Marboz est un petit village de 2500 habitants situé dans l’Ain, à une centaine de kilomètres au nord de Lyon. Aucune raison a priori d’y trouver des spectacles tauromachiques, les corridas étant punies de 30000 euros d’amende et deux ans de prison dans cette partie de la France qui ne peut se prévaloir d’aucune « tradition locale ininterrompue » en la matière. La commune organise pourtant des simulacres de ces actes délictueux depuis une dizaine d’années, qu’elle prétend être de simples « spectacles équestres », alors que les affiches et sites de la « feria de Marboz » mettent en avant l’imagerie sinistre de taureaux victimes de corridas.

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D’une année sur l’autre, les organisateurs poussent chaque fois un peu plus loin les tentatives de basculer vers des séances de torture bien réelles avec sang, douleur et mise à mort. En 2010, le Préfet de l’Ain avait dû intervenir pour interdire l’utilisation de javelots coupants. Cela ne suffit pas à décourager le prosélytisme du Comité des fêtes, clairement soutenu par le maire du village, Alain Gestas. Les 25 et 26 juillet 2015, c’est une démonstration de corrida de rejon qui est mise au programme avec à nouveau des javelots, annoncés comme inoffensifs. Dans un délai très court (une semaine à peine), le CRAC Europe lance une cyberaction et appelle à une mobilisation pour manifester notre opposition sur place.

Grâce à la pression créée par la cyberaction et aux contacts pris par les forces de l’ordre avec Jean-Pierre Garrigues, le maire prend en compte nos demandes. Il appelle Jean-Pierre quelques heures avant la manifestation et, au bout d’une vingtaine de minutes de discussion, il prend l’engagement de mettre en place une réflexion afin que les tortionnaires d’animaux ne soient plus invités lors des fêtes annuelles de Marboz à partir de 2016 pour se concentrer sur l’unique tradition authentique de cette région que sont les spectacles équestres – les vrais, avec uniquement des chevaux. Si cet engagement du maire de Marboz se concrétise (à suivre de très près), nous devrions obtenir gain de cause grâce à la mobilisation efficace des militants. Notre présence sur place étant indispensable pour crédibiliser la pression citoyenne.

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Environ 70 militants, principalement venus de la région, se retrouvent à Marboz le 25 juillet dans l’après-midi. Le but de notre présence est d’observer les « animations » et de prendre un maximum de photos et de vidéos qui pourraient témoigner de maltraitances sur les animaux. Un huissier muni d’un appareil photo vient compléter notre dispositif, son rapport détaillé sera transmis à nos juristes pour d’éventuelles poursuites judiciaires. Nous en avons informé le maire au préalable, afin qu’il ne prenne pas notre venue à la légère.

Soulignons que c’est le colonel de la Gendarmerie de l’Ain en personne qui vient superviser notre sécurité, avec un professionnalisme et une courtoisie qui nous ont enchantés – rien à voir avec le comportement souvent très brutal des gendarmes déployés dans les communes tauromachiques face à nous. Qu’il en soit remercié.

La première étape consiste à distribuer des tracts d’information expliquant à la population du village pourquoi nous sommes là et précisant que nous n’avons rien contre la fête proprement dite, uniquement contre la propagande pour ce délit honteux que constitue la tauromachie dans leur département. Faire l’apologie d’un délit n’est pas puni par la loi, cela n’en reste pas moins moralement inacceptable. Il existe bien d’autres façons de s’amuser que de simuler des actes de torture en public. Nous distribuons également des tracts montrant le sort atroce des chevaux de corridas.

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Vers 17h30 commence l’abrivado. Un segment de rue a été sécurisé par des barrières grillagées et des taurillons (ou plutôt des vachettes) sont poussés à courir droit devant eux, paniqués, encadrés par des cavaliers, chaque bout de rue étant fermé par un camion où ils sont confinés. Des habitants s’amusent à leur courir après en hurlant, avec pour but de les plaquer au sol et de les immobiliser en leur tirant la queue et en se jetant sur leur tête. Cela représente bien entendu une maltraitance évidente, reste à en convaincre un juge – d’où les photos prises par les militants et par l’huissier.

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Les organisateurs le savent et multiplient les appels au micro sur le mode « On respecte le taureau », « Relâchez-le en douceur », « On vous aime », « Soutenez-nous, on en a besoin surtout ce soir ». Les manadiers sont mal à l’aise, le sourire crispé, se demandant si les photographes sont des villageois ou des militants en tenue banalisée, voire, pire, l’huissier dont personne ne connait le visage.

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Lorsque l’abrivado est terminé, nous nous rassemblons pour parcourir le village en cortège avec le véhicule-sono et des banderoles, dont plusieurs ont été réalisées spécifiquement pour Marboz. Le principal point fixe se tient aux abords de la fête foraine, pour informer encore et toujours que ce n’est pas contre cette partie-là de la fête que nous sommes venus protester.

Une pause est ensuite faite à notre point de rassemblement avant de nous rendre, en vêtements banalisés, à l’arène de fortune dressée près du stade de la commune pour la « démonstration de corrida de rejon et de tercio de la mort – à noter que le torero est âgé de 16 ans et que donc sa formation en école taurine devrait être sanctionnée par la loi qui interdit la mise en danger volontaire de mineurs, y compris dans les départements infectés par la tauromachie.

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Deux faux couples de militants se mettent à l’écart du groupe qui va siffler et crier pendant aussi longtemps que cela va être possible. Les couples ont pour rôle de rester jusqu’au bout parmi les spectateurs pour pouvoir, une fois encore, tout observer et photographier. L’un de ces couples (dont je fais partie) se positionne au plus près, contre la clôture de l’arène, le second reste en hauteur sur le talus où se sont installés les gens. Certains aficionados très énervés veulent en venir aux mains avec le groupe principal. Les forces de l’ordre les repoussent sans ménagement, mais au bout d’une vingtaine de minutes, la situation devient difficile à contrôler en raison de la violence des aficionados et le colonel prend la décision de faire évacuer les militants hors du terrain. Ces derniers continuent bien sûr à siffler et crier, perturbant le « spectacle » jusqu’au bout. On les entend parfaitement depuis le bord de l’arène.

Le simulacre de rejon et celui de mise à mort sont totalement ineptes et écœurants, même si, en effet, les pseudo javelots et banderilles sont des bâtonnets à bouts arrondis. Là encore, les animateurs qui prennent la parole font des allusions directes aux précautions que doivent prendre les cavaliers et les sinistres pantins en raison de notre présence. Le pauvre taurillon est rapidement épuisé, à force de courir d’un bout à l’autre. Il trébuche souvent et marque des pauses pour récupérer à plusieurs reprises. Il reste même parfois immobile, les naseaux dégoulinants, quand les abrutis en collants tentent de le faire à nouveau courir.

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Au moins avons-nous gâché le plaisir malsain du public par notre opposition bruyante. En repartant vers 23 h sous escorte policière en direction du parking où sont nos véhicules, nous avons la satisfaction de voir, en longeant la fête foraine, qu’une large partie de la population a préféré passer sa soirée là plutôt que devant le spectacle grotesque et méprisable que nous avons perturbé.

Le lendemain, 26 juillet, la consigne pour les quelques dizaines de militants présents est de rester incognito et de continuer à prendre des photos jusqu’au bout.

D’autres actions d’information sont prévues dans les semaines à venir à l’intention des Marboziens. Les échanges avec Alain Gestas, maire de Marboz vont se poursuivre afin de l’aider à faire évoluer cette feria dans le sens du respect des animaux. Les jeux taurins n’ont rien à faire hors zone tauromachique et il est hors de question qu’une « tradition » se mette insidieusement en place.  Faute de quoi nous reviendrons bien plus nombreux. Si tel est le cas, ce ne sera pas juste pour observer.

Roger Lahana
Vice-président du CRAC Europe

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