Ce lien avéré de l’Église avec la tauromachie, prend par exemple la forme, à Mont de Marsan même, d’une bénédiction des toreros et des arènes du Plumaçon par leur aumônier attitré, Dominique Espil, au départ de la féria de juillet (troisième semaine du mois).

Et cette cérémonie religieuse semble en parfait accord avec la « maire » (présidente de l’Union des Villes Taurines de France) et certains de ses conseillers municipaux, qui suivent fièrement – et officiellement – la procession de la sainte statue de Marie-Madeleine, depuis son église d’origine (où elle est bénie une première fois) jusqu’à la chapelle des arènes, où elle sera bénie à nouveau, en présence de tout ce beau monde.

De quoi se poser des questions sur la réalité actuelle de la séparation des pouvoirs de l’Église et de l’État, en France, non ? Et n’y aurait-il pas là quelque infraction à la loi sur la laïcité, susceptible (si on la démasquait) d’entamer l’édifice tauromachique dans son entier ?

Toujours est-il que je fis mon entrée ce soir-là, vers 19h15, dans l’église St Médard, en compagnie de quelques militants, et peu de temps après Laurent Goulefer (promoteur de cette action) ; lui-même était déjà installé avec son visuel anticorrida, au dernier rang à gauche de l’allée centrale, empruntant une attitude recueillie.
J’hésitai un instant, puis décidai de me positionner moi-même un peu plus loin, en avant, là où j’apercevais plusieurs chaises vides, à droite de cette même allée.
Il faut dire que j’avais également apporté un petit panneau auquel je tenais beaucoup (représentant une face de taureau émaciée et sanglante, au regard terrifié, surmontée de la phrase « ni art- ni culture ») et que je comptais bien garder avec moi, pendant tout l’office.

À peine installée, j’envisageai déjà de me mettre aussitôt en prière… mais je n’en eus pas vraiment le temps. Car j’ai alors croisé le regard du prêtre, qui a viré au noir, et je l’ai vu quitter illico l’autel et s’avancer dans l’allée, dans notre direction, comme s’il avait vu le diable en personne… Je me souviens encore l’avoir entendu dire, en même temps : « je m’arrête, car il y a ici des personnes vraiment indésirables. »

Comme il apostrophait Laurent, de loin, tout en marchant, ce dernier lui a aussitôt fort bien répondu que nous étions ici à titre pacifique, au nom du CRAC et d’autres groupes de protection animale, pour dénoncer certaines attitudes choquantes de l’Église, notamment les bénédictions d’arènes et de toreros par des prêtres, comme celui qui est aussi aumônier à la chapelle du Plumaçon (arènes de Mont de Marsan).
L’officiant se hâta donc d’abord vers Laurent, dans le fond de l’église, pour l’invectiver et le malmener verbalement, autant qu’il le pouvait… Laurent conservant son sang-froid, continua toutefois de lui donner des arguments clairs, tandis que certains d’entre nous étaient eux aussi pris à partie, individuellement, par le prêtre.
À un moment donné, ce dernier qui était vraiment agité, revint à mon niveau, jeta un regard courroucé sur ma pauvre photo, et me dit aussitôt que je n’avais rien à faire ici… Puis, il me demanda d’un air méprisant : « Est-ce que tu es baptisée, toi au moins ? »

Je lui répondis que oui, que j’étais chrétienne, qu’il était malpoli de me tutoyer ainsi, que je ne faisais rien de mal et que j’avais le droit d’être là, simplement venue pour prier et me recueillir sur le sort de tous, y compris sur celui des taureaux,
Il me lança « Que connais-tu à la prière ? Ce n’est pas ta place, ici … »

Et il commença de m’agresser physiquement même, me saisissant deux fois l’épaule pour tenter de me déloger de ma place, puis faisant mine de me retirer des mains la photo de cet animal suppliant, insupportable à ses yeux !

Je me souviens d’ailleurs que tandis qu’il se comportait de la sorte, une dame qui était debout juste en face de moi, se retourna soudain, en colère, pour me lancer à son tour, en balayant mon pauvre taureau du regard :  » Vous n’avez pas honte ? Qu’est-ce que vous faites ici, dans une messe pour les grands malades ? « 

Je réalisai alors combien cette image (en pleine synergie, du reste, avec le panneau de Laurent sur la corrida-torture) détenait en elle-même (comme tant d’autres) une portée hautement symbolique, militante, ainsi que pour ces gens, une remise en cause dérangeante… de leur bonne conscience.

Le prêtre me fit clairement comprendre que soit je restais dans l’église SANS cette image de taureau-martyr, soit je quittais l’endroit définitivement AVEC elle, pour ne plus revenir… Et c’est cette seconde option que j’ai bien sûr choisie.

Gardant la photo litigieuse précieusement avec moi, j’ai donc suivi ce curé déchaîné, qui me poussait vers la sortie, avec quelques autres militants, et presque dans la foulée de Laurent qui venait juste de prendre la décision de sortir lui-même…

Je me souviens encore, que comme il continuait de nous tutoyer, je lui ai lancé une dernière question, aussi fort que je le pouvais, avant de quitter l’église : « Et vous vous dites représentant du Christ, de quel droit êtes-vous aussi incorrect ? Représentant du Christ, vous êtes sûr ? »

À quoi il répondit encore : « Tu ne sais pas de quoi tu parles… Vous M’EMMERDEZ tous ! Allez, dégage… »

Dernière image que je conserve, avant que la porte ne se referme : celle de Carole Saldain Da Silva, revenant soudain à la charge, et jaillissant de je ne sais où, pour crier une dernière fois au bonhomme, tandis qu’il s’éloignait : « Nous défendons la VIE, nous, alors que vous, vous défendez la MORT ! »
Nous avons ensuite attendu tous ensemble, à l’extérieur de l’église, que la messe se termine, tandis que TROIS militantes, à l’intérieur, étaient parvenues à s’accrocher à leurs places, vaille que vaille.

Catherine Désert,
23/07/13


PS : Petit échange relevé sur la toile, avec une militante qui parvint à rester jusqu’au bout, dans l’église, en compagnie de sa fille et d’une autre amie (laquelle participa même – au grand dépit de l’officiant – au sacrement d’eucharistie !) :
- Sylvie B. : « J’ai oublié de demander à Gracia quel goût avait l’hostie ingurgitée lors de la messe de samedi. »
- Ma réponse : « Le goût de l’anathème et des insultes ! Quand je pense que je me suis fait chasser de l’église, parce que je ne voulais pas lâcher ma photo de taureau exsangue … C’eût été un déshonneur pour moi que de le faire !

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