Coup de sifflet, les banderoles sont déployées. Je me lève pour huer les militants tout en me rapprochant de la barrière.

Je vois les militants à ma gauche enjamber la barrière, je fais de même et je saute dans le vide. Puis je me dirige en courant au centre de l’arène.

D’autres militants sont autour de moi et nous nous enchainons rapidement.

Les fumigènes sont déclenchés et nous crions des slogans anticorrida, le poing levé.

Dans notre dos quelqu’un nous arrose, je suis rapidement complètement trempée.

Des aficionados s’approchent de nous et commencent à tirer les militants à ma droite, je m’accroche à eux comme je peux pour les retenir.

Une militante a son tee-shirt déchiré et quand les aficionados s’en aperçoivent, ils reviennent et continuent à tirer dessus, pour finir de le lui arracher. Puis un autre aficionados arrive, et sans la moindre hésitation tire sur le soutien-gorge de la militante. Cela lui prendra plusieurs secondes, mais il parviendra à lui enlever. Son intention ne faisait absolument aucun doute : il s’est dirigé vers elle d’un pas décidé, il n’a pas cherché à lui parler, à la frapper ou à la déplacer, il n’y avait aucune hésitation dans ses gestes. Dès qu’il a pu lui ôter son soutien-gorge il est parti avec, puis quelques secondes plus tard il est revenu vers elle et le lui a brandi sous le nez, triomphant.

J’ai vu un homme avec une de nos chaînes dans les mains, il s’est approché des militants et en a frappé un avec.

A un moment Fleur est arrivée à toute vitesse, titubant et atterrissant sur la militante à ma droite. Celle-ci souffrant déjà de la cheville, elle a poussé un cri de douleur, je l’ai alors aidé à dégagé Fleur de son pied.

A ma gauche des hommes se regroupent, ils entourent Jean-Pierre Garrigues. Ils semblent l’avoir reconnu et lui hurlent dessus puis le frappent à plusieurs reprises.

Quand ils sont finalement parvenus à déplacer les militants à ma droite j’ai senti la présence des aficionados encore plus pressante autour de moi. L’un d’eux m’a attrapé la jambe et l’a tiré, un autre a fait de même avec mon autre jambe. D’un côté les militants tentaient de me retenir, de l’autre les aficionados tiraient sur mes pieds de toutes leurs forces, je ne touchais plus le sol. Ma chaîne glissait le long de moi et me comprimait les côtes, rendant la douleur de plus en plus forte. La chaîne continuait à glisser et m’arrivait presque aux aisselles, j’étais sur le point de passer à travers. Puis une de mes chaussures s’est enlevée et les hommes m’ont relâchée.

Quelqu’un s’approche de moi et ouvre ma chaîne. Pendant que je remets ma chaussure qu’un militant vient de me rendre on me désigne du doigt : « Celle-là n’est plus attachée ! ». Trois ou quatre hommes me saisissent et me relève. J’ai peur de quitter l’arène car je ne sais pas ce qui se passera ensuite, je redoute de me retrouver seule avec eux, de me faire frapper une fois que nous serons à l’abri des regards. Nous passons devant un policier et je tente de m’accrocher à lui dans l’espoir de trouver un peu de sécurité. Le policier me regarde, mais il ne bougera pas.

Les hommes m’entraînent vers la sortie en courant, mes pieds touchent à peine le sol. Arrivés près de l’entrée ils me jettent brusquement et je tombe violemment au sol, mes mains râpent le sol bétonné. Je me relève immédiatement, anxieuse. Je constate alors que la porte ouverte est devant moi, et les autres militants aussi. Je sors de l’arène et je les rejoins. Je réalise que je suis enfin à l’abri, que tout cela est enfin fini pour moi. La peur et l’inquiétude disparaissent, reste alors les images de ce à quoi je viens d’assister et je me sens sur le point de craquer. Je parcours notre groupe des yeux, je vois une amie, je me dirige vers elle et je la prend dans mes bras.

Helena