Vendredi 4 novembre, nous apprenions par une maman qui nous alertait sur les réseaux sociaux qu’une directrice d’école primaire dans les Landes avait prévu de faire intervenir Thomas Duffau, jeune tortionnaire orginaire du pays, devant sa classe.

Nous avons aussitôt envoyé un courrier à l’Inspection académique des Landes, au rectorat de Bordeaux, avec copies à la directrice d’école et à l’IEN de circonscription pour demander l’annulation pure et simple de cette visite pour le moins inopportune.

Lire le courrier :


Notre présidente Hélène Vaquier a eu lundi une longue conversation téléphonique avec Madame Dupouy qui ne semblait pas du tout prendre la mesure de la gravité de la situation et proposait un débat, idée quelque peu saugrenue sachant que nous nous adressions à des enfants de neuf ans et que nous ne souhaitions pas les traumatiser avec ce qu’est la réalité de la torture tauromachique.

Nous lui avons donc indiqué que nous pouvions lui envoyer des documents, mais qu’un projet pédagogique sur ce thème ne semblait pas adapté à un public aussi jeune.

Notre vice-présidente Michèle Breut a alors envoyé le message ci-dessous à cette professeure des écoles, juste avant que nous apprenions que la visite était annulée, lundi 7 novembre dans l’après-midi.
Le Rectorat nous a confirmé avoir reçu plusieurs centaines de mails dans le WE, merci à tous ceux qui ont participé à cette mobilisation, grâce à laquelle les enfants ont échappé à une séance de prosélitisme de la pratique tauromachique par un tortionnaire fraîchement nommé.

Objet : un matador à l’école primaire

A Madame Dupouy, directrice de l’école primaire du Frêche, Landes

Madame la Directrice,

Vous écrivez fort justement que si vous cédez à la pression des très nombreux humanistes choqués par votre démarche :
« En conséquence de quoi, si je cédais à ces pressions, leur frustration (aux élèves donc) ne ferait que se reporter sur cette fascination pour la corrida ».

Il est dommage que vous n’ayiez pas pensé à cette réaction des élèves de primaire avant d’inviter dans votre établissement un tortionnaire. En effet votre démarche est pédagogiquement très risquée. Je m’explique : il est insensé d’inviter un personnage représentant une profession, quelle qu’elle soit, pour ensuite dénigrer cette profession auprès de ceux qui l’ont écouté se présenter EN TANT QUE TEL, en l’occurrence en tant que MATADOR. Ce matador voudra séduire son auditoire ce qui fera nécessairement de son discours un discours mensonger. Si ensuite vous parvenez à expliquer à quel point cette activité relève du sadisme le plus lâche, le personnage en question bénéficiera néanmoins de la sympathie que les enfants ont naturellement pour quelqu’un que l’on critique/fait souffrir/humilie, même s’il est dans son tort, même s’il est ‘méchant’. Cette sympathie émane de leur fonction empathique naturelle, celle précisément que les aficionados arrivent à anéantir en les habituant très tôt au supplice des bovins.

Un enfant de cet âge ne saurait être juge du Bien et du Mal quand l’item à juger fait l’objet d’évaluations contradictoires de la part des adultes de son entourage, un enfant de dix ans est en phase d’assimilation de valeurs et c’est cette assimilation progressive qui va façonner son esprit critique. Si vous invitiez un ancien drogué ou un ancien criminel, c’est en tant que REPENTI, en tant que guéri du MAL, que cette personne fonctionnerait dans le processus éducatif.

Dans le cas des enfants habitant les Landes, soit les parents aficionados renchériront en présentant le matador invité puis critiqué, comme un héros martyr de votre pédagogie, soit les parents anticorrida présenteront cet individu comme un tortionnaire, mais dans les deux cas le personnage fascinera du fait de la polémique que vous aurez créée en l’invitant à parader dans son costume de paillettes et à servir la soupe habituelle des ‘taurins’. Vous ne ferez croire à personne que ce matador ne fera pas de prosélytisme.

Nous vous demandons de bien vouloir renoncer à inviter cet individu dans une école primaire. De nombreux documents, outre ceux que vous a aimablement fournis votre collègue et directrice du CRAC EUROPE, attestent de l’incompatibilité totale de l’activité de matador avec l’éthique. Il n’est pas trop tard pour expliquer à ces enfants pourquoi vous renoncez, en prenant soin de leur faire comprendre pourquoi vous changez d’avis, et ceci sans avoir cédé à une pression.

Dans cet espoir, je vous prie d’agréer, madame la directrice, l’expression de ma meilleure considération

Dr M.F. Breut, Maître de conférences à l’université pédagogique de Tilburg et vice-présidente du CRAC EUROPE pour la protection de l’enfance

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