On croit déjà avoir tout dit des aficionados : que ce sont des pervers (qualificatif désignant des personnes qui aiment voir la souffrance d’autrui), des sadiques (qui aiment infliger des souffrances), des barbares (qui trouvent normal de faire de la mort un spectacle) et des lâches (leurs victimes n’ont aucune chance). On a aussi parfois ajouté qu’ils sont en plus ridicules – leurs hérauts pathétiques l’ont démontré plus d’une fois. L’édition 2015 des séances de torture de veaux de Rodilhan va être un sommet en la matière.

Dans la glissade de plus en plus évidente qui entraîne la corrida vers sa disparition, ce n’est rien de dire que ses derniers soubresauts auront été portés à bout de bras : subventions à tout-va faute de recettes suffisantes, fraudes fiscales généralisées à la TVA qui valent aux malfrats qui les commettent des redressements de plus en plus lourds, violences physiques commises par des aficionados sur leurs opposants et dont on attend toujours la condamnation face à la lenteur coupable de la justice à agir alors qu’elle est si prompte à condamner les anticorrida. A cela s’ajoute depuis quelques années le déploiement démesuré systématique de forces de l’ordre pour que ce que les amateurs de torture appellent des « fêtes » puissent se tenir devant un public clairsemé.

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A Rodilhan le 4 octobre 2015, ce seront à nouveau 250 gendarmes et CRS qui seront déployés à l’intérieur d’un barriérage qui totalisera cette année 2 kilomètres de circonférence, sous la pression paranoïaque d’un maire mégalomane et buté. Coût de l’opération : autour de 50 000 euros, aux frais des contribuables. Et pour combien de spectateurs attendus ? Environ 300 selon les organisateurs. Ce qui fait une recette maximale autour de 5000 euros, voire moins si les organisateurs ont gonflé les chiffres (et ils sont largement connus pour le faire).

Monsieur le Préfet, vous avez la mission première d’interdire tout événement causant un trouble à l’ordre public. Est-ce que faire encercler un village de 3000 habitants avec des barrières de deux mètres de haut pour que moins de 300 personnes puissent voir un spectacle d’abattage codifié à ciel ouvert sous la protection de 250 gendarmes et CRS n’est pas un phénoménal trouble à l’ordre public ? Est-ce que le ratio d’un policier pour un spectateur vous semble digne d’une prétendue fête de village dans un pays démocratique ? N’avez-vous pas la sensation que rien ne justifie une mobilisation aussi démesurée de forces de l’ordre pour laisser se tenir un spectacle odieux qui n’intéresse plus personne et soulève autant d’opposition ? Vous devez faire annuler ces corridas.

Mesdames et messieurs les responsables politiques – locaux, départementaux, nationaux – vous clamez partout où on vous donne la parole que la première priorité de la France est la réduction du chômage et la lutte contre la crise. Est-il justifiable de dépenser dix fois plus d’argent public que ce que rapporte une mise en scène de torture et de mort qui n’intéresse plus que quelques centaines de pervers sous très haute surveillance ? Trouvez-vous qu’il s’agit là d’une expression de liesse populaire à protéger quel qu’en soit le prix ? Vous devez dénoncer cette gabegie.

Cela ne peut plus durer.

Serez-vous ridicules, comme le sont ces aficionados ringardisés qui refusent de voir leur monde pourri s’effondrer ? Aurez-vous l’indécence d’avoir permis et organisé une telle dérive ? Serez-vous indignes de votre charge ? Nous voulons croire que non.

Roger Lahana
Vice-président du CRAC Europe

Photos RL, Rodilhan 2013