Samedi 8 octobre 2011, je me trouvais à Rodilhan. Avec mes amis militants nous étions pacifiquement enchaînés dans l’arène pour protester contre la Corrida.

Je pensais que l’issue de notre action serait une intervention des forces de l’ordre pour couper les chaînes.

Rien ne s’est passé comme cela.

Très rapidement un groupe d’hommes composé de valets de piste et de spectateurs s’est jeté sur des militants qui se trouvaient à ma gauche et les ont roué de coups de poing et de coups de pied sans discontinuer. Je me suis mise à hurler d’horreur « Arrêtez, arrêtez, arrêtez« .

Puis ce groupe d’hommes a décidé d’accorder un répit à ces militants pour s’en prendre violemment à d’autres enchaînés un peu plus loin. Les coups pleuvaient et les insultes fusaient « salopes ! pédés ! nazis ! ».

Pendant ce temps nous recevions des jets d’eau en plein visage, à pleine puissance.

Un rapide coup d’oeil aux gradins m’a permis d’apercevoir les militants qui tenaient les banderoles en train de se tordre pour échapper aux coups.

Un homme à ma gauche s’est fait arracher son tee-shirt.

J’ai vu Manu prendre un coup de pied dans la nuque.

Thierry a pris plusieurs coups de poing au visage.

Un homme avec un béret qui tenait la lance à eau s’est approché de Jean-Luc . Il a soulevé le col de son tee-shirt pour approcher le jet au plus prés de sa peau. Jean-Luc se débattait et grimaçait de douleur. L’homme a essayé de lui placer l’embout dans l’oreille sans doute pour que la pression du jet lui blesse les tympans. Cette scène m’a fait penser à de la torture.

A un moment je me suis retournée et un homme passait dernière moi, avec un regard de fou, le poing serré et la mâchoire crispée par la rage. Je l’entendais prononcer « pédés ! pédés ! » en me regardant.

Coraline en face de nous s’est fait arracher son T.Shirt puis son soutien-gorge, elle cachait sa poitrine sous ses bras.

Laure qui était enchaînée à ma droite, a commencé à paniquer. Elle m’a demandée d’appeler la police. J’ai composé le 17, mais les cris de la foule ne me permettaient pas d’entendre si j’avais quelqu’un au bout du fil. Je répétais dans l’espoir qu’on m’entende :  » Venez aux arènes de Rodilhan, s’il vous plait, il y a des blessés. ».

Je me demandais pourquoi les forces de l’ordre n’intervenaient pas. Nous avions convenu qu’une personne qui se trouvait dans les gradins les appellent dés le début de l’action mais ils n’arrivaient pas et je commençais à craindre que la situation qui avait largement dégénérée n’empire. Toutes les personnes présentes qui n’étaient pas des militants, prenaient part à la curée, ou se délectaient de notre souffrance dans les gradins (comme ils le font pendant les corridas). Je n’ai vu personne essayer de s’interposer pour empêcher le lynchage des hommes et des femmes enchaînés. Au contraire j’entendais la foule crier pour encourager les hommes descendus dans l’arène pour nous sortir. Le déchaînement de violence était tel que je me suis mise à craindre que quelqu’un soit tué, puisque la violence redoublait et que personne n’intervenait.

J’ai alors vu un militant de Droits Des Animaux qui se tenait l’oeil et qui continuait à recevoir des coups pendant qu’une femme aux cheveux rouges lui hurlait dessus et l’insultait.

Des hommes se sont acharnés sur Valy.

Laure et Christian m’ont demandée à nouveau d’appeler le 17, ce que j’ai fait. la personne au bout du fil m’a dit que les gendarmes étaient en route.

Mon amie répétait « je veux partir, ça craint là, je veux partir ».

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Des militants à ma gauche ont commencé à se faire traîner vers la sortie. La foule applaudissait.
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J’ai senti un homme m’arracher mon anti-vol. Je me suis serrée contre mes amis. L’homme m’a saisie par dessous les aisselles puis m’a tirée par un bras vers la sortie. Il m’a traînée sur le dos dans le sable mouillé. Un jeune homme en a profité pour me donner un coup de pied dans la cuisse alors qu’on me traînait au sol. Yves m’a relevée quand j’arrivais sous le tunnel pour m’éviter les coups de pied de la « haie d’honneur » qui se formait peu à peu pour casser du militant.

Je me suis retrouvée vers la sortie au milieu des militants et des aficionados qui les frappaient. Des hommes nous criaient de ficher le camp. J’ai couru me réfugier prés de mes amies qui étaient contre un mur à 2 mètres de la sortie. Un homme d’une soixantaine d’année avec un oeil de verre s’est jeté sur nous avec le poing levé prêt à nous frapper. Il nous disait de partir mais en indiquant un cul de sac. Je criais « c’est fermé« . Finalement il s’est reculé d’un pas. Christian nous a hurlé « courez« . J’ai eu le temps de voir des militants couchés sur le côté en position foetale recevoir des coups de pieds d’hommes debouts. Nous avons couru en direction du lycée. C’est là que j’ai appelé une troisième fois la police qui m’a répondu qu’ils n’avaient que des camions et pas d’hélicoptéres et qu’ils faisaient de leur mieux. Laure m’a fait remarquer que j’avais 3 grandes griffures au bas du visage.

Nous avions peur qu’un groupe de pro-corridas nous suive, nous nous sommes réfugiés derrière un muret pour attendre les autres. Christian m’a dit qu’une militante avait « ramassé ». Il s’inquiétait pour elle. Je lui ai demandé des détails. Il m’a dit qu’ils avaient essayé de lui remonter sa jupe et qu’elle avait été traînée d’une façon horrible par terre. Nous nous faisions du souci pour ceux que nous avions laissé là bas. Je voulais y retourner, Laure aussi, mais Christian, pour nous protéger, nous a rappelé que les consignes étaient de fuir dés notre sortie.

Peu à peu les militants sont arrivés. Une jeune fille ne pouvait plus poser le pied par terre. Valy avait la jambe atrocement couverte de bleus. Je lui ai demandé si je pouvais prendre une photo pour montrer de quoi ces gens étaient capables. J’ai revu Jean-Luc et Thierry dont l’oeil commencait à gonfler.

Nous n’avons jamais eu aussi peur de nos vies. L’arène était devenue une zone de non droit où nous étions offerts à la soif de sang et de cruauté des amateurs de corrida.

Muriel

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