Le mundillo ne manque pas d’imagination lorsqu’il s’agit de d’utiliser l’éducation nationale pour promouvoir le caractère artistique local de la torture. On voit ainsi apparaître différentes approches :

La mise en place de concours de dessins sur le thème de la tauromachie :

Les aficionados vont jusque dans les écoles primaires – voire même maternelles ! – pour enrôler les enfants. Quoi de plus logique que de
faire dessiner la torture aux plus jeunes afin qu’ils s’habituent à celle-ci ? On peut ainsi repérer très tôt de futurs amateurs de spectacles de sang et éventuellement de futurs acteurs…

Par exemple, sur proposition de la mairie d’Alès et à la demande des services municipaux concernés, un certain nombre d’instituteurs de différentes écoles primaires ont fait dessiner à des enfants, dans leurs écoles, des taureaux ensanglantés dans le cadre d’un concours de dessins pour la feria d’Alès. Ces dessins furent exposés aux arènes d’Alès le mercredi 8 mai 2002 quelques jours avant une corrida… Le scénario se reproduisant le 28 mai 2003. Photos à l’appui, nous avons saisi le recteur de l’académie de Montpellier qui a reconnu que la situation était inacceptable et que ses inspecteurs pédagogiques feraient en sorte que cela ne se reproduise plus.

Avaient également été annoncées, sur le site toreria.net, deux journées (8 et 9 novembre 2004) visant à « faire découvrir aux enfants des écoles de la communauté de communes de St Sever les tauromachies au sens large, partant du principe que ceci fait partie de leur environnement culturel. De petits toros devaient être peints par chaque classe et exposés en ville ». Suite à de nombreux courriers de protestations, l’inspectrice d’académie des Landes a annulé cette manifestation.

Dernier exemple, en janvier 2007, un calendrier a été réalisé par les classes de maternelle et de primaire d’Arles (Amédée Pichot, Louis Aragon, Paul Langevin, Marie Mauron, Marie Curie et Le Cloître). Il était vendu 1€ dans de nombreux commerces d’Arles et ne comportait que des dessins consacrés à la corrida.

Le prosélytisme dans les collèges et lycées :

L’embrigadement ne saurait s’arrêter aux enfants. Les adolescents sont également visés par les chasseurs de têtes et il n’est pas rare de voir l’aficion s’immiscer dans les programmes scolaires, toujours sous couvert de tradition culturelle, bien entendu.

Ainsi, des revues taurines faisant l’apologie de la corrida (« Toros », par exemple) se trouvent parfois dans les centres de documentation, CDI, par la volonté d’un ou plusieurs enseignants aficionados. C’est une première forme, déguisée, de prosélytisme.

Mais la pratique la plus perverse consiste à faire venir dans l’établissement un ou plusieurs intervenants extérieurs, aficionado ou même tortionnaire en activité, dans le cadre d’une activité pédagogique. Comment peut-on accepter la mise en place d’une activité pédagogique initiée par de tels individus ? N’est-ce pas anti-éducatif par nature ? Marie Sara, aficionada des plus célèbre, fut par exemple capable de déclarer : « Dieu a créé le taureau pour qu’il meure dans l’arène ». Il est impensable d’accréditer de tels propos et de les inculquer à des jeunes, qui plus est dans le cadre scolaire.

Ne pensez surtout pas que ces pratiques ne concernent qu’une petite partie du sud de la France et que l’essentiel du territoire serait épargné. Un exemple parmi d’autres : des élèves de terminale du lycée A. De Tocqueville de Cherbourg ont assisté à une corrida au printemps 2002 à Aignan dans le Gers ; il s’agissait d’un projet de découverte de la culture ibérique dans le sud de la France… On croit rêver ! Au préalable, le matador Luisito s’était rendu à Cherbourg pour y rencontrer les élèves.

Les enseignants aficionados des écoles primaires, collèges et lycées se sentant pousser des ailes, oublient toute éthique pédagogique.

L’éducation est censée élever les esprits. Or, au contraire ici, le monde taurin veut proclamer que la violence est acceptable, qu’elle peut être légale, voire même magnifiée et esthétisée… Le risque de prendre au mot le message véhiculé par ce discours nébuleux est réel pour les jeunes, par définition très influençables. Ce phénomène semble donc gravissime. Nous ne pouvons accepter que les aficionados, cherchant à étendre leur spectacle de sang sur le territoire français, en fasse l’apologie, de surcroît par le biais de l’Education nationale ! Comment peut-on tolérer qu’une pareille incitation à la violence soit diffusée, qui plus est dans des lieux d’éducation ? Toute tentative de présenter à des jeunes la tauromachie comme un spectacle admirable correspond à une forme très pernicieuse de banalisation de la violence.

Pour en finir avec ces pratiques inqualifiables, nous avons saisi une nouvelle fois le recteur de Montpellier (représentant du ministre de l’éducation nationale pour tout le Languedoc-Roussillon). Nous demandons à monsieur Marois qu’une circulaire impose un débat contradictoire sur ce sujet très particulier.

Les propositions de sujet d’étude aux étudiants…

Elles aussi sont fréquentes. La tauromachie veut passer pour quelque chose de banal et d’innocent. Les jeunes sont manipulés à tous les stades de leur apprentissage.