Début décembre 2015, en raison de la confirmation des dates du procès de Rodilhan aux 14 et 15 janvier 2016, le CRAC Europe annonce dans sa lettre d’information que l’assemblée générale annuelle initialement prévue le 16 janvier est reportée au 7 mai (elle doit statutairement se tenir dans le courant du premier semestre et aucune autre date n’est disponible au FIAP Jean-Monnet à Paris, où la réservation a été faite et prépayée dès l’automne 2015). Mais même si toute l’équipe du CRAC Europe va se retrouver à Paris le 7 mai, pas question pour autant de ne pas montrer notre opposition aux corridas qui se tiennent à Alès pendant la féria de début mai. Quant à la grande manifestation anticorrida unitaire de l’année, après Rieumes en 2015, ce sera à Mont-de-Marsan en 2016 (le 23 juillet).

Les militants et sympathisants alésiens du CRAC Europe décident donc d’organiser une action de tractage afin de se rappeler au bon souvenir des aficionados et du Maire d’Alès. Ils conçoivent un texte qui fait une allusion directe au scandale de l’abattoir de cette commune mis à jour par L214, comparant la corrida à un abattage à ciel ouvert. Le CRAC Europe fait réaliser le tract par son graphiste attitré et le fait tirer à 5000 exemplaires.

Le jeudi 5 mai, nous nous retrouvons une dizaine pour une distribution, d’abord sur la place de la cathédrale où se déroule la messe en provençal suivie des danses folkloriques sur le parvis. Un journaliste du Midi Libre vient nous interroger et nous prendre en photo. Un manadier interpellé par Sylvie sur la corrida est visiblement gêné de répondre, on n’est pas d’accord mais on se serre les coudes…

Nous rencontrons plus de succès avec les familles et les jeunes venus à la féria pour se retrouver entre amis et boire un coup (ou plusieurs). Les pare-brise des voitures sont couverts de tracts et notre action ne passe pas inaperçue. Tracter dans les quartiers des habitants (et pas forcément le centre animé par la féria) a aussi un sens : on touche les Alésiens et ce sont eux qui peuvent réagir auprès de la mairie. Ils risquent même d’être plus motivés que ceux qui sont à la féria avec ou sans volonté d’assister aux corridas, mais avec la fête en tête en priorité.

Le samedi matin, Sophie distribue encore plusieurs centaines de tracts sur des pare-brise et dans des boîtes aux lettres. Les conteneurs de tri servent aussi sur le trajet. Rendu très visuel. Dimanche 8 mai, nous nous retrouvons pour le troisième jour de tractage : Pascale, Maxanne, Claudie, Thierry, Fabienne et Sylvie. Sur la place de la cathédrale, très peu de monde, ils sont tous à la messe, sévillanne, cette fois-ci ! A la sortie de la messe quelques groupes de danseurs tentent de donner une ambiance espagnole. Nous distribuons nos tracts. Comme d’habitude, beaucoup de personnes sont d’accord avec notre combat et souhaitent l’arrêt des corridas.

On peut noter un réel durcissement dans l’attitude des pro-torture, beaucoup plus de violences verbales allant jusqu’aux insultes. L’effet « L214 », conjugué à l’omniprésence du CRAC Europe sur le terrain depuis des années, y sont vraisemblablement pour quelque chose. La prise de conscience de la maltraitance animale qui est en train de s’imposer induit automatiquement une inquiétude chez les amateurs de corrida, qui commencent à percevoir qu’il devient de plus en plus difficile de justifier leur passion morbide.

Gérard Saba, militant du CRAC Europe