Les aficionados sont convaincus, vraiment convaincus, que nous sommes des ultra-violents et des terroristes. André Viard a dû être parmi les premiers à s’auto-intoxiquer avec cette propagande délirante, vite reprise par beaucoup d’autres. Peu importe si les seules victimes de coups et blessures sont uniquement dans nos rangs et jamais dans les leurs. Le fait qu’il n’existe et n’ait jamais existé aucune plainte pour agression contre nous ne les trouble pas une seconde.

A force de le dire et de le répéter, ils ont fini par y croire. Il suffit désormais qu’une action anticorrida soit annoncée quelque part pour que des centaines de gendarmes et de CRS soient appelés pour la contrôler. Même s’il ne s’agit que d’un événement Facebook lancé par n’importe quel particulier hors de tout soutien d’associations organisées, avec tout le flou que cela implique.

Comme à Magescq, comme à Saint-Gilles, comme à Nîmes, comme partout à présent, les forces de l’ordre sont incapables de prévoir combien de manifestants seront effectivement présents sur place. Devant l’inconnu, ils ont obligation de devoir pouvoir faire face à toute éventualité. Combien serons-nous la prochaine fois ? 10 ? 50 ? 100 ? 1000 ? Personne ne le sait.

Pour le procès qui vient de se tenir à Dax., un événement Facebook a rassemblé plus de 600 personnes apportant leur soutien aux accusés. Même si la plupart se contentaient d’exprimer leur simple sympathie (et non leur venue sur place), un vent de paranoïa a aussitôt soufflé à tous les étages : au SDIG, chez le préfet des Landes, au Bureau de Lutte antiterroriste, au ministère de l’Intérieur et enfin, bien sûr, dans les milieux aficionados. Certains ont probablement dû s’imaginer la ville à feu et à sang. Car, rendez-vous compte si une horde de 600 terroristes déchaînés avait débarqué ?

Résultat : 15 cars de CRS autour du tribunal, des barrières partout, environ 300 CRS mobilisés selon un avocat sur place. Et tout ça pour quoi ? Une centaine d’anticorridas au plus haut de leur présence (et moins d’une trentaine à certains moments en raison de la pluie et du froid). Tous pacifiques, bien entendu.

Au fait, en face, combien y avait-il d’aficionados pour défendre les leurs ? Zéro. Quel courage ! Quelle détermination ! Quelle mobilisation admirable ! Ah mais oui, j’oubliais : il pleuvait. Et, c’est bien connu, les aficionados détestent la pluie. Si ce n’est pas pour cette raison, cela voudrait dire qu’ils ne sont pas venus parce qu’ils avaient… peur ?

Il est vrai que pour aimer torturer longuement à plusieurs un ruminant jusqu’à ce qu’il s’effondre, pour trouver plaisant de regarder ce supplice en mangeant des chips, il faut être fondamentalement, viscéralement des lâches. Alors, se rassembler pour faire face à une poignée d’anticorridas armés jusqu’aux dents de banderoles et de parapluies, même dans l’une des pires villes taurines de France, ça dépasse largement leur sens de l’héroïsme. Même sous la protection de 300 CRS. Même avec le soutien du maire, de (presque) tout le conseil municipal, de la procureure, du bâtonnier et de toute une palanquée d’avocats venus les soutenir. C’est quand même plus tranquille de nous promettre les pires exactions depuis leur compte Facebook ou pendant leurs soirées Ricard.

Commentaire de Jean-Luc Bernard, l’un des administrateurs du CRAC Europe : « Ça doit effectivement être terrible moralement pour des « pervers » , « dégénérés », « sadiques », « tortionnaires » et « barbares », de constater qu’un comité de soutien était présent mais… pas de leur côté. Et que la volonté, la détermination de ce comité de soutien était tellement présentes, que malgré la pluie battante et le froid, il a tenu durant de longues heures. Et quand les amateurs de tortures sont sortis du tribunal, en colère de comprendre que leur petite bulle protectionniste venait de se fissurer, ils ont dû éprouver une immense solitude de lire sur les banderoles et pancartes les mêmes mots, ces mots qui les qualifient si bien, et d’entendre CORRIDA ABOLITION ! »

En février dernier, j’écrivais au lendemain de la manifestation citoyenne qui s’est tenue à Magescq :

« Imaginons que des citoyens autonomes continuent à lancer systématiquement des événements Facebook pour chacune des corridas de 2014 où aucune action anticorrida n’est déjà prévue. Imaginons – et c’est très important – que des centaines, voire des milliers de personnes indiquent qu’elles y participeront, que ce soit vrai ou pas. […] Personne ne pourra savoir à l’avance quelle sera la mobilisation réelle, pas même les initiateurs de chaque événement Facebook. Le fait que les gens aillent vraiment manifester ou que personne ne le fasse ne change rien au casse-tête que cela posera aux autorités. Quel préfet prendra le risque de ne pas mettre suffisamment de gendarmes ? »

Nous avons la démonstration que cette stratégie fonctionne.

Action après action, nous asséchons un peu plus les ressources financières des responsables paniqués. Car ces concentrations excessives de gendarmes et de CRS coûtent très cher. Les forces de l’ordre elles-mêmes commencent à exprimer, de plus en plus ouvertement, leur mécontentement d’être mobilisées de façon aussi démesurée pour rien alors que bien d’autres sujets largement plus graves devraient focaliser tous leurs efforts.

Continuons, amplifions cette stratégie ! Nous devons être les plus nombreux possible à nous inscrire aux événements Facebook relatifs aux actions anticorridas, même si nous n’avons aucune intention de nous y rendre. La corrida vit déjà sous perfusion de subventions depuis longtemps, accentuons son asphyxie financière et son impopularité auprès des responsables de l’ordre public pour qui elle devient un cauchemar dont ils préféreraient se débarrasser à jamais. Un simple clic de souris suffit : j’aime !

Et le plus beau, c’est que nous pouvons même expliquer tout cela ouvertement à certains de nos lecteurs les plus assidus, ceux qui nous suivent quotidiennement sur Facebook, sur nos blogs, sur nos sites, sur Twitter : les fonctionnaires du SDIG, les agents de la Section Extrémismes Violents qui se demandent pourquoi leur ministre les encombre avec nous et, ce n’est pas le moindre, les aficionados eux-mêmes qui oscillent de plus en plus entre panique et désespoir (ben oui, nous aussi on lit ce qu’ils écrivent sur Facebook et, ces jours-ci, c’est jouissif).

Photos prises à Dax par Animaux en Péril sauf celle des cars de CRS par Sylvie Laulom et la dernière par Carole Saldain da Silva

Roger Lahana
Vice-président du CRAC Europe