Bayonne a le goût du sang depuis longtemps. Au XVIIe siècle, ses habitants inventèrent la baïonnette pour transpercer leurs ennemis quand ils manquaient de munitions. Et il y a 160 ans, c’est là qu’eut lieu la première corrida importée d’Espagne pour satisfaire l’épouse ibérique de Napoléon III, Eugénie de Montijo. Bayonne, la plus ancienne ville de sang, a fêté ce honteux anniversaire hier.

Plusieurs centaines de manifestants sont venus perturber cette célébration macabre à l’appel du CRAC Europe, de la Fondation Brigitte Bardot (FBB), d’Euskal Herria Bayonne Anti Corrida (EBHAC), de L214, de Peta et de quelques autres.

Commençons par la “grosse surprise” annoncée depuis des semaines. Il s’agissait d’un énorme gâteau noir en polystyrène de 1m60 de haut, préparé dans le plus grand secret par nos amis basques.

En fin de matinée, le gâteau a été installé sur le camion-sono recouvert de draps noirs pour accentuer l’effet corbillard. Ce camion, beaucoup le connaissent : c’est celui qui ouvrait les manifs d’Alès. Son arrivée était accompagnée de la Marche Funèbre, ce qui rappellera aussi des souvenirs.

Au départ de la manifestation, Jean-Pierre n’avait toujours pas reçu de retour du Conseil d’Etat, auprès duquel un recours en urgence avait été déposé dès jeudi. La greffière jointe par téléphone lui a simplement dit que le dossier était en cours de traitement.

Le parcours des manifestants restait donc interdit à l’intérieur d’un large périmètre autour des arènes, bien qu’aucune corrida ne fût prévue ce jour-là.

Jean-Pierre a pris la parole et il a “mis le feu”, pour reprendre les termes de Christophe Marie, en dénonçant ce nouveau déni de démocratie. Carole Saldain (EBHAC) a enfoncé le clou : “La corrida n’est pas la culture basque“. Laurent Goulefer a rappelé le précédent de Captieux et des décrets imbéciles du maire. Christophe a lu un message de soutien de Brigitte Bardot.

Drapeaux et banderoles brandis bien haut, les manifestants ont parcouru la ville de part en part, avec une pause agitée au niveau d’une charcuterie, celle d’un ancien torero (oui, torero puis charcutier, ça ne s’invente pas… et pour sa retraite, il prévoit d’être tueur en série ?)

En passant devant le Conseil Général, Jean-Pierre a vu qu’aucun policier n’en protégeait l’accès. Il a donc appelé les manifestants à y pénétrer en masse, ce qui s’est fait avec une facilité déconcertante. Il se trouve, en effet, que le CG prétend ne pas subventionner les corridas de Bayonne alors qu’il achète pour plusieurs milliers d’euros de places chaque année.

Un échange plutôt vif a eu lieu avec le directeur-adjoint de la direction de la sécurité du département qui dépend directement du sous-préfet, pour obtenir qu’une délégation soit reçue par un fonctionnaire du CG. Le but était de lui parler de ces subventions déguisées, en présence de la presse (plusieurs médias étaient là, dont l’AFP et FR3).

Au début d’accord pour recevoir une délégation des associations, il a fait ensuite savoir qu’il ne souhaitait pas avoir les médias en même temps. Prétexte : ce n’était pas l’usage ! Qu’avait-il donc à cacher ? Jean-Pierre a fait remarquer aux journalistes qu’il s’agissait là d’une censure de l’information. Sans les médias comme témoins, la décision a été de ne pas y aller, ce qui a provoqué des sifflets et des bousculades. Jean-Pierre a demandé à tout le monde de s’asseoir par terre et a réitéré la demande d’entrevue, presse comprise, en vain.

Au bout d’une demi-heure, comme la situation n’évoluait pas, il a été décidé à l’unanimité de reprendre la marche dans les rues.

Le cortège a donc repris sa progression en direction des arènes mais à dû s’arrêter une demi-heure plus tard, peu avant de les atteindre : un cordon de policiers était déployé en travers de la rue. Jean-Pierre, juché sur le camion, a pris à nouveau la parole pour fustiger cet état de fait : “A quand la fin de la corrida ? Nous sommes en période de crise économique grave, n’est-il pas temps de consacrer des fonds publics à résoudre les problèmes de notre société plutôt que de continuer à torturer des animaux pour s’amuser ?“

Puis Carole, à qui nous devons en grande partie l’organisation et la réussite de cette belle action, a également prononcé un dernier discours. Des feux de détresse et autres fumigènes ont ensuite été tirés en bouquet final.

Chaque manifestant a pu repartir avec un morceau du gâteau en souvenir.


Sources des infos : Jean-Pierre Garrigues (par téléphone avant et après), FAI-FAC (Twitter et Facebook), Christophe Marie (Twitter).

Crédits photos : la première photo du gâteau a été prise par Carole Saldain quelques jours avant la manifestation. Les photos prises par FAI-FAC sont créditées en incrustation. Les autres ont été prises par Christophe Marie.

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