Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose

Dans sa bouche, il va de soi que le mot “animaliste” est sale (il ne l’est pas pour nous) et on se demande ce qui le retient encore de nous appeler plutôt des bestialistes, histoire d’un peu plus faire passer ces gens qui veulent à tout prix que les animaux soient bien traités pour d’horribles dépravés. Pour quelqu’un qui a peint un tableau avec le sang d’un taureau qu’il a lui-même torturé et mis à mort, aimer les animaux c’est forcément malsain.

Aussi, pour renouveler son vocabulaire fleuri, il a décidé d’ajouter à ses éléments de langage des mots beaucoup plus dans l’air du temps à l’usage du grand public : nous sommes des terroristes xénophobes et des casseurs. Pourquoi terroristes ? Mystère, nous n’avons jamais posé de bombe nulle part ni kidnappé qui que ce soit. Pourquoi casseurs ? Nous n’avons jamais rien cassé du tout, pas même à Rion-des-Landes où seuls les gendarmes ont cassé des os (les nôtres). Pourquoi xénophobes ? Aucune idée, il y a dans nos rangs les nationalités et les préférences religieuses les plus variées.

Les dangereux animalistes envahissent le bout de trottoir qui leur a été attribué

Hier, nous étions une centaine à nous retrouver à Arles pour un happening organisé par la BACM à l’entrée de la vieille ville avant la tenue d’une corrida, juste à l’extérieur de la zone féria. Il s’agissait d’une installation statique, pas d’un cortège se déplaçant le long d’un parcours.

Le but était d’attirer l’attention des passants par une mise en scène semblable à celle utilisée devant les arènes de Nîmes en 2011, de distribuer des tracts et de faire signer une pétition. Le CRAC Europe soutenait bien entendu cet événement.

Face à l’annonce déposée en préfecture d’un tel acte de terrorisme, les autorités avaient sorti les grands moyens, probablement échaudés par la multiplication de nos actions ces derniers mois. Ou alors, peut-être étaient-elles tétanisées par les propos de Viard ou ceux de la journaliste de La Provence qui nous qualifiait de dangereux activistes tout en inventant de toutes pièces les principaux éléments de son article, ou encore par le reportage dantesque consacré par TF1 à Rion-des-Landes (mais tout ça, c’est un peu pareil, vous l’avez compris). Quoi qu’il en soit, les forces de l’ordre étaient venues en masse.

Les terroristes font craquer les gentils aficionados

Les militants qui ne faisaient pas partie du happening se sont alignés le long du trottoir pour déployer des banderoles. Fidèle à notre réputation de dangereux terroristes, l’une de nous s’est avancée avec un mégaphone. Sa tenue paramilitaire et ses redoutables armes de combat (mais si, regardez bien, elle portait des talons aiguilles) dénotaient d’une agressivité effrayante à fleur de peau.

D’autres militantes n’hésitaient pas à arborer de dangereuses sandalettes, voire de sulfureuses tenues moulantes. Tout cela sentait la provocation à plein nez. Un pauvre aficionado, submergé par cette atmosphère de violence exacerbée, a voulu nous témoigner sa détresse avec des gestes qui ne trompent pas. Ça s’est fini en jeu de quilles.

Quelques autres, dont le taux d’alcoolémie était rigoureusement incompatible avec la conduite de leurs propres chaussures, ont eu également des envies de dialogue malheureusement réprimées sans pitié par les forces de l’ordre qui étaient, de toute évidence, à la solde du terrorisme xénophobe animaliste des activistes.

Voilà, c’est tout. La terrible menace que la journaliste de La Provence avait fait planer sur Arles dans son article a enfin pris fin vers 17 h. On a ramassé nos affaires et on est partis.

Peu après, dans une ambiance bon enfant, six taureaux ont été torturés et massacrés sous les vivats du public. C’est qui les violents, là ?

Une ambiance lourde parmi les activistes

Attention, des scènes de bile hideuse vont être exposées aux yeux de tous. Si vous vous demandez pourquoi j’emploie une expression aussi tarte que “bile hideuse”, lisez donc La Provence.

J’ai retrouvé plein de visages sympathiques parmi les manifestants, à commencer par Danny, que nous avions vu partir aux urgences sur un brancard à Rion-des-Landes, grâce à l’amicale pression des gendarmes locaux sur sa cage thoracique. Il était totalement remis, toujours accompagné de son fidèle toutou (oui, ces gens-là aiment aussi les chiens) et en pleine forme.

Il m’a donné des nouvelles rassurantes d’Alain, qu’il connait bien. Alain, c’est le vieux monsieur qui s’est retrouvé dans le coma après avoir été gentiment attaqué à coups de poing par un aficionado au pied du camion et roué de coups au sol jusqu’à perte de connaissance.

Un complément ajouté par Alain lui-même : pendant que l’agresseur identifié et auditionné le tabassait, un autre le tenait, histoire qu’il ne se défende pas. On ne sait jamais, on est jamais trop prudent avec les terroristes.

Il y avait aussi Mario, Xavier, Nathalie, Sophie et tous les autres, je ne peux pas tous les citer, mais les accolades – haineuses, cela va de soi – se sont multipliées. De bon visages de terroristes comme on les aime.

Sérieusement, je lance un défi aux journalistes

Messieurs les journalistes, et en particulier vous qui avez écrit à une occasion ou une autre que nous avons commis des actions violentes, je vous lance un défi.

Au lieu de répéter ce que racontent des sites d’aficionados, venez assister à nos prochaines manifestations. Regardez tout ce qui se passe, prenez des photos, notez tout. Si vous voyez un seul d’entre nous commettre un acte violent, clouez-le au pilori, dénoncez ce qu’il a fait. Photos à l’appui.

Sinon, rétablissez la vérité.

Comprenez que nous en avons marre d’être traités de tout alors que nous sommes pacifistes et que prendre des risques physiques en nous opposant à des gens brutaux qui nous tabassent à chaque fois qu’ils le peuvent, cela dans le seul but de vouloir faire abolir des maltraitances animales, non ce n’est pas, ce ne peut pas être une expression de haine mais d’amour et de respect pour le vivant. Pendant la seconde guerre mondiale, les résistants à l’oppresseur étaient eux aussi traités de terroristes par ceux qui voulaient imposer leurs pratiques barbares et leur idéologie de mort.

Ce n’est pas du terrorisme. C’est de l’humanisme.

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