Dijon organisait ce dimanche, au lac Kir, un grand rassemblement d’associations diverses et variées. Les chapiteaux étaient fournis, les tables et les chaises ainsi qu’un branchement électrique moyennant 17 euros.

La veille, nous sommes venus installer la « décoration ». Une dame nous interpelle lorsqu’elle voit la banderole « Corrida = Barbarie ». Elle nous explique que son mari est originaire de Nîmes et grand fan de corrida, ce qu’elle n’a jamais compris et qui est sujet de discorde entre eux !

Le lendemain matin, 9 heures, nous terminons l’installation. Flyers, pétitions, pancartes, et ordinateur sur lequel défilait des images de manifestation du Crac. Les organisateurs nous avaient interdit de diffuser des films (Derrière les murs, le langage de la haine, alinéa 3 …) car ils considéraient les images trop violentes et susceptibles de heurter, notamment les plus jeunes. Il était également prohibé de vendre quoi que ce soit, et ce, sur tous les stands.

Dans la matinée, le maire de Dijon, monsieur François Rebsamen, (fraîchement démissionné de son poste de ministre du Travail), est venu avec ses conseillers. Nous avons « harponné » sa directrice de communication pour que l’élu vienne sur notre stand et pourquoi pas, signer notre pétition. Elle nous a répondu qu’il était pressé, qu’un ministre était en déplacement à Dijon aujourd’hui, mais qu’elle fera son possible. Le voyant passer tout droit, je décide d’aller à sa rencontre, pétition et stylo en main. Je le retrouve sur un stand de présentation de thé, dégustant une boisson. Je me présente, lui serre la main, et lui explique la situation. Il ne semblait pas très intéressé par ma requête mais étant en public, il me dit, tout en partant, qu’il a déjà signé et que je pourrai vérifier. Pas le temps de lui dire qu’il a signé le manifeste et pas la pétition, il est déjà loin, et inapprochable.

Tout au long de la journée, les gens se sont arrêté et ont discuté avec nous. Une écrasante majorité nous soutenait dans notre combat. Certains étaient partagé entre l’atrocité de la corrida et le sentiment culpabilisant de priver une région d’une tradition bien ancrée. Nos arguments ont vaincu le scepticisme de certains d’entre eux.

Un monsieur farouchement opposé à la corrida nous expliquera que l’un de ses meilleurs amis, grand amateur de torture de taureaux, avait déménagé à Nîmes pour se rapprocher de sa « passion ». Le sujet avait tellement fait débat entre eux qu’ils ne se fréquentaient plus depuis des années. Des dames très sensibles à la cause animale et profondément anti-corrida, nous ont même demandé des feuilles de pétition qu’elles sont aller faire signer autour d’elles. Elles nous ont rapportées des feuilles remplies de signatures. Merci à elles !

Dans l’après-midi, une jeune femme s’arrête et nous explique qu’elle connaît bien le problème, étant originaire du sud et ayant vécu 5 ans à Nîmes. Elle est anti-corrida et nous explique qu’il est difficile dans ces régions de s’affirmer en tant que tel. Le fait d’être opposé à la tauromachie relevant quasiment de la traîtrise. Elle continue en nous disant qu’il y a un manque de liberté de parole, et une crainte pour les antis qui y vivent.

En fin de journée, après de riches échanges, un monsieur d’âge mûr s’approche du stand et nous lance :  » Mais vous n’avez pas des choses plus importantes à défendre ! ». Nous voilà en présence d’un aficionado convaincu. Il nous dit que l’on ferait mieux de s’occuper des humains, que la corrida, c’est une tradition, que ça ne nous concerne pas, et que de toute façon, à chaud, le taureau ne souffre pas ! Fab lui a proposé de courir un 100 mètres, pour être bien chaud, et ensuite, de se planter des banderilles dans le dos, pour voir si vraiment, dans ces conditions, on ne souffre pas. Mais bon, ce n’est pas pareil, c’est un taureau. L’animal est insensible à la douleur. Nous lui expliquons que des vétérinaires, donc des professionnels, affirment le contraire. Mais non, ils n’en savent rien. Lui, il est aficionado, et par conséquent, spécialiste ès taureaux.
Je lui montre des images choc et je lui demande si une tradition se suffit à elle seule pour justifier de tels actes. Une tradition peut-elle légitimer de prendre en otage et de massacrer un être vivant ? Des personnes autour étaient très attentives à l’échange. Mes questions l’ont gêné et il sentait derrière lui, la présence d’un couple qui attendait pour signer notre pétition, et qui le mitraillait du regard, abasourdi et énervé par son discours. Nous nous sommes quittés sans sympathie, mais cordialement.

La journée fut très réussie dans l’ensemble. Nous avons récolté 300 signatures et fait connaître la corrida (beaucoup croit encore qu’elle n’existe qu’en Espagne ! ) et les actions du Crac autour de nous.

Nous remercions chaleureusement pour leur présence, leur aide et leur fidélité : Marie, Catherine, Agnès, et Géronimo.

Virginie Lapertot, déléguée Crac Europe Côte d’Or (21).

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