’Observatoire National des Cultures Taurines, de faciliter par ses dérapages en tout genre la progression des opposants à la corrida..

Et je souhaite, ça va de soi, à tous nos lecteurs une belle et fructueuse année 2014 !!

Jean-Paul Richier,
psychiatre, praticien hospitalier.

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