Madame la Ministre,

La CONVENTION VIE ET NATURE attire votre haute attention sur les graves injustices frappant les opposants à la torture tauromachique, en violation des principes fondamentaux régissant une société démocratique.

La corrida, avec torture et mise à mort d’un taureau, suscite la réprobation d’une majorité de nos contemporains.

Des défenseurs des animaux, des réfractaires à la « mort spectacle » manifestent pacifiquement à l’occasion de la tenue de ces sévices.

Aucune violence contre les personnes, aucune dégradation de biens ne sont imputables à ces manifestants qui, en revanche, sont brutalisés par les amateurs de corridas et violemment matraqués et gazés par les compagnies de CRS.

Localement, les maires des communes organisatrices de ces exhibitions et l’administration préfectorale, plus soucieux d’ordre que de justice, déploient les moyens policiers à l’encontre des seuls opposants.

A RODILHAN, dans le GARD, le 8 octobre 2011, des femmes et hommes venus pacifiquement s’interposer pour protester contre cette torture, ont été frappés, blessés, menacés de mort et de viol, par les tenants de la corrida. Filmées, ces violences unilatérales sont rendues publiques et transmises aux autorités judiciaires avec des plaintes correspondantes.

Aucune condamnation n’est survenue à ce jour.

Les agressions perpétrées par les tenants de la tauromachie restent impunies.

En août 2014, des militants ont exprimé, tout aussi pacifiquement, leur opposition à la corrida à MAUBOURGUET, dans les HAUTES PYRENEES.

Là aussi des personnes ont été injuriées, frappées, humiliées en présence des forces de l’ordre qui n’intervinrent que pour verbaliser les opposants à la tauromachie. Elles sont citées à comparaître le 6 janvier 2015 devant le tribunal correctionnel de TARBES, non pour violences, exactions, coups et blessures ou injures, mais pour les invraisemblables délits d’organisation d’une manifestation non déclarée et d’utilisation d’un mégaphone !

Le tribunal de DAX vient de prononcer, en octobre 2014, des sanctions correctionnelles à l’encontre de militants sur les mêmes fondements juridiques.

Or, tous les jours, des organisations professionnelles ou syndicales organisent de petits rassemblements revendicatifs sans déclaration préalable.

L’infraction poursuivie est juridiquement discutable dès lors que les instigateurs de la manifestation initiale ne sont pas les opposants à la corrida mais bien les promoteurs de l’événement.

Dès lors qu’une représentation publique est organisée, doit-on traiter différemment ceux qui acclament et ceux qui blâment ?

Les seconds deviendraient-ils coupables de venir blâmer ?

En cette controverse, l’État s’avère partial et bafoue la liberté élémentaire d’expression.

La Justice, institution portant le nom d’une vertu, ne devrait pas se laisser instrumentaliser par des groupes de pression et des élus locaux qui tentent d’étouffer la parole de la compassion envers les taureaux, êtres sensibles.

Nous approuvons votre décision de renoncer à donner aux Parquets des consignes individuelles.

En l’espèce, il s’agit d’une politique judiciaire générale intéressant les Procureurs de la République des villes affectées par des spectacles de sang.

Nous demandons qu’en vertu des droits fondamentaux, la liberté d’expression et de manifestation pacifique soit reconnue aux opposants à la corrida, d’une part, que les violences contre les personnes soient équitablement poursuivies à l’encontre de tout délinquant, d’autre part.

Pour l’heure, l’État bafoue ce devoir d’impartialité en exhumant des prescriptions désuètes pour réprimer les protecteurs des animaux et couvre les exactions des tenants de la torture tauromachique.

L’esprit franquiste qui prévaut dans les arènes ne saurait gangréner nos tribunaux à l’insu des magistrats, auxquels les forces de l’ordre ne défèrent néanmoins que ceux qui défendent l’élévation des consciences !

L’actualité récente vient d’ailleurs de démontrer de manière tragique avec quelle violence, même en démocratie, les forces de police défendent les funestes lobbies productivistes toujours hostiles au respect du vivant quand celui-ci est contraire à leurs intérêts.

Veuillez croire, Madame la Ministre, à l’expression de notre haute et meilleure considération.

Gérard CHAROLLOIS
Président de la Convention Vie et Nature