Monsieur le Président,

Non contentes d’offrir une image désastreuse aux yeux de la majorité des français (80%) et de beaucoup de touristes étrangers, les villes de France où se pratiquent les « spectacles » de corrida reçoivent des subventions indécentes octroyées avec l’argent public. Un grand nombre des citoyens et contribuables s’en offusquent, jugeant absolument choquant et intolérable que leurs impôts servent à financer ces spectacles de haute cruauté.

Afin de vous faire mesurer l’ampleur du scandale, sachez que ces subventions ne sont pas anodines : en 2012 Béziers a accordé 63 000 euros aux associations tauromachiques, Nîmes 35 000 euros, Palavas les Flots 145 000 euros !

Palavas est emblématique des égarements indécents des associations et clubs taurins. En effet, si en 2012 la Ligue contre le Cancer a reçu 100 euros de cette commune, le club taurin a reçu 145 000 euros ! Cette même année le CCAS (Centre Communal d’Actions sociales) de la ville se voyait doté d’une subvention d’à peine la moitié de cette somme. L’association de réinsertion « La Troisième Porte » 0 €. L’association Espoir pour un Enfant : 0€ etc.

Le rapport des magistrats de la Chambre Régionale des Comptes en 2008 révélait :

« Cette association (taurine), perçoit en effet plus du tiers de l’enveloppe globale destinée aux associations […] En dépit de l’augmentation de la subvention en 2009 (elle représente 31 % des produits d’exploitation), l’association taurine ne réussit pas à équilibrer ses activités […] ». « Le club taurin ne produit cependant aucun compte rendu de son activité […] »

Pour finir, les juges rappellent la mairie « à ses obligations légales » de contrôle de l’activité de l’association » et ce d’autant plus que la situation financière de l’association apparaît dégradée. En 2008, l’association percevait 120 000 € de la mairie, aujourd’hui, alors que pour la Chambre Régionale des Comptes la gestion est anormale, elle reçoit 145 000€ !

Monsieur le Président, vous conviendrez que cette situation et ces chiffres inacceptables, que l’on retrouve de façon récurrente dans toutes les villes taurines, ne peuvent que susciter la révolte et un sentiment d’injustice à l’heure où, partout en France, la population s’enfonce dans la crise et la précarité, que les logements manquent, que les chômeurs arrivant en fin de droit s’immolent devant le Pôle Emploi…

Cette attitude sans aucune éthique est inacceptable. Comme vous le savez, ces jeux d’arènes, parmi les plus violents et cruels que l’histoire ait jamais compté depuis le début de l’humanité, ne font plus recette car le public rejette la vue de ces spectacles hautement sanglants. Il n’est pas du rôle des pouvoirs publics de financer le manque à gagner d’une minorité dont l’activité est fondée sur la maltraitance animale (condamnée par la Loi). Les férias sans corridas se portent économiquement très bien, la ville de Carcassonne en est le plus bel exemple.

A contrario, en 2012 la ville de Béziers a connu une délinquance sans précédent au moment des corridas avec presque un meurtre par jour et une fillette violée dans les arènes lors d’une corrida.

Monsieur le Président, nous vous demandons par tous les moyens en votre pouvoir, de faire cesser immédiatement toutes les attributions financières de l’Etat et des collectivités territoriales aux associations et clubs taurins et que ces subventions issues des impôts soient allouées en priorité à des associations à caractère social et humanitaire. Cette demande s’accompagne d’une pétition de soutien de 25 352 signatures.

Vous remerciant par avance pour toute la bienveillance que vous accorderez à cette requête collective de contribuables, nous vous prions, Monsieur le Président, d’agréer l’expression de notre très haute considération.

Irène Brizard de Forges, Docteur en Urbanisme à Montpellier
Maria da Silva

Compléments d’information

1/ enquête IFOP/ La Lettre de l’opinion d’août 2010 montrait que, dans les « régions à tradition taurine », 63% des citoyens souhaitaient l’interdiction de la corrida, contre 37% ne le souhaitant pas.

2/ enquête IPSOS/ Alliance Anticorrida de juillet 2010 montrait que, dans le Gard, 66% des citoyens étaient plutôt défavorables aux corridas, contre 34% plutôt favorables.

3/ enquête CSA/ CRAC-Europe de juillet 2012 montrait qu’à Alès, 55% des citoyens souhaitaient l’interdiction de la corrida.

4/ 99,3% des Français ne vont jamais voir de corridas :

Extrait :

« Dans ce pays où les joutes mettant en scène des mises à mort de taureaux remontent au Moyen-Âge, deux informations concordantes font penser que ces pratiques sont en voie rapide de disparition. La première figure dans un rapport officiel du ministère de la culture espagnol qui peut être consulté en ligne et la seconde montre le nombre rapidement décroissant de courses de taureaux en Espagne depuis 2007.

Plus de 91% des Espagnols n’éprouvent plus aucun intérêt pour les corridas

Les pratiques culturelles des Espagnols font tous les quatre ans l’objet d’une enquête détaillée réalisée par le ministère de la culture de ce pays. Le plus récent a été réalisé sur la période 2010-2011 (Encuesta de hábitos y prácticas culturales en España 2010-2011).

Parmi toutes les occupations et sorties culturelles classiques -théâtre, lecture, films, internet, jeux vidéos, expositions, etc.- figure la mention « Toros ». Dans l’année écoulée, ce sont seulement 8,5% des Espagnols qui ont assisté à au moins un évènement mettant en scène des taureaux, qu’il s’agisse de corridas ou d’autres spectacles tauromachiques. Pour le précédent rapport (2006-2007), ce pourcentage était 9,8% dont la classe d’âge majoritaire était celle des plus de 55 ans.

Déjà en 2009, un sondage réalisé par l’institut Gallup montrait que 81 % des moins de 34 ans n’éprouvaient « aucun intérêt » pour la tauromachie. Les personnes indifférentes aux corridas représentaient 78% chez les 35-44 ans. Cet aspect de rejet dominant de la corrida par les populations les plus jeunes est également flagrant en France. Il illustre à lui seul le côté inéluctable de sa disparition prochaine.

54% de corridas en moins en Espagne depuis 5 ans.

Le signe le plus spectaculaire de la désaffection de la population pour les corridas est la baisse vertigineuse et constante du nombre de corridas organisées chaque année en Espagne depuis quelques années. Elles sont passées de 2176 en 2007 à 1010 en 2012, soit en moyenne 233 de moins par an. Si cela se poursuit au même rythme dans les années à venir, la corrida aura totalement disparue en Espagne d’ici 2018.

La France suit une évolution comparable

En France, on relève entre 10 et 20% de spectateurs en moins dans les arènes d’une année sur l’autre depuis 2008. Un nombre croissant de villes organisatrices de corridas ont décidé d’y mettre fin. La revue pro-corrida Toros indique, dans son numéro du 18 décembre 2012 que « les fleurons perdus en zone taurine » (c’est-à-dire dans la douzaine de départements français où la corrida est autorisée) sont Bordeaux, Pau, Toulouse, Perpignan, Narbonne, Sète, Marseille et Fréjus, auxquelles s’ajoutent six autres communes qui ont également renoncé en 2012 à proposer des spectacles tauromachiques (Rodilhan, Collioure, Pomarez, Carcassonne, Saint-Loubouer et Soustons).

99,3% des Français ne vont jamais voir de corridas

Selon André Viard, le président de l’Observatoire National des Cultures Taurines, il y aurait 2 millions de Français qui assistent à des spectacles tauromachiques chaque année. Mais si on l’en croit les chiffres de fréquentations que le même André Viard donne, ville par ville sur son site entre 2009 et 2012, le total est en fait de l’ordre de 400.000 entrées par an (invitations comprises), dans les meilleures années, c’est-à-dire les plus anciennes.

Autrement dit, 99,3% des Français ne vont jamais voir de corridas.