L’action spectaculaire de Rion-les-Landes n’a pas fait que des heureux, on s’en doute. Je vous propose ce matin un petit tour d’horizon des points de vue exprimés par ceux qui étaient en face de nous : les aficionados, le préfet des Landes, le colonel de la gendarmerie et le maire de Rion. Vous allez voir qu’ils sont beaucoup plus nuancés à notre égard qu’on pourrait le croire a priori. Pour faciliter la lecture, les citations sont en italiques bleues, mes commentaires étant insérés en noir.

1 – Commençons par l’opinion d’André Viard, président de l’Observatoire National des Cultures Taurines (ONCT). Il n’a pas aimé ce qu’on a fait. Mais alors, pas du tout. Ce qui lui fait écrire quelques grosses bêtises. Quelques larges extraits de son communiqué :

“L’Observatoire National des Cultures Taurines condamne fermement les actes de violence commis à Rion par un commando de casseurs venus de la région parisienne dans un bus mis à leur disposition par diverses associations animalistes dont la responsabilité est engagée.”

Le bus en question transportait une quarantaine de personnes, ce qui représente à peine un quart du nombre total des militants impliqués dans l’action. De plus, à ma connaissance, les habitants de la région parisienne ont autant le droit de s’exprimer que n’importe qui d’autre. Les “casseurs” n’ont strictement rien cassé, ils sont tous non-violents et n’avaient pour seule protection que leurs vêtements. Ce qui a été cassé, en revanche, ce sont les os de certains d’entre eux qui ont terminé aux urgences, à la suite de violences commises par des gendarmes dont la responsabilité est, en effet, engagée.

“Ces débordements étaient parfaitement prévisibles, et si leurs auteurs ont été identifiés et seront poursuivis, il convient de rechercher toutes les responsabilités.”

Je n’aurais jamais cru dire ça un jour mais je suis absolument d’accord avec André Viard sur ce point. Les auteurs sont parfaitement identifiés et ils seront poursuivis. Il s’agit d’un aficionado qui a été interpellé et a reconnu les faits à la gendarmerie de Rion et de plusieurs gendarmes qui ont blessé gravement plusieurs manifestants pourtant strictement non violents. Tout a été filmé et photographié. Les premières plaintes ont déjà été déposées à l’encontre des agresseurs.

“Pourquoi, alors que les services de police étaient parfaitement conscients des intentions de ce commando de casseurs, s’est-on contenté de suivre leur bus depuis Paris jusqu’à Rion sans jamais essayé de le retenir avant qu’il ne parvienne sur les lieux ? Pourquoi, alors que le maire de Rion avait pris un arrêté interdisant toute manifestation et délimitant un périmètre de sécurité, le colonel de gendarmerie présent sur les lieux a-t-il pris sur lui de ne pas le faire respecter, laissant les manifestants pénétrer dans l’enceinte, munis de fumigènes, et mettant en danger la sécurité du public ?”

Il s’agit là de questions essentielles (décidément, je suis de plus en plus souvent avec André Viard). Le mieux est de laisser la parole, pour y répondre, aux autorités concernées : le préfet des Landes, le colonel de la gendarmerie et le maire de Rion (voir plus bas).

“Comment, instruit par différents autres débordements similaires, peut-on se laisser abuser ainsi par les promesses d’activistes radicaux dont le seul but est d’interdire la tenue des spectacles auxquels ils s’attaquent ?”

La seule promesse des “activistes radicaux” anti-corrida est de parvenir à faire interdire définitivement les corridas. Que personne ne se laisse abuser par quelqu’un qui dirait le contraire. Nous faisons et ferons tout ce qui est possible pour tenir cette promesse.

“Si les arrêtés municipaux ne sont pas respectés, elle sera peut-être demain à l’origine d’un bain de sang, si les aficionados perdent patience et décident de prendre leur défense en mains.”

Bigre ! Serait-ce un appel à la violence ou à la haine ? Si tel est le cas, déclarer de tels propos est strictement interdit par la loi et des poursuites pourraient être engagées contre André Viard. Quoi qu’il en soit, ces mots confirment sans ambiguïté que les seuls individus dangereux pour le maintien de la sécurité des personnes et les seuls à même de causer un trouble à l’ordre public, ce sont les aficionados qui seraient, selon Viard, sur le point de causer “un bain de sang”. Vous me direz, ils ont l’habitude avec les corridas. Certes.

2 – La réponse du préfet des Landes au questionnement de Viard : pourquoi les autorités n’ont-elles rien fait pour empêcher l’action alors qu’elles étaient, de toute évidence, informées de ce qui allait se passer ?

“Parce que nous sommes en France, et que dans notre République, on ne peut pas présumer que quelqu’un va commettre une infraction. Il en va de la garantie des libertés individuelles.”

Voilà un bien utile rappel des fondements de notre République. Ajoutons que nous avons acheté nos places tout à fait normalement et que rien, juridiquement, ne nous empêchait donc de rentrer dans les arènes, d’autant plus que nous n’avions rien sur nous qui pouvait ressembler de près ou de loin à une arme, pas même une lime à ongles.

“D’autant qu’ils ont pénétré dans l’enceinte dans le plus grand calme, sans vociférer, sans démontrer l’intention de troubler gravement l’ordre public, précise la préfecture. Je comprends que des personnes puissent s’interroger, mais en démocratie, les personnes ont le droit d’avoir des opinions divergentes et on ne peut pas présumer qu’ils vont commettre des actes de violence.”

Parfaitement exprimé. Un merci sincère à Monsieur le Préfet pour ce petit cours de droit sur la liberté d’opinion.

3 – Le point du vue du colonel Spinetta, qui commande l’ensemble des gendarmeries des Landes. Il estime que les militants connaissent bien la loi et s’en sont servis à leur profit :

“On n’interdit pas à quelqu’un de circuler, on n’interdit pas à quelqu’un de prendre un billet de corrida – quand bien même il y serait opposé – tant qu’il ne s’apprête pas à passer à l’action de manière ostensible, sinon on commet un délit de faciès.”

Rien à ajouter.

4 – Ce qu’en pense Joël Goyheneix, maire de Rion-des-Landes, qui a refusé d’annuler la corrida alors que le colonel lui en avait fait la demande pour mettre fin à l’affrontement avec les anti-corridas :

“Très franchement, les gendarmes ont fait ce qu’ils ont pu, de manière professionnelle, en faisant preuve de patience. Je n’ai qu’à me féliciter de leurs services d’autant que les anti-corrida ont fait preuve d’une détermination surprenante.”

Très franchement, Monsieur le Maire, je ne pense pas que des gendarmes qui exercent des violences graves et répétées sur des manifestants non-violents aient agi “de manière professionnelle”. Jusqu’à ce jour, les gendarmes que nous avons connu sur toutes sortes d’actions anti-corridas se sont toujours comportés de manière irréprochable, nous protégeant des exactions que voulaient nous faire subir des aficionados perdant tout contrôle d’eux-mêmes. Cela n’a pas été le cas à Rion-des-Landes où huit personnes ont été sérieusement blessées – uniquement des manifestants, aucun gendarme, aucun aficionado.

En revanche, je vous remercie pour votre remarque sur notre détermination. Ce compliment, venant d’un adversaire, est une réelle reconnaissance qui nous va droit au cœur. Nous ne manquerons pas d’en être dignes lors de nos futures actions.


Résumons : les seuls à ne pas être contents de notre action sont les aficionados. Le contraire serait surprenant. En revanche, du côté des représentants de l’État (préfecture, gendarmerie, mairie), tous les responsables reconnaissent que nous étions en droit de faire ce que nous avons fait et que nous l’avons fait de façon responsable, respectueuse et déterminée.

Finie l’époque où on nous considérait comme des marioles inoffensifs. Le vent tourne.

Les citations qui figurent dans cet article proviennent du site officiel de l’ONCT et du quotidien Sud-Ouest. Dessin : Insolente Veggie

Cet article est à retrouver sur le blog d’Anna Galore